Par Yves Rousseau
Suite au succès de la première mouture du Théâtre tout court, qui avait fait les belles heures du Cabaret La Risée l'an passé, Absolu Théâtre remet ça. Même endroit, même formule, soit de courtes pièces traduites de l'américain. Formule avec peu de scénographie, éclairages maison bidouillés par un comédien, bref acteur et jeu en avant-plan.
Du Pulitzer américain Donald Margulies, extrait du recueil "Pitching to the star and other short plays", "Space", superbe texte dans une adroite traduction en joual par Serge Mandeville rebaptisée " Espace ". Deux "adulescents", fin vingtaine, un sofa, un sac de croustilles. Le récit halluciné d'un moment de vie privilégié, où isolé, coupé de l'étourdissement moderne, en compagnie de sa copine sous les étoiles et dans le silence d'un désert, le jeune homme touche à un de ces moments quasi absolus et intenses de sentiment d'être, de plénitude, de puissance du moment, d'unité avec la nature, sa douce et l'univers, bref un de ces épisodes charnière qui à l'échelle d'une vie se comptent sur les doigts d'une main. On vit ça parfois en montagne, en expédition. Le récit halluciné de l'odyssée existentialiste, à partir d'une très belle présence et expression de monsieur Mandeville, acquiert un côté iconoclaste, truculent, exalté quand opposé à cette attention placide et bonasse de l'interlocuteur déphasé, interloqué et grignotant ses croustilles, chaussé de ces immenses ridicules pantoufles pattes d'ours, un effet comique très réussi par David-Alexandre Després.
De l'auteur Éric Lane” A bowl of soup". Ici la construction dramatique, le buid-up prend source au niveau d'un long soliloque d'un frère ainé qui tente, maladresse et bol de soupe à l'appui, de consoler son jeune frère gai pour la perte de son copain. Prostré dans la douleur, complètement atterré (belle expression de MB), le cadet immobile, sans réaction fixe le vide pendant que l'ainé meuble son malaise de paroles : l'aspect maladroit de celui qui veut, mais ne sais pas comment aider, qui ne trouve pas les mots et fait donc déferler un ouragan de banalité. Jusqu'à ce que les quelques répliques finales du cadet fassent complètement basculer la situation. Intéressant, mais pourrait être légèrement mieux sentis, habité. Était-ce le niveau de joual trop poussé, la projection ou la diction, où par malchance un bruit inopiné, toujours est-il que la réplique finale, sur laquelle repose toute l'intrigue et le punch, m'a relativement échappé et n'est parvenu à mes oreilles qu'un bredouillage verbal inintelligible d'où émergeait ça et là des portions de mots. Prochaine fois, donc.
De l'auteur assez politique et à l'humour ironique Stephen Dietz, un jeu de la chaise musicale de la vérité pour couples, un peu surréel et amusant, d'un rendu correct, mais à l'humour parfois affecté.
Puis, le clou du spectacle avec l'hallucinant Éric Robidoux, dans une superbe traduction et mise en scène de David Laurin, “Le prof d'éduc” de Christopher Durang, complètement déjanté, d'une ironie cynique, pissant, juteux et finalement pas si loin de certaine réalité. On s'est bien habitué avec fatalisme résolu à s'attendre à divers type d'olibrius et phénomènes en tout genre comme enseignants dans notre magnifique système éducatif : tous de ceux ayant l'âge d'avoir fréquenté les polyvalentes et CEGEP possèdent quelques histoires cocasses à cet effet. Ici on pousse la caricature, l'absurde juste une petite coche plus loin. Démarche de Gino, lunette fumée, barbe et dégaine à la Jim Morisson, diction et sonorité de rocker, langage non verbal, occupation de l'espace qu'on s'attendrait à trouver chez un motard, voici le nouveau professeur d'éducation physique...
