Par Yves Rousseau
Dans ce qu'on s'imagine être une sordide banlieue parisienne triste, sans avenir et sans âme, des êtres déchirés, blessés, errent et promènent douleur, violence et urgence d'être dans ce néant existentiel de l'indifférence. Quatre histoires, quatre vies en coup-de-poing : Eva serveuse désillusionnée rencontre deux malabars avec qui elle décide de partir en virée, la rage en coup de poing américain dans les vitrines qui éclatent de ce dépit d'être qui se noie dans cette errance; Gloria, la serveuse automate qui veut cultiver ses tomates, dans son bar minable peuplé d'olibrius et de marginaux en tous genres; Anna et ses amis, intellos gauchisants dont les rêves de justices s'écrasent contre la bêtise des nouveaux barbares de la droite primitive, bête, animale et tribale; puis Léa, prise dans la reconstitution juridique de ce carnage, un braquage par un tueur souriant, exécutant une à une ses victimes, pour rien...
Sans décor, presque pas d'accessoires à part trois tabourets et quelques bouteilles, pratiquement pas de trame sonore, les jeunes comédiens offrent ici une belle prestation, un jeu rythmé en crescendo, chaque scène comme un build-up vers l'éclatement, l'effondrement d'un univers oppressant. La configuration du petit théâtre Sainte-Catherine est particulièrement bien exploitée : la scène d'environ cinq mètres par cinq ajoute au sentiment d'écrasement et la passerelle surplombant la scène permet des arrières-plans assez saisissants, comme pour cette scène de discothèque avec ces danseurs se tordant dans un éclairage de red-light ou encore ce juge dominant la cour de son perchoir. Des chants en choeur a capella complètent le tout.
La réplique comme un couteau qui triture les entrailles, un texte qui marque au fer rouge, avec une occupation de l'espace agitée, violente où chacun des caractères tasse, pousse, embarque dans l'espace de l'autre, comme des animaux qui se disputent un point d'eau presque tarit, comme la végétation s'entre-étouffant pour le moindre rayon de lumière, comme dans notre belle urbanité désespérée, froide, dure et individualiste où chacun se dispute le moindre espace d'existence, d'attention. Une animale lutte territoriale pour la vie et de ce qui peut le plus s'approcher d'un espoir, d'une vague évocation d'une forme d'amour. Une belle direction de Luce Pelletier où chaque comédien semble s'être approprié le déséquilibre, la déchirure de son caractère dans ce très beau texte de Jean-Marie Piemme.
L'ensemble est captivant, troublant, actuel, certainement un très bon départ pour cette jeune compagnie majoritairement composée de finissants de la promotion 2007 de l'École de théâtre de St-Hyacinthe.
Le soir de la représentation, une belle unanimité parmi plusieurs amateurs de théâtre très réguliers, discutant ça et là; vraiment, compte tenu des moyens, pas parfait, mais bien: je ne vois pas à quoi on pourrait s'attendre de plus pour un premier jet. Nous sommes loin cependant du petit théâtre esthétisant galvaudé d'effets techniques, de belles images léchées, du sur mesure pour la petite existentialité capitonnée de vacuité, le genre très petit bourgeois qui semble tant plaire à certain(e)s, du dysneyland théâtral, du nitendo scénique.
Que voulez-vous, y'a pas de musique, pas de danseuse sexy, pas de "stepettes", pas de scéno à cent-mille piastres, pas de "veudettes", pas de paroles sauce pop-psycho zen sur mesure pour flatter la belle image de soi tellement trop gourou de centre d'achat pour conforter l'égo des bobos "conscientisés"...
Qu'une bande de petits jeunes, les yeux hallucinés d'espoir et de passions, le coeur gonflé de passion, qui se sont loué un théâtre pour prendre parole, dire, partager. Pour le salaire d'une poignée de rêves.
Que du théâtre, que de l'émotion, que du texte...
Merci, les petits...
