vendredi 15 juin 2007

Théâtre - Fringe - La dernière enquête de l'Inspecteur Drive - Pretium Doloris

Par Yves Rousseau
Une petite farce policière sans prétention, voilà ce qu'annonce le programme. Oh certainement que oui, nous retrouvons ici toute une brochette de personnages archétypes typiques du genre : la gouvernante, la diva, la soubrette nunuche, la lady, le metteur en scène gai, et j'en passe, le tout étant interprété avec le ton léger du vaudeville iconoclaste tarte à la crème. L'ensemble est ponctué de chansons grivoises et coquines, de danses.

Une histoire mince à souhait, évidemment de meurtre perpétré dans un casino comptant tout ce que la société compte de snobinards, sert de prétexte à une série d'interventions burlesques servies par chacun des personnages consommant jusqu'à la lie tous les excès découlant de son genre, et ce, à partir des actions d'un inspecteur de police poursuivant une « enquête », olibrius évidemment complètement saoul.

Stéfan Perreault s'en donne à coeur joie, multipliant les cabrioles et les facéties de gars paqueté, dans ce rôle de policier grossier, débonnaire et mégalomane, généreusement appuyé par un groupe de comédiens tout aussi délirants dans leