dimanche 30 septembre 2007

Fort Mac - Unithéâtre

Par Yves Rousseau


Fort Mac - Unithéâtre

Fort MacMurray, nouvel eldorado des pétro-dollars, attirant bon an mal an travailleurs qualifiés là pour faire un coup d'argent, ainsi que tout un lot de zigotos et de rêveurs de tout acabit venus se perdre dans le miroir aux alouettes. Parlant d'olibrius, voila dans leurs campeurs juchés sur leurs vieux "pickups " un groupe de marginaux campant illégalement, faute d'argent dans une ville où un logement coûte plusieurs milliers de dollars par mois, sur les terres d'un souteneur du coin.

Jaypee, lâche, menteur, manipulateur, joueur et toxicomane, passant l'essentiel des ses journées à tirer au douze des assiettes aura évidemment tôt fait de s'endetter, poussant sa copine, la généreuse et truculente Mimi, dépendante, âme blessée par de multiples abus et une enfance difficile, a se prostituer et à danser nue en réparation de la dette. Malgré les efforts de Mimi, et de sa soeur Kiki, la vierge naïve, rêveuse et romantique qui travaille dans un Tim, notre bel écoeurant propulsera le groupe directement vers le désastre, sous l'oeil blasé et fataliste du local, Maurice, (entiché de la belle Kiki) un employé d'usine qui en a vu plein et de tout genre arriver avec leurs illusions et rêves, un individu peut-être pas aussi rassurant et équilibré qu'il en a l'air. Un rêve virant au cauchemar, avec comme tribu le sacrifice d'une vierge, sur l'hôtel de la stupidité, du stupre, de la convoitise universelle et atavique...

Dans une scénographie fort réussie illustrant ce camper, à flanc de falaise, sur lequel on peut grimper sur le toit (bel espace de jeu), perdu au milieu d'un champ, une action « punchée », très rythmée, dans un texte de Marc Prescott qui n'est pas sans rappeler du Jean-Marc Dalpé et certaines autres pièces présentées à la Licorne (Beaver, Gargarin Way, théâtre anglais et canadien contemporain). Les portions d'actions sont entrecoupées de dérives en aparté par les personnages, participant de leur construction ou servant à nous instruire sur le contexte particulier du lieu, avec en particulier quelques lignes assez dures sur les Québécois arrivant là-bas avec toute l'arrogance-nombril du monde et une ignorance complète du fait franco-albertain. Même si le jeu est parfois un peu chargé, gros, et l'intrigue un peu télégraphiée, quelques longueurs, l'ensemble demeure d'une interprétation très correcte, avec un Joey Lespérance impayable dans sont rôle de méchant néanmoins attachant, et truculent de bassesse et de vulgarité. Plusieurs belles scènes sont offertes par chacun des comédiens, dans un feu roulant de répliques et d'actions, un tourbillon utilisant et habitant de façon optimale l'espace scénique. On passe un bon moment.

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Comédiens - Steve Jodoin, Joey Lespérance, Mireille Moquin, Isabelle Rousseau
Dramaturge - Marc Prescott
Metteur en scène - Daniel Cournoyer
Trame sonore - Jason Kodie
Conception de décors et d’éclairage - Robert Shannon
Inger Lorsignol - Conception des costumes

En tournée - était présenté à la salle Fred-Barry les 14 et 15 septembre

Ma couleur est verte, mon coeur est jaune - Lusodramas

Par Yves Rousseau

Ma couleur est verte, mon coeur est jaune - Lusodramas

Explorant la réalité d'immigrants d'origines diverses faisant face à l'intégration dans notre société, avec un ensemble de tableaux portant sur des thèmes connus: professionnel ayant de la difficulté à faire reconnaître leur formation ici et se ramassant au bas de l'échelle, adaptations difficiles au niveau des couples face aux moeurs différentes et aux rôles des sexes, défi de la langue. Si l'ensemble du texte présente quelques répliques faisant sourire, surtout au niveau des paradoxes et non-sens technocratiques que découvrent avec ahurissement et l'oeil de la nouveauté les arrivants, on quitte rarement l'anecdotique et le ton de la comédie légère, pour la tragi-comédie, on repassera.

La mise en scène, est une longue suite de tableaux, parfois répétitifs, avec un rythme assez lent, parfois lourd. Le niveau de jeu est pour le moins inégal, allant du jeu rigide et affecté rappelant certaines oeuvres de théâtre amateur à saveur de pastorale, jusqu'au niveau correct du comédien de métier faisant ce qu'il peut avec le texte, mais dans tous les cas les personnages ne sont pas très creusés, habités, ça reste en surface. On aimerait pourtant en sentir, vivre, partager beaucoup plus de cette intériorité (absente), sur ce vécu, sur ce regard d'autrui sur notre monde.