_________________________________________________
Texte: Jean-Marie Piemme
Mise en scène: Luce Pelletier
Comédiens: Sylvestre Caron, Philomène Lévesque-Rainville, Joseph Martin, Aurélie Morgane, Christine Poirier, Marie-Des-Neiges Poliquin, Anne-Sophie Quemener, Audrey Rancourt-Lessard, Francis Richard, Marie-Ève Trudel
24 oct au 3 nov 2007
Théâtre Ste-Catherine
264, rue Ste-Catherine E., Mtl
Rens. (514) 284-3939
Dans ce qu'on s'imagine être une sordide banlieue parisienne triste, sans avenir et sans âme, des êtres déchirés, blessés, errent et promènent douleur, violence et urgence d'être dans ce néant existentiel de l'indifférence. Quatre histoires, quatre vies en coup-de-poing : Eva serveuse désillusionnée rencontre deux malabars avec qui elle décide de partir en virée, la rage en coup de poing américain dans les vitrines qui éclatent de ce dépit d'être qui se noie dans cette errance; Gloria, la serveuse automate qui veut cultiver ses tomates, dans son bar minable peuplé d'olibrius et de marginaux en tous genres; Anna et ses amis, intellos gauchisants dont les rêves de justices s'écrasent contre la bêtise des nouveaux barbares de la droite primitive, bête, animale et tribale; puis Léa, prise dans la reconstitution juridique de ce carnage, un braquage par un tueur souriant, exécutant une à une ses victimes, pour rien...
Sans décor, presque pas d'accessoires à part trois tabourets et quelques bouteilles, pratiquement pas de trame sonore, les jeunes comédiens offrent ici une belle prestation, un jeu rythmé en crescendo, chaque scène comme un build-up vers l'éclatement, l'effondrement d'un univers oppressant. La configuration du petit théâtre Sainte-Catherine est particulièrement bien exploitée : la scène d'environ cinq mètres par cinq ajoute au sentiment d'écrasement et la passerelle surplombant la scène permet des arrières-plans assez saisissants, comme pour cette scène de discothèque avec ces danseurs se tordant dans un éclairage de red-light ou encore ce juge dominant la cour de son perchoir. Des chants en choeur a capella complètent le tout.
La réplique comme un couteau qui triture les entrailles, un texte qui marque au fer rouge, avec une occupation de l'espace agitée, violente où chacun des caractères tasse, pousse, embarque dans l'espace de l'autre, comme des animaux qui se disputent un point d'eau presque tarit, comme la végétation s'entre-étouffant pour le moindre rayon de lumière, comme dans notre belle urbanité désespérée, froide, dure et individualiste où chacun se dispute le moindre espace d'existence, d'attention. Une animale lutte territoriale pour la vie et de ce qui peut le plus s'approcher d'un espoir, d'une vague évocation d'une forme d'amour. Une belle direction de Luce Pelletier où chaque comédien semble s'être approprié le déséquilibre, la déchirure de son caractère dans ce très beau texte de Jean-Marie Piemme.
L'ensemble est captivant, troublant, actuel, certainement un très bon départ pour cette jeune compagnie majoritairement composée de finissants de la promotion 2007 de l'École de théâtre de St-Hyacinthe.
Le soir de la représentation, une belle unanimité parmi plusieurs amateurs de théâtre très réguliers, discutant ça et là; vraiment, compte tenu des moyens, pas parfait, mais bien: je ne vois pas à quoi on pourrait s'attendre de plus pour un premier jet. Nous sommes loin cependant du petit théâtre esthétisant galvaudé d'effets techniques, de belles images léchées, du sur mesure pour la petite existentialité capitonnée de vacuité, le genre très petit bourgeois qui semble tant plaire à certain(e)s, du dysneyland théâtral, du nitendo scénique.
Que voulez-vous, y'a pas de musique, pas de danseuse sexy, pas de "stepettes", pas de scéno à cent-mille piastres, pas de "veudettes", pas de paroles sauce pop-psycho zen sur mesure pour flatter la belle image de soi tellement trop gourou de centre d'achat pour conforter l'égo des bobos "conscientisés"...
Qu'une bande de petits jeunes, les yeux hallucinés d'espoir et de passions, le coeur gonflé de passion, qui se sont loué un théâtre pour prendre parole, dire, partager. Pour le salaire d'une poignée de rêves.
Que du théâtre, que de l'émotion, que du texte...
Merci, les petits...
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Texte: Jean-Marie Piemme
Mise en scène: Luce Pelletier
Comédiens: Sylvestre Caron, Philomène Lévesque-Rainville, Joseph Martin, Aurélie Morgane, Christine Poirier, Marie-Des-Neiges Poliquin, Anne-Sophie Quemener, Audrey Rancourt-Lessard, Francis Richard, Marie-Ève Trudel
24 oct au 3 nov 2007
Théâtre Ste-Catherine
264, rue Ste-Catherine E., Mtl
Rens. (514) 284-3939