jeudi 24 janvier 2008

Ce qui meurt en dernier - Espace Go

Par Yves Rousseau

Le contexte scénographique : une chaise et petite table de lecture en avant-scène, puis traversant le centre scène une membrane polythène constitue un rideau semi-transparent révélant vaguement avec effet de flou l'arrière-scène, ou se trouvent, disposé en miroir, des meubles identiques. Perpétuelle projection vidéo de gouttes d'eau ruisselantes sur la membrane pendant l'essentiel de la pièce. Éclairages mystiques, en clair-obscur, très bien réussis. Ambiance sonore de circonstance, pluvieuse et sombre.


Costumes d'inspiration victorienne pour Christiane Pasquier (excellente dans les limites du contexte) incarnant Martha von Geschwitz, qui se jette littéralement dans son personnage avec verve et passion, celui d'une vieille fille érudite captive de la vie étouffante et prévisible de solitude et de tristesse qui lui est dévolue, n'ayant que ce « short story » portant sur Jack The Ripper comme seule compagnie. À partir des miasmes de cette lecture (débutant dans les estrades avec microphone...), la voilà, éructant, vociférant contre la fatalité du destin dévolu aux femmes de l'époque : peu de voies, peu de possibilités d'épanouissement, l'ennui jamais loin, avec des choix de contentements, par dépit, menant la plupart du temps à de sacrificielles dévolutions existentielles. Puis le puritanisme étouffant. Elle n'en peut plus.

Déjà les prémisses de l'œuvre en forme de cliché psychanalytique : la mort, la pénétration du symbolique couteau phalli_que de Jack l'Éventreur comme ultime fantasmagorie, ultime sublimation pulsionnelle suave et mortelle et hystérophobique, puritanisme victorien aidant, puis retour du refoulé verbeux, ascétique, aride, soliloque obsessionnel et intellectualisant, de rationalisations circulaires en autoréponses et justifications hyperautocontrolantes. Et comme caution pseudo féministe manichéenne, la gorge tranchée comme ultime libération, souhaitée, face à un pôôôôvre destin de femme. Assez gros. Laissez-moi verser une larme.

Quasi monologue, le tueur fantasmé n'apparaissant, flou et lointain en arrière scène, que dans la portion finale, silhouette redingote et haut-de forme. La voix, évidemment susurrante émane d'une amplification, et le langage est bien entendu celui d'un homme très distingué, narcissisme oblige, on ne se fait pas assassiner par n'importe quel manant. Un roman Noir Arlequin intello BCBG, qui m'a semblé d'un prévisible assez pesant. Dans une mise en scène très statique, conventionnelle, sans surprise.

Puis encore un quasi solo. Faut-il se surprendre d'entendre certaines confidences d'acteurs chevronnés sur la rareté des rôles cette année? Chez plusieurs grands habitués du circuit théâtral, une certaine lassitude, voir irritation commence à poindre. Non pas que ces plus ou moins « one man show » soient tous mauvais. Plutôt question de dosage. Déjà fin octobre, j'avais cessé de les compter, une véritable avalanche. Trop c'est trop. De grâce, chers théâtres, l'an prochain des pièces à distribution. Mettez du monde sur le stage.


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Une création d’UBU, en coproduction avec Espace GO et le Théâtre français du Centre national des Arts du Canada

Texte de Normand Chaurette
Mise en scène de Denis Marleau

Conception vidéo par Stéphanie Jasmin
Conception des décors de Michel Goulet
Musique par Denis Gougeon
Costumes de Isabelle Larivière
Éclairages par Marc Parent
Maquillages et coiffures de Angelo Barsetti

Avec Christiane Pasquier et Pier Paquette

Du15 janvier au 9 février 2008