Finalement, l'accent affecté de certains des personnages, joués par des comédiens à la diction pourtant parfaite, me semble découler d'une logique inhérente à une autre époque, comme dans ces téléromans encore pas si lointains ou il eu été impensable, entre autres, qu'un comédien de race noire puisse parler autrement qu'en «petit-nègre », même si l'interprète était formé à l'École Nationale ou au Conservatoire. Pour en apprendre et partager plus sur l'intériorité, l'existentialisme, le vécu d'arrivants souvent très scolarisés et pourvus d'un riche bagage, il faudra (encore) attendre le prochain rendez-vous.

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Était présenté les 28 et 29 septembre au Centre Culturel Calixa-Lavalée

Texte et mise en scène de Marilda Carvalho
Éclairage - Pierre Savois
Scénographie, costumes et accessoires - Maria Santinha
Son - Ismael Cordeiro
Avec Andreia de Souza,Alice Bessa, Belkacem Blahbairi,Costa Tovarnitchi,Francesca Gosselin, Marie-Laure Rozas, Milton Tanaka,Mireille Tawfik,Nancy Issa et Stéphane Séguin.

Théâtre catastrophe - Nouveau Théâtre Expérimental


Par Yves Rousseau


Théâtre catastrophe - Nouveau Théâtre Expérimental

Un satellite chargé de déchets issus d'un grand nettoyage terrestre ayant assuré la pérennité de notre espèce, revient, oeuvre du hasard et de la fatalité, sur Terre, engendrant un nuage de gaz mortel qui décimera l'humanité. D'abord à l'extérieur, dans une ambiance sonore de deuxième guerre mondiale, les spectateurs sont, dans un climat de désorganisation-panique affecté, poussé à l'intérieur du théâtre, transformé pour l'occasion en studio d'enregistrement (superbe scéno) d'information-spectacle à sensation, pour assister à la fin du monde en direct. Des projections se voulant humoristiques alternent avec une animation typique de l'information « cheapo» à sen$ationnali$me crasse : nuage toxique envahissant Calcutta, manifestations, émeutes, prouesses dérisoires, "human-braille-matante" dégoulinant d'intentions de cotes d'écoute faciles, les portions « hors d'onde » étant animée par une (parodie d') animatrice de foule humoriste, dont les gags n'avaient rien à envier à la fine fleur de cette vague de stand-up stupide, licheux, complaisant, kétaine, racoleur, abrutissant et vulgaire qui pullule actuellement.

À partir de cette intention de parodie cynique et grinçante de ce genre crasseux et polluant de façon endémique l'espace télévisuel, sur fond d'urgence d'actions écologiques majeures et concluantes, noyée dans l'indifférence confortable des déchets décadents de l'american way of life, les comédiens reproduisent avec beaucoup de justesse les attitudes, mimiques, « sparages» et « stepettes» issus de ce « brain wash » du petit écran, petit au sens figuré, avec le consumérisme comme religion, le panem et circenses de l'aveuglement volontaire sur fond de convergence. Au grand plaisir de la plupart des spectateurs. Mais voilà, à force de surfer étroitement sur la ligne séparant la parodie du réalisme, à force d'emprunter à « l'esthétisme » et l'architecture du sujet, ce dernier se confond chez certains avec cette dérision, semble "devenir" ce qu'il dénonce, et pour ceux pour qui le théâtre demeure un des derniers refuges de vérité contre cette lèpre d'abrutissement humoristique et médiatique, l'ensemble, même sous le couvert de l'ironie, peut se révéler pénible. Au milieu des rires gras, votre humble scribe faisait effectivement partie d'une minorité de spectateurs pétrifiés et à l'agonie, ne souhaitant qu'une chose, toute fuite discrète étant impossible étant donné la configuration de la salle: atteindre la fin et sacrer le camp!

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Texte et mise en scène collective
Assistance m.e.s et régie : Marjorie Bélanger
Avec Maryvonne Cyr, Étienne Lepage, Emmanuel Reichenbach, Marika Lhoumeau, Martin Dion et Catherine Vidal.
Musique : Charmaine Leblanc
Scénographie, costumes et accessoires : Geneviève Lizotte
Éclairages : Étienne Boucher


Était présenté du 20 au 29 septembre au théâtre Espace Libre

mardi 25 septembre 2007

Les larmes de l'aveugle - Théâtre du Frèt

Par Yves Rousseau

Une jeune compagnie, le Théâtre du Frèt, leurs fondateurs, Alexandre l'Heureux et Léa Traversy (promotion 2007, jeu, ENT), puis la volonté de faire réfléchir, de gratter le vernis, de dénoncer, montrer: où en sommes-nous, humains, et où s'en va-t-on ? Ensuite, ô coïncidence, voilà le Programme de Leadership Artistique et Culturel, permettant aux finissants éligibles de présenter des projets théâtraux novateurs incluant une portée sociale. Puis le désir de rencontrer, de confronter, évoluer. Et voilà: une collaboration impliquant trois diplômés de l’E.N.S.A.T.T , Maxine Cella, Myriam Le Chanoine et Simon Pierre : métissage culturel, échange artistique, et on parle même d'un nouveau partenariat éventuel avec l'institution...

