Par Yves Rousseau
Une chaise, une table, quelques costumes accrochés sur un parterre, côté cour. Quelques rares accessoires, le minimum pour suggérer. Des éclairages intimistes, de la musique de circonstance, comme ces airs westerns. C'est tout. Seule sur scène, c'est avec beaucoup d'à propos, de sensibilité, de tendresse et d'humanité que madame Arbour nous entraîne successivement dans l'univers de cinq femmes d'âge mûr. Quatre auteurs, et cinq univers, cinq cris du coeur. Styles différents, mais (presque) tous surfant autour d'un univers n'étant pas sans rappeler les personnages féminins entiers, vrais et truculents, de Michel Tremblay.
Habitant avec générosité ses personnages, un pur moment de bonheur théâtral, madame Arbour contourne avec adresse certaines inégalités de fond ou de forme occasionnels au niveau des textes, néanmoins truffés de richesses.
Le texte de « Dolly » ne brise rien (France Arbour, Yvan Bienvenue), mais cette façon de rendre avec une incroyable saveur l'univers de cette chanteuse western d'origine modeste aux rêves bafoués, avec cette son incroyable quête d'amour et de reconnaissance, en sublime les limites.
Dans son propre texte intitulé « Maria Teresa », voici une percutante interprétation, le destin d'une modeste immigrante italienne. Outre la tolérance, on aborde le sujet de l'exploitation et de l'oubli des personnes âgées.
Avec Nicole, de Gilles Latulipe, des souvenirs partagés issus d'une boîte contenant la correspondance familiale, donnent prétexte à une série de gags burlesques en bonnes parties assez rigolos, mais parfois trop entendus, usés: à quelque révisions près, c'eût été le délire. Le comique de monsieur Latulipe, toujours bon enfant, jamais vulgaire, outrancier ou fait aux dépend d'autrui, un exemple à une époque ou l'humour souvent racoleur stupide et abrutissant tend à emprunter aux plus bas dénominateurs communs. Comme quoi on a le droit, au théâtre, de rigoler, sans nécessairement devoir apposer, comme caution et justification typiquement judéo-chrétienne, des dimensions psychologisantes, de l'autoflagellation existentielle expiatoire et tutti quanti. Se trouve-t-il encore des critiques curés pour reprocher au burlesque de ne pas assez creuser la dimension psychologique des personnages ? Qu'aurait été du Feydeau perclus de névroses et angoisses d'auteur et autres bibittes insufflées aux personnages et restituées gratuitement, et vlan en pleine gueule, aux spectateurs?
Dans Yvette, de Jean-Marc Dalpé, une dame bourgeoise, cellulaire, business, échangerait bien tout, oui tout, afin de retrouver cet enfant issu d'un amour d'adolescence : années cinquante, carcan social, honte, cancans du village, accouchement secret chez les religieuse et enfant donné en adoption. Destin trahi, amour dérobé. Alors la carrière, le travail. Et ce rêve de le retrouver, lui, son fils. On donne ici vie avec force aux douleurs et espoirs, à cette existence blessée, et ce malgré ces alourdissantes annonces par l'interprète des séquences scéniques (texte) , et ces alternances entre la narration et réplique aux personnages imaginaires (mise en scène) qui brisent le rythme, le momentum de la suggestion.
Finalement, Cocaline de Yvan Bienvenue, où au travers du destin d'un gigolo toxicomane et d'une vieille dame en maison de retraite, délicieusement grivois et totalement tordant et délirant, on aborde la sexua_lité des personnes âgées, pourtant, sans mauvais jeu de mots, avec beaucoup de doigté. Un must.
Un intense moment de chaleur humaine et de complicité avec madame Arbour, du théâtre qui fait du bien.