Après l'entracte, en conclusion, "On va prendre l'addition" de Jonathan Rand, une pièce de burlesque portant sur les péripéties modernes de jeunes célibataires, un gars et une fille à la recherche de l'âme sœur, voilà un prétexte au défilement, à cette table de restaurant, d'une suite de caricatures archétypales représentant sarcastiquement les divers types d'illuminés que la loi de Murphy précipite inévitablement sur le chemin de quiconque cherche l'âme sœur: le phobique carabiné, la contrôle freak, le gino dégoulinant, une mime ainsi qu'un nuvi_te vêtu d'un unique bas judicieusement enfilé. Voir, entre autres, Renaud Lacelle-Bourdon vêtu d'un veston en prélart, d'une perruque style permanente Camaro et d'une moustache Da Tony et mourir. Les jeunes comédiens, tous étaient impliqués dans cette farce, s'en sont donnés à coeur joie, avec une mécanique implacable des comédies burlesques et de boulevard en bonne voie d'être au point, avec ce vent de folie et de frénésie électrisant venant palier aux très courtes périodes de répétition...
Une formule très intéressante à plusieurs égards: facile à loger dans l'horaire des artistes, des travailleurs autonomes jonglant avec diverses occupations; assez rapide à monter et pouvant se jouer avec un matériel simple; et finalement, pouvant favoriser le travail de jeunes auteurs.
Suite au succès de la première mouture du Théâtre tout court, qui avait fait les belles heures du Cabaret La Risée l'an passé, Absolu Théâtre remet ça. Même endroit, même formule, soit de courtes pièces traduites de l'américain. Formule avec peu de scénographie, éclairages maison bidouillés par un comédien, bref acteur et jeu en avant-plan.
Du Pulitzer américain Donald Margulies, extrait du recueil "Pitching to the star and other short plays", "Space", superbe texte dans une adroite traduction en joual par Serge Mandeville rebaptisée " Espace ". Deux "adulescents", fin vingtaine, un sofa, un sac de croustilles. Le récit halluciné d'un moment de vie privilégié, où isolé, coupé de l'étourdissement moderne, en compagnie de sa copine sous les étoiles et dans le silence d'un désert, le jeune homme touche à un de ces moments quasi absolus et intenses de sentiment d'être, de plénitude, de puissance du moment, d'unité avec la nature, sa douce et l'univers, bref un de ces épisodes charnière qui à l'échelle d'une vie se comptent sur les doigts d'une main. On vit ça parfois en montagne, en expédition. Le récit halluciné de l'odyssée existentialiste, à partir d'une très belle présence et expression de monsieur Mandeville, acquiert un côté iconoclaste, truculent, exalté quand opposé à cette attention placide et bonasse de l'interlocuteur déphasé, interloqué et grignotant ses croustilles, chaussé de ces immenses ridicules pantoufles pattes d'ours, un effet comique très réussi par David-Alexandre Després.
De l'auteur Éric Lane” A bowl of soup". Ici la construction dramatique, le buid-up prend source au niveau d'un long soliloque d'un frère ainé qui tente, maladresse et bol de soupe à l'appui, de consoler son jeune frère gai pour la perte de son copain. Prostré dans la douleur, complètement atterré (belle expression de MB), le cadet immobile, sans réaction fixe le vide pendant que l'ainé meuble son malaise de paroles : l'aspect maladroit de celui qui veut, mais ne sais pas comment aider, qui ne trouve pas les mots et fait donc déferler un ouragan de banalité. Jusqu'à ce que les quelques répliques finales du cadet fassent complètement basculer la situation. Intéressant, mais pourrait être légèrement mieux sentis, habité. Était-ce le niveau de joual trop poussé, la projection ou la diction, où par malchance un bruit inopiné, toujours est-il que la réplique finale, sur laquelle repose toute l'intrigue et le punch, m'a relativement échappé et n'est parvenu à mes oreilles qu'un bredouillage verbal inintelligible d'où émergeait ça et là des portions de mots. Prochaine fois, donc.
De l'auteur assez politique et à l'humour ironique Stephen Dietz, un jeu de la chaise musicale de la vérité pour couples, un peu surréel et amusant, d'un rendu correct, mais à l'humour parfois affecté.
Puis, le clou du spectacle avec l'hallucinant Éric Robidoux, dans une superbe traduction et mise en scène de David Laurin, “Le prof d'éduc” de Christopher Durang, complètement déjanté, d'une ironie cynique, pissant, juteux et finalement pas si loin de certaine réalité. On s'est bien habitué avec fatalisme résolu à s'attendre à divers type d'olibrius et phénomènes en tout genre comme enseignants dans notre magnifique système éducatif : tous de ceux ayant l'âge d'avoir fréquenté les polyvalentes et CEGEP possèdent quelques histoires cocasses à cet effet. Ici on pousse la caricature, l'absurde juste une petite coche plus loin. Démarche de Gino, lunette fumée, barbe et dégaine à la Jim Morisson, diction et sonorité de rocker, langage non verbal, occupation de l'espace qu'on s'attendrait à trouver chez un motard, voici le nouveau professeur d'éducation physique...