Ne reculant devant aucun sacrifice pour l'art, dans un pur esprit d'abnégation, nos braves artisans iront même jusqu'à traverser l'atlantique afin de représenter le spectacle en France. Le choix de l'œuvre? « Les larmes de l'aveugle », de René de Obaldia, ironique et presque cynique vision kaléidoscopique de la fourmilière humaine, mosaïque schizoïde d'événements concomitants, la « vision » sonore hallucinée d'un non-voyant, qui seul semble « voir » cette implacable course pour la survie, ce bain de solitude urbaine, d'individualisme sourd et aveugle, cette dysfonctionalité absurde.

Une pièce spécifiquement écrite pour la radio, œuvre de commande écrite en 1964. À la lecture du texte, un méta personnage s'impose, unique sujet des didascalies, le bruit, ensembles de textures sonores contextuelles et événementielles. Défis de taille, matérialiser l'action, puis s'auto diriger, pas de metteur en scène. Cinq semaines, cinq comédiens, moyens et temps limités, puis, imaginez, dix-neuf personnages dans un texte qui impose, par son rythme des transitions très rapides d'un caractère et d'un tableau à l'autre.

Dans son argument précédent le texte, Obaldia présente sa vision de la pièce : larmes, imprécations, dénonciations des cercle vicieux de bêtise par l'aveugle se faisant voyant de ce monde extérieur composé d'êtres sombres, sans vision, sourds les uns envers les autres, assourdis dans ce boucan perpétuel, flash de microcosmes enchevêtrés défilant à toute allure. Dieu de pacotille mercantilisé à outrance, automobilistes injurieux, pute, couple se rendant voir les Mongols, "la dernière œuvre de Torfetti", bien pensants de tout acabit, et puis le Bruit : sur la place face à l'Opéra et au boulevard, demandant à traverser ce Styx, l'aveugle, dérangeant olibrius qui finira par se faire coffrer, sous les invectives et à la grande satisfaction des automates de l'abrutissement.

La scénographie (Benoit Grégoire), sobre et efficace suggère plus qu'elle ne montre, laissant place à l'imaginaire: en arrière-scène des paravents à panneaux multiples, semi-translucides selon l'éclairage (qui joue ici un rôle capital question ambiance et découpage de l'espace, excellent travail de Marcin Bunar), avec quelques ouvertures par lesquelles les personnages pourrons émerger, puis ce passage clouté que tente de traverser l'aveugle, en bande de vinyle transparent au centre-scène.

"Je suis aveugle, je voudrais traverser " de lancer, juché dans les estrades, l'aveugle (Simon-Pierre Ramon, très juste), sous les ricanements et invectives des conducteurs; une longue descente symbolique, dramatique et solennelle qui ne trouvera son aboutissement qu'avec la fin de la pièce et donnant, par alternance, prétexte à une série de tableaux surréels et hirsutes de truculences à saveur d'humour noir, caustiques et grinçants : vieillard radotant son passé perdu, égaré de souvenirs; prédicateur machiavélique à l'expression sardonique et dont chaque réplique est un verset iconoclaste (Seigneur, prenez pitié de votre image !), exécutant ses offices sous un éclairage de red light par le truchement d'un homme de main à qui il souffle le texte par interphone, posant, fat ,vénal et imbu comme un gros chat gâté (une brillante trouvaille de mise en scène, excellents Maxime Cella et Alexande l'Heureux). Alléluia! Ce jeune soldat, errant sur le champ de bataille, ne voulant mourir à vingt ans; cette affreuse bonne femme médisante, sur ce fauteuil roulant surmonté d'un abat-jour, coiffe parfaite de l'étroitesse d'esprit et de la petitesse du cœur (brillante Léa Traversy); le couple BCBG s'interrogeant sur ce maudit opéra de Torfetti, omniprésent; la jeune femme qui se croit toujours seule, et j'en passe. Le tout comme une tornade, tourbillon récurrent et halluciné éclatant en tout sens comme du mais soufflé et se terminant par une réplique de la jeune femme qui en dit long sur l'État des lieux: "je ne sais pas ce qui se passe, je me sens encore plus seule que tout à l'heure ". Alone together...

Le défi casse-gueule s'avère bien réussi, le rythme soutenu et étourdissant tient en haleine. Les multiples personnages joués par chacun des acteurs trouvent identité, vie, et ce malgré les enchaînements très rapides (petit tour en arrière-scène, parfois un nouvel accessoire, puis on se recompose, une ou deux secondes et bing, retour sur scène) par des gestus, expressions, transitions d'éclairages, zones d'occupations identifiées : dans le dernier tiers, le tempo accélère, de nouveaux personnages surviennent (policiers) et les transitions se font alors instantanément, en une fraction de seconde, compliquant la fluidité du « récit », mais ça reste cohérent. La trame sonore est efficace, dans l'esprit des didascalies, mais elle laisse peu de traces et aurait pu occuper un espace encore plus envahissant, écrasant, comme dans l'esprit de l'oeuvre.

Très intéressant, ahurissant de vérités ironiques sur notre monde magnifique...


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Une production du Théâtre du Frèt

Un texte de René de Obaldia

Mise en scène collective
Assistant à la mise en scène Guillaume-Campeau-Vallée
Direction technique par Pierre Savoie
Régie par Justine Chrétien
Éclairages et son par Marcin Bunar
Scénographie et costumes de Benoît Grégoire
Avec Maxime Cella, Myriam Lechanoine, Alexandre l'Heureux, Simon-Pierre Ramon et Léa Traversy.

vendredi 21 septembre 2007

Écume - Théâtre de la Cabane Bleue

Par Yves Rousseau

Une forêt de cadres de toutes tailles, suspendus, aériens, puis le sol couvert de terre. En arrière-plan un muret, où le voilà, presque toujours de dos, le spectre de la mère. Puis n'y a-t-il pas aussi monsieur Momo, croque-mort transgenre et médium, à qui les trépassés parlent. Puis l'enfant de la défunte, jeune femme porteuse de vie, sa quête, son retour aux sources, convaincre le conjoint puis revenir au village avec la bonne nouvelle, cet enfant à naître : le contact mystique, onirique avec la mère morte et la mer...

Dans ce village. Sur océan. On ne le voit pas, mais on le sent. Suggéré par ces mouvements des corps, fluides, éthérés, sensuels et lancinants comme des vagues de vie et d'émotions, dans une alternance de parole de gestes, de mots en mouvements, un travail finement ciselé (avec la collaboration de la chorégraphe Catherine Tardif), brillamment appuyé par la musique de Louise Beaudoin, de touchantes atmosphères de piano, méditatives et impressionnistes.

Atypique, iconoclaste, serpentant entre la farce et le récit poétique, le ton change brusquement et alterne avec des insertions de stand-up du conjoint (François Bernier), dérives historiques dans lesquelles, sous le couvert d'un exposé oral à faire en anglais, ce dernier se prête à un récit complètement décousu, ironique et truculent de ses péripéties, en autre...

L'œuvre charme, surprend et fascine, peut-être pas pour cette histoire simplette avec parfois des touches à l'eau de rose, ni pour ces caractères d'une théâtralité quelque peu faciles des jeunes amants (surtout au niveau de l'expression, avec ces perpétuels sourires illuminés et enchantés), ni non plus pour certaines incohérences; mais pour son côté espiègle, la façon auto-ironique dont les limites précitées semblent récupérées et transcendées par cette incroyable communion gestuelle suave, comique, schizoïde et poétique.

On passe certainement un bon moment, c'est tout à fait charmant.


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Une production du Théâtre de la Cabane Bleue

Textes et mise en scène de Anne-Marie White
Assistante à la mise en scène, régie et production par Manon Claveau
Musique de Louise Beaudoin
Éclairages de Martin Sirois
Chorégraphe: Catherine Tardif
Dramaturge: Reynald Robinson
Costumes de Romain Fabre
Direction technique de Guy-Alexandre Morand

Interprètes et collaborateurs à la création: François Bernier, Marc-André Charette, Ginette Chevalier et Anie Richer


11 au 28 septembre 2007
Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui

mardi 18 septembre 2007

Bonne nuit, je pars - Compagnie Écart de Conduite

Par Yves Rousseau

Sur scène, coté jardin un drabe décor de cuisine, puis coté cour, le coin télé avec une causeuse de style néo rococo colonial, l'ensemble dans de (volontairement) déprimants tons de brun, beige et ocre. Puis la mère, en robe de chambre molletonnée, d'un certain âge, vivant au travers du truchement de sa télé, un peu dépassée, un peu absente. Seule-ensemble avec sa fille, une jeune femme souffrant d'épilepsie chronique et vivant sous le joug, la peur permanente de crises sévères qui la laissent longuement inconsciente : amours, emplois, activités, tous ont été profondément hypothéqués, une série longue d'échecs cuisants, douloureux, puis cette vie recluse dans l'appartement maternel.

Quand le quotidien prend les couleurs de l'ennui, d'une infinie tristesse, d'un profond sentiment d'échec et, surtout, d'une incommensurable solitude, et qu'aucune porte de sortie ne semble imminente, voilà. Un funeste huit-clos, où plutôt que de laisser une note, elle décide d'annoncer son départ à la mère. Une décision froidement calculée, planifiée. Pendant plus d'une heure, nous assistons à ses préparatifs, ou plutôt à l'organisation du quotidien de sa mère, qui vit dans un état de semi-dépendance avec elle : remplir les récipients d'aliments, faire le ménage, et indiquer point par point les étapes à suivre après sa mort, s'assurer qu'elle ne manquera de rien. La dame dépassée et confuse tente bien de réfuter, de convaincre, et passera a un doigt d'appeler de l'aide, mais rien à faire. La mort comme ultime reprise de contrôle d'une vie qui lui échappe, comme acte ultime de réappropriation.