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Une production Urbi et Orbi
Texte : France Arbour, Yvan Bienvenue, Jean Marc Dalpé, Gilles Latulippe
Direction d'actrice : Stéphane Jacques
Avec : France Arbour
Musique originale : Anthony Rosankovic
Costumes : Claudette Bilodeau
Éclairages : Évelyne Nadeau
Du 27 janvier au 19 février 2008 au théâtre La Licorne
Une chaise, une table, quelques costumes accrochés sur un parterre, côté cour. Quelques rares accessoires, le minimum pour suggérer. Des éclairages intimistes, de la musique de circonstance, comme ces airs westerns. C'est tout. Seule sur scène, c'est avec beaucoup d'à propos, de sensibilité, de tendresse et d'humanité que madame Arbour nous entraîne successivement dans l'univers de cinq femmes d'âge mûr. Quatre auteurs, et cinq univers, cinq cris du coeur. Styles différents, mais (presque) tous surfant autour d'un univers n'étant pas sans rappeler les personnages féminins entiers, vrais et truculents, de Michel Tremblay.
Habitant avec générosité ses personnages, un pur moment de bonheur théâtral, madame Arbour contourne avec adresse certaines inégalités de fond ou de forme occasionnels au niveau des textes, néanmoins truffés de richesses.
Le texte de « Dolly » ne brise rien (France Arbour, Yvan Bienvenue), mais cette façon de rendre avec une incroyable saveur l'univers de cette chanteuse western d'origine modeste aux rêves bafoués, avec cette son incroyable quête d'amour et de reconnaissance, en sublime les limites.
Dans son propre texte intitulé « Maria Teresa », voici une percutante interprétation, le destin d'une modeste immigrante italienne. Outre la tolérance, on aborde le sujet de l'exploitation et de l'oubli des personnes âgées.
Avec Nicole, de Gilles Latulipe, des souvenirs partagés issus d'une boîte contenant la correspondance familiale, donnent prétexte à une série de gags burlesques en bonnes parties assez rigolos, mais parfois trop entendus, usés: à quelque révisions près, c'eût été le délire. Le comique de monsieur Latulipe, toujours bon enfant, jamais vulgaire, outrancier ou fait aux dépend d'autrui, un exemple à une époque ou l'humour souvent racoleur stupide et abrutissant tend à emprunter aux plus bas dénominateurs communs. Comme quoi on a le droit, au théâtre, de rigoler, sans nécessairement devoir apposer, comme caution et justification typiquement judéo-chrétienne, des dimensions psychologisantes, de l'autoflagellation existentielle expiatoire et tutti quanti. Se trouve-t-il encore des critiques curés pour reprocher au burlesque de ne pas assez creuser la dimension psychologique des personnages ? Qu'aurait été du Feydeau perclus de névroses et angoisses d'auteur et autres bibittes insufflées aux personnages et restituées gratuitement, et vlan en pleine gueule, aux spectateurs?
Dans Yvette, de Jean-Marc Dalpé, une dame bourgeoise, cellulaire, business, échangerait bien tout, oui tout, afin de retrouver cet enfant issu d'un amour d'adolescence : années cinquante, carcan social, honte, cancans du village, accouchement secret chez les religieuse et enfant donné en adoption. Destin trahi, amour dérobé. Alors la carrière, le travail. Et ce rêve de le retrouver, lui, son fils. On donne ici vie avec force aux douleurs et espoirs, à cette existence blessée, et ce malgré ces alourdissantes annonces par l'interprète des séquences scéniques (texte) , et ces alternances entre la narration et réplique aux personnages imaginaires (mise en scène) qui brisent le rythme, le momentum de la suggestion.
Finalement, Cocaline de Yvan Bienvenue, où au travers du destin d'un gigolo toxicomane et d'une vieille dame en maison de retraite, délicieusement grivois et totalement tordant et délirant, on aborde la sexua_lité des personnes âgées, pourtant, sans mauvais jeu de mots, avec beaucoup de doigté. Un must.
Un intense moment de chaleur humaine et de complicité avec madame Arbour, du théâtre qui fait du bien.
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Une production Urbi et Orbi
Texte : France Arbour, Yvan Bienvenue, Jean Marc Dalpé, Gilles Latulippe
Direction d'actrice : Stéphane Jacques
Avec : France Arbour
Musique originale : Anthony Rosankovic
Costumes : Claudette Bilodeau
Éclairages : Évelyne Nadeau
Du 27 janvier au 19 février 2008 au théâtre La Licorne