Par Yves Rousseau
Hippocampe, portion du lobe préfrontal responsable du tri et de la synthèse des informations pendant notre sommeil. Dérivons...
Nous voilà pêle-mêle, dans les limbes fantasmagoriques de l'inconscient, couleurs, sons, événements, pulsions. Une méga acting-out de flashs hallucinés en forme de retour du refoulé, fable symboliste où le rêve et le réel se confondent dans un flou onirique et mystique sur l'air hypnotique et syncopé d'un dantesque ballet surréel.
Rouge, pourpre, bourgogne. Un lit de célibataire, central, quelques fauteuils, une bibliothèque, puis des portes. Trois. D'abord celle à l'étage, sur ce déambulatoire ceint de fenêtres grillagées, par lesquelles de fantomatiques corps passent, diaphanes et éthérés, plongeant et s'envolant, libres de toutes règles de gravité. Ce corridor qu'on devine en arrière-plan, où défilent ces jambes, comme des portions de réminiscences. Puis cet escalier plongeant dans cet appartement, portes-côté cour et jardins, et ces multiples ouvertures dérobées par lesquelles s'immiscent puis disparaissent les personnages (« invisibles »), spectres mnémoniques, évanescents morceaux de vécus magnifiés en éclatements enchevêtrés d'un onirisme désordonné. Ces arrières plans superbement rendus entre autres par de subtils jeux de transparences. Un parfait mariage ingénieux et recherché, une superbe scénographie de Magalie Amyot caressée des éclairages qui parlent de Étienne Boucher.
Puis ils surgissent. Eux. Dans ce monde. Séquences schizokaleidoscopiques de vie. Le fils, enseignant universitaire névrosé, la mère envahissante, qui se pointe à tout moment pour faire le ménage, puis ce cabaret déjanté tout droit sorti des années soixante avec sa faune; la girl, la pute, le maître de cérémonie... Rêves, névroses, souvenirs, fantasmes, tout ce mélange dans une série de dérives historico-fantastiques faites à partir du temps « réel » , plus ou moins celui du fils et de la mère. Il est question d'une soirée fatale, trop arrosée, d'un dérapage, de rêves artistiques coulés dans le fond de cet étang funeste, de l'eau froide, des mains de l'être aimé, captif, retenant, des poumons qui brulent, des jambes qui battent pour remonter; d'une dame qui mis plus de trente année pour revenir à l'endroit de ses passions, ancien bar devenu bachelor et toujour habité par l'esprit des lieux...
Sous forme d'un paradis de la psychanalyse qui ne semble pas renier certains courants d'art, surréalisme (l'inconscient et la déshinibition comme frontière ambivalente de la rationalité et de l'irrationnel, de l'éveil et du rêve ) et symbolisme (en opposition au naturalisme), une savante mise en scène réglée au quart de tour par Éric Jean pour une oeuvre qui a visiblement atteint sa pleine maturité. Car l'ensemble demande une grande maîtrise, beaucoup d'éléments à coordonner : multiples tableaux enchevêtrés d'arrières plans vivants, effets d'éclairages, beaucoup de changements de costumes (S. Cloutier, excellent) assez surprenants, et j'en passe. Bonjour le cahier de régie gros comme ça et le méga « cue sheet ». À part quelques légères redondances en dernière partie, du bonbon (au LSD ou à l'absinthe). Un voyage captivant.
Splendides comédiens superbement dirigés, performances truculentes, juteuses, personnages profondément habités, certaines interprétations atteignent le jouissif, pensons à Dominic Anctil en tronche inhibée et percluse de névroses, Murriel Dutil en mère pot de colle et Dominique Quesnel en pute attachante, tonitruante et volubile.
À ne pas rater!
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Hippocampe, un texte de Pascal Brullemans (collaboration: Éric Jean, comédiens et concepteurs)
Une production du Théâtre de Quat’Sous
Scénographie de Magalie Amyot
Éclairages de Etienne Boucher
Costumes de Stéphanie Cloutier
Musique de Jean-François Pedno
Maquillages, coiffures de Angelo Barsetti
Direction technique : Nadyne Deschênes
Régie : Nicolas Jobin
Compte tenu de la reconstruction du Quat’Sous, cette pièce est présentée dans le cadre de la saison itinérante au:
Théâtre Prospero
28 août au 22 sept 2007
1371, rue Ontario E., Mtl
Rens. (514) 526-6582