On repasse une vie difficile en revue, on se remémore de (rares) bons moments, les vérités se disent, avec cette apparente hébétude de la mère, qui à aucun moment ne semble pas réaliser, sentir, appréhender ce qui s'amène, sauf à la toute fin, un clou de plus dans le cercueil de solitude de cet enfant, on se prend à penser a-t-elle déjà vraiment été aimée ?

Un sujet évidemment très lourd, qui sans sa pertinence, son actualité pourrait être qualifié de pathos. Mais combien partent ainsi, dans la semi-indifférence de ceux n'ayant pas pris les signes au sérieux? Je suis cependant dubitatif face à ce quoi la pièce semble porteuse, cette "solution ": quel est le message ici ?

Dans une mise en scène très sobre, une dymanique verbale de demi-contact en évitements concrétise cette solitude à deux, dynamique me semblant parfois peut-être un peu précipitée, surtout au niveau des pauses, silences. Le ton concrétise de façon correcte l'état d'âme, mais tend a peu varier, et ne m'a pas semblé avoir atteint sa pleine amplitude dans sa façon d'habiter, de moduler les états affectifs des personnages et le même commentaire peut s'appliquer à l'expression, comme si on avait voulu effacer toute théâtralité de façon à annihiler tout confort et distance induits par la fiction du jeu. Choix, le cas échéant, pertinent à la portée de la cause, mais qu'en est-il au niveau spectacle ? Je pose la question. Certaines poses de Pascale Delhaes, la mort comme peur et espoir dans les yeux, sont saisissantes et troublantes.

Il ne s’agit certainement pas de rôles faciles à endosser, à jauger, et je ne voudrais pas être "pris " à habiter ce texte, assez massif, qui sous un couvert de téléroman réaliste, touche à la quintessence de la douleur d'être, et ce, dans l'indifférence la plus totale de notre belle société mercantiliste et individualiste. Touché. Le genre de rôle qui j'imagine, demande murissement, développement et un abandon tout aussi difficile chez les comédiens que chez le public, afin de se mettre en position pour pouvoir recevoir cela. Un work-in-progress, donc. On peut souligner le courage d'une jeune compagnie de s'attaquer à un tel morceau.

Sûrement pas pour les jours de déprime...

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Une production de la compagnie Écart de conduite

Texte de Marsha Norman
Mise en scène de Marie Charlebois
Scénographie et costumes de Cynthia St-Gelais
Éclairage et sonde Olivier Gaudet-Savard
Avec Pascale Delhaes et Jeanne Ostiguy


Théâtre de l'Esquisse
13 au 29 sept 2007
1650, rue Marie-Anne E., Mtl
Rens. (514) 527-5797

Je suis d'un would be pays - Théâtre d'Aujourd'hui

Par Yves Rousseau

Sur la scène, une énorme plate forme massive rectangulaire et surélevée d'environ deux mètres par six, pouvant pivoter à 360 degrés et s'incliner à 45 degrés à chacune de ses extrémités. En son centre, un fauteuil double de train. En arrière-plan, des nuages sombres et gris qu'on devine à peine dans une semi-obscurité. Juché sur cette monture mouvante, en haut, en bas, à gauche, à droite, assis, dressé, courbé, Serge Dupire incarne un apatride, un expatrié, québécois errant vivant en Europe sous une fausse identité, collection de passeports aidant, contrôleur de train de son métier, ne disposant que de quelques effets laissés dans quelques consignes de gares, dormant ici et là dans les hôtels. Évoluant dans cet univers blafard, terne, sa vie sociale se résume à ses rencontres impromptues avec voyageurs et collègues, personnages que l'on souhaitait sans doute pittoresques. Le voici en congé, toujours dans le train vers nulle part...

Être sans intérêt, entouré d'olibrius du même acabit, incapable d'être vraiment lui-même, vivant par procuration, par le biais du regard des autres, dans une perpétuelle fuite vers l'avant sur rails; l'ensemble comme métaphore de québécitude (le beau portrait), de l'éternelle quête nationale et identitaire, le grand évitement de toujours des porteurs d'eau. Pourtant, hors ces quelques visites annuelles à ses parents, et son étonnement devant son paternel l'accueillant en anglais (le glissement linguistique menaçant), "l'action " se déroule essentiellement en Europe, et même si le propos surfe sur la question identitaire, on se prend a se demander vers ou vogue ce navire avec ces relations et allusions d'un perceptible assez vague.