Après l'entracte, en conclusion, "On va prendre l'addition" de Jonathan Rand, une pièce de burlesque portant sur les péripéties modernes de jeunes célibataires, un gars et une fille à la recherche de l'âme sœur, voilà un prétexte au défilement, à cette table de restaurant, d'une suite de caricatures archétypales représentant sarcastiquement les divers types d'illuminés que la loi de Murphy précipite inévitablement sur le chemin de quiconque cherche l'âme sœur: le phobique carabiné, la contrôle freak, le gino dégoulinant, une mime ainsi qu'un nuvi_te vêtu d'un unique bas judicieusement enfilé. Voir, entre autres, Renaud Lacelle-Bourdon vêtu d'un veston en prélart, d'une perruque style permanente Camaro et d'une moustache Da Tony et mourir. Les jeunes comédiens, tous étaient impliqués dans cette farce, s'en sont donnés à coeur joie, avec une mécanique implacable des comédies burlesques et de boulevard en bonne voie d'être au point, avec ce vent de folie et de frénésie électrisant venant palier aux très courtes périodes de répétition...
Une formule très intéressante à plusieurs égards: facile à loger dans l'horaire des artistes, des travailleurs autonomes jonglant avec diverses occupations; assez rapide à monter et pouvant se jouer avec un matériel simple; et finalement, pouvant favoriser le travail de jeunes auteurs.
Et pour favoriser la relève, pourquoi pas des premières parties courtes avant le programme principal dans les théâtres?
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Théâtre Tout Court, une production Absolu Théâtre
Espace de Donald Margulies
Traduction de Serge Mandeville
Mise en scène par Olivier Morin
avec Serge Mandeville et David-Alexandre Després
Un bol de soupe de Eric Lane
Traduction et mise en scène de Renaud Paradis
avec Emmanuel Bédard et Marc Beaupré
De gauche à droite de Stephen Dietz
Traduction et mise en scène de Serge Mandeville
avec David Alexandre Després, Mathieu Quesnel, Marie-Ève Bertrand et Brigitte Lafleur
Le prof d'éduc de Christopher Durang
Traduction et mise en scène de David Laurin
avec Éric Robidoux.
On va prendre l'addition de Jonathan Rand
Traduction de David Laurin
Mise en scène de David Laurin et Serge Mandeville
avec François-Simon T. Poirier, Sylvie de Morais-Noguiera, Émilie Gilbert, Catherine-Amélie Côté, Brigitte Lafleur, Léa Simard, Mathieu Quesnel, Édith Arvisais, Alexandre Daneau, Éric Robidoux, Renaud Lacelle-Bourdon, Ian Murchison et Martin Prévost.
7-8-9 février 2008, Espace La Risée
Prochain rendez-vous:
15 au 24 mai : théâtre tout court III
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Théâtre Tout Court, une production Absolu Théâtre
Espace de Donald Margulies
Traduction de Serge Mandeville
Mise en scène par Olivier Morin
avec Serge Mandeville et David-Alexandre Després
Un bol de soupe de Eric Lane
Traduction et mise en scène de Renaud Paradis
avec Emmanuel Bédard et Marc Beaupré
De gauche à droite de Stephen Dietz
Traduction et mise en scène de Serge Mandeville
avec David Alexandre Després, Mathieu Quesnel, Marie-Ève Bertrand et Brigitte Lafleur
Le prof d'éduc de Christopher Durang
Traduction et mise en scène de David Laurin
avec Éric Robidoux.
On va prendre l'addition de Jonathan Rand
Traduction de David Laurin
Mise en scène de David Laurin et Serge Mandeville
avec François-Simon T. Poirier, Sylvie de Morais-Noguiera, Émilie Gilbert, Catherine-Amélie Côté, Brigitte Lafleur, Léa Simard, Mathieu Quesnel, Édith Arvisais, Alexandre Daneau, Éric Robidoux, Renaud Lacelle-Bourdon, Ian Murchison et Martin Prévost.
7-8-9 février 2008, Espace La Risée
Prochain rendez-vous:
15 au 24 mai : théâtre tout court III