La mise en scène optimise ce long soliloque, ce texte qui m'a semblé assez linéaire, découpant le récit en étapes, microcosmes, épisodes, par ces multiples déplacements et orientations de la surface de jeu, les effets d'éclairages aidants, mais la répétition ad nauseam du procédé lasse. Serge Dupire s'applique, consciencieusement, méticuleusement, sobrement, offrant quelques bons moments dans un ensemble qui se révèle captivant pour certains, et soporifiques pour d'autres...

Après la discussion ayant suivi la pièce, un auditoire vraiment partagé relativement a l'oeuvre.

Enfin, un metteur en scène et un comédien ne peuvent créer qu'à partir du texte qui leur a été donné...
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Mise en scène : Gervais Gaudreault, assisté de Stéphanie Capistran-Lalonde
Assistance à la scénographie, costumes et accessoires : Stéphane Longpré
Éclairages : Dominique Gagnon

Avec Serge Dupire

4/29 septembre 2007

Une production du Théâtre d'Aujourd'hui

dimanche 16 septembre 2007

Monsieur Malaussène au théâtre - Théâtre Galiléo

Par Yves Rousseau

Issu de la saga Malaussene de Daniel Pennac, une oeuvre de plus de 1500 pages réduite ici à 92 pages,voici Benjamin Malaussene, attachant dadais un tantinet bonasse et naïf, partageant, étalant, beurrant et déclamant toutes ses turpitudes, angoisses, interrogations existentielles relatives à sa paternité future. S'adressant à cet être en devenir, en gestation, Vincent Magnat donne vie avec brio à la série d'êtres innombrables que son personnage croise dans son odyssée, représentations anarchiques des diverses préoccupations sociales, questionnement sur la l'essence de la vie, sur la paternité, et sur la place de tout cela dans notre monde détraqué. Tous et toutes gravitant autour du père, homme rose aux accents fleurs bleues, avec cette truculente bouille à la Gaston Lagaffe, qui comme un caractère à la Sol (Marc Favreau) mais avec un autre langage, par sa candide vérité pose avec bonheur les équations les plus primales, fondamentales et vraies.

Sur une scénographie sobre, dépouillée et efficace composée d'un plancher de lattes de bois, la passation d'un caractère à l'autre se fait avec bonheur à partir de conventions de poses corporelles, de zones d'occupations spatiales, de changements d'éclairages, des gestus simples, mais précis, un brillant travail de découpage et d'orientation amené par cette mise en scène de Marc Béland, rendant le récit limpide et accessible, même pour le néophyte. L'ensemble est bercé par les douces atmosphères sonores « in vivo » de Charmaine Leblanc, visible en arrière-scène au travers d'une semi-opacité, et elle utilise ici d'étonnants ensembles de percussions, comme ces pots à fleur de terre cuite dont le son n'est pas sans rappeler un Marimba.

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Une production du Théâtre Galiléo

Texte de Daniel Pennac
Mise en scène de Marc Béland, assisté de Marjorie Bélanger
Musique de Charmaine Leblanc
Scénographie et costumes de Geneviève Lizotte
Éclairages d'Étienne Boucher

avec Vincent Magnat

6 au 29 sept 2007
Espace Go

jeudi 13 septembre 2007

Rhapsodie Béton - Théâtre de La Marée Haute

Par Yves Rousseau
Un appartement dans ce qui pourrait être un HLM, une banlieue parisienne. Tout de suite on sent l'oppression, le climat tendu dans cet espace, tant physique que psychique, avec cette scéno (très réussie) littéralement encastrée à même la scène : plafond bas, mur en grands panneaux carrés blancs, tapis industriel, puis cette porte d'acier munie d'innombrables loquets, serrures et même d'une barre, le seul point de fuite à part l'entrée de cette cuisine donnant sur cette seule pièce visible, qu'on suppose être un salon-salle à manger. Puis la musique populaire tonitruante des voisins piailleurs et gueulards, à laquelle la maitresse de maison répond à répétition en faisant jouer une fanfare militaire, un véritable duel d'emmerdeurs.

Enfin les voilà, ces invités pseudo-BCBG, participant chacun par leurs caractéristiques à ce build up, ce huit clos à l'humour caustique : la divorcée entretenue par une pension, en quête de financement pour un vague projet de démarrage commercial (qui sonne plus comme un prétexte servant à masquer son oisiveté); le couple plate et dysfonctionnel, le mari cynique, limite goujat et réactionnaire, antiécolo travaillant évidemment dans le nucléaire et son épouse qui tente de préserver les apparences. Finalement, survient l'époux, employé d'une usine d'armement fraichement viré, ayant dû se frayer un chemin à coup de matraque au travers de manifestants, ne remarquant même pas son arcade sourcilière ensanglantée, routine banale se fondant dans le décor de l'habituel, du prévisible, de ces petits détails qu'on ne remarque même plus. Cris de détresse, bruits inquiétants, manifestations d'agressions perçues au travers de cette porte blindée, mais qu'on s'efforce de présenter comme anodins, sous un couvert ironiquement faussement blasé à l'angoisse refoulée. C'est qu'il faut bien paraitre devant les invités.

Dantesque soirée, marmite bouillante avec le couvercle menaçant de sauter, sous le doux chant urbain composé d'accidents mortels, de rixes, d'agressions et meurtres que l'on contemple de la fenêtre, un drink à la main, en s'efforçant de maintenir la conversation, savant assemblage de persiflages cyniques et mondanités ou chacun s'efforce de conserver sa superbe, passant au hachoir de l'ironie tous les torts et travers de notre belle société contemporaine, chaque réplique enfonçant un peu plus le clou des personnages qu'on s'amuse à détruire, dans une festive dérision, humour noir teinté de rires jaunes.

Puis les matraqués de tout à l'heure se pointent dans le corridor, prenant en siège l'appartement, interrompant une chasse au rat de cuisine et une partie de scrabble. Les "invités " devront passer la nuit dans la marmite, jusqu'à l'explosion...

Juteux, grinçant, truculent, on prend un plaisir presque sadique à contempler ce spectacle, suite de punch-Line, de réparties avec ces énormités proférées par ces biens pensants (avec des réalités sous-entendues douloureusement vraies) qui se parlent sans communiquer, portrait paroxystique d'êtres contemporains surfant sur la vague perpétuelle de l'abrutissement, de l'isolement, de la violence ordinaire, et du stress de performance contemporain, la bataille pour garder sa place. Ça pourrait être à Paris, pendant les émeutes, mais ça peut être ici aussi....

Les jeunes comédiens s'en donnent à coeur joie : coulant, bien joué, dans un genre qui semble devenir la marque de commerce du Théâtre de la Marée Haute. À peine quelques ajustements normaux post-première; calibrer pour la salle le niveau projection vocale, on perd parfois certaines lignes; quelques enchevêtrements de répliques et petites précipitations au niveau du rythme, surtout dans la relation entre certains punchs verbaux et le temps de latence d'une contre-réaction non verbale de l'interlocuteur, mais une pièce qui globalement a déjà trouvé son rythme.

À voir, surtout si vous avez vu et aimé Kvetch, la production antérieure de cette prometteuse jeune compagnie.

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Une production du Théâtre de la Marée Haute

Texte de Georges Michel
Mise en scène de Michel-Maxime Legault
Scénographie et costumes de Geneviève Lizotte et Elen Ewing
Direction technique de Simon Gobeil, Sébastien Pednault

Avec Stéphan Allard, Sébastien Dodge, Marie-Claude Giroux, Christelle Juteau, Marie-Ève Trudel

11 au 29 septembre
Espace Geordie
4001, rue Berri
Billetterie : 514 523 3788

dimanche 9 septembre 2007

Savannah Bay - Théâtre Espace Go

Par Yves Rousseau

Jadis, une jeune fille de seize ans, un inconnu, un amour englouti par la mer. La mort avant l'envol, puis cet enfant qu'elle portait, épargnée, que revoici trente années plus tard. Face à cette vieille dame, ancienne comédienne de théâtre. Témoin du passé, la mémoire en bribes, morceaux de mosaïque en éclair de temps, étincelles de moments de vie jaillissant du choc de la rencontre. On se tourne autour, on s'étudie, on se jauge, le tout sous une forme de vas-et-viens solennels de la fille, martiale, un peu surréelle, dans une grande sobriété d'expressions corporelles.

Murs de perles mauves, mur de temps, couvrant toute la hauteur; un côté cour, puis l'autre en lieu et place du rideau de scène. Sur l'avant-scène, une chaise, l'antre de la dame, zone où essentiellement nous la verrons évoluer. Côté jardin une muraille en mosaïque de croix. Un ensemble très « seventies », qui ne m'a peut-être pas incommodé, mais laissé dubitatif: est-ce beau ou laid, kétaine ou de bon goût? Est-ce au service de l'intrigue, du jeu, des comédiennes, où cela est-il un gratuit étalage scénographique envahissant ? L'utilisation de l'espace, ces rencontres, puis ces fuites, ce dantesque tango de souvenirs, de douleurs, comme une lutte contre le temps et l'oubli, la quête de morceaux d'identité est certes très subtile, recherchée, j'aurais tendance à dire malgré cette scéno dont à la limite on aurait pu se passer; la pièce aurait très bien pu être jouée, à mon humble avis, devant une fond noir avec quelques accessoires et les habiles éclairages de Marc Parent, habillant et définissant avec pertinence à eux seuls les diverses zones d'intrigue et d'intimité.

Dans le dernier tiers, ce décor, tolérable, dont on pouvait à la limite faire abstraction, qui m'avait semblé par son esthétisme kitsch parfait pour une soirée de drag queens, m'a semblé carrément devenir assommant et surfait: pendant une interminable pose fixe et silencieuse des comédiennes, dans un assourdissant bruit de moteur électrique, une descente qui n'en finissait plus de ces « rideaux », puis dégoupillage automatique et tout aussi pénible remontée des treuils. Changement d'éclairage révélant en arrière-scène de gigantesques photographies occupant tout le mur et illustrant la rencontre de deux femmes, Duras jeune et une vieille amie, subtile et délicate illustration de la transmission entre deux femmes...

Là où la pièce m'a semblé se distinguer, c'est dans cette habile mise en scène, donnant la place belle à deux incroyables comédiennes, un fantastique duel surfant sur la crête des générations, du temps, de l'identité, des blessures de vie. Une Marie-France Lambert à la fois grave, belle et lumineuse donne appui avec générosité à Françoise Faucher, tout simplement sublime, une véritable leçon d'expression dramatique : certaines de ses scènes, dans cette quête de réminiscences d'une vieille dame dépouillée de ses souvenirs, qui s'anime, s'illumine quand elle donne vie à quelques éclairs de vie, sont paroxystiques. Cette rencontre permet d'oublier l'aspect peut-être, pour certains, un peu fleur bleue de la proposition dramatique initiale ainsi que la nature éminemment littéraire et sobre de l'ensemble. Une phrase de Maguerite Duras me semble bien résumer (Lire, Fév. 95) l'esprit de la mise en scène, ce qu'on a voulu éviter: «...c'est mal foutu le théâtre...on subit la gesticulation théâtrale sans ressentir d'où vient l'écriture...» (sic)...


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Savannah Bay, de Marguerite Duras
4/29 septs 2007
Production Espace Go

Mise en scène et scénographie de Éric Vigner, assisté de Emanuelle Kirouac
Costumes : Ginette Noiseux
Éclairages : Marc Parent
Comédiennes
Françoise Faucher et Marie-France Lambert


lundi 3 septembre 2007

Moi Chien Créole - Théâtre du Grand Jour

Par Yves Rousseau

Sur la place, deux ivrognes, Titurpice et Lacolas, cuvent leur rhum, inconscients. Un chien créole, l'honni des honnis, galeux des galeux, celui dont même la mort n'a pas voulu, quêtant sa pitance à qui veut bien lui donner, s'échappe de ce monde implacable en lapant les effluves éthyliques des deux pochetrons et participe ainsi de leurs ivresses, pénétrant leurs pensées dans une osmose existentielle marchant sur les tessons acérés de l'exclusion, sous la lumière belle de la créolité; tantôt éclatante fière et capiteuse comme la belle Famedeline qui hante les rêves de Titurpice, comme Lacolas avec le rêve impossible de se se mettre ala rél (dans le droit chemin) malgré une trajectoire qui semble foutue d'avance; tantôt grave et sombre comme le spleen bleuté d'un éclat lunaire jetant sur le monde un regard lucide et cynique, avec la mort comme grande faucheuse des amours de douleurs et des soufrances de vie.

Deux niveaux de langage pour ce chien, celui dont la voix alterne récit et personnages. Docte, grave, poétique et dramatique quand il pose son regard sur son monde, dans un très beau texte français, extraits: «... Alors que la nuit poursuit son cours maudit, faisant périr les espoirs de malpayes, des hommes orphelins d'avenir attendent les soldes des marchandes de plaisir... »; « Quand on est chien et qu'on ne trouve pas sa voie ou sa ration, on comprend vite que l'on peut se nourrir du fiel des autres... ». Puis truculent, pittoresque et parfois comique en donnant voix aux caractères, en créole, d'un festif bellement naïf, captant l'essence d'un moment, comme une oeuvre de Miyuki Tanobe, avec le suggéré, le non-dit, le senti comme toile de vie. Étonnamment, même en ratant ici et là quelques mots, on se prend à suivre assez facilement, comme si l'émotion, l'humanité profonde des personnages transcendaient la stricte dimension du language.

Sur une belle scénographie sobre et dépouillée (Bénédicte Marino) constituée d'un praticable circulaire en plan incliné, Irwin Weche donne vie avec sensibilité et grand abandon à ce merveilleux texte de Bernard Lagier subtilement mis en scène par Sylvain Bélanger. Vêtu d'une camisole, d'un pantalon trois-quart, sale, ébouriffé, les dents cariées, monsieur Weche, méconnaissable (excellent travail de costume de B Marino et de maquillage de A Barsetti) incarne avec beaucoup de vérité cet univers dans lequel il nous entraîne sans peine, et dont la luminosité trouve écho dans les éclairages de GC Landry. Fabuleux voyage qu'on quitte à contrecoeur, qui nous habite, texte (disponible au guichet) qu'on prend plaisir à lire et relire.

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Moi Chien Créole, un texte de Bernard Lagier


Une mise en scène de Sylvain Bélanger assisté de Jean Gaudreau

Décor et costumes par Bénédicte Marino
Éclairages de Glen Charles Landry
Maquillage de Angelo Barsetti
Musique de Larsen Lupin

Avec Erwin Weche

Du 29 août au 15 septembre
Théâtre Espace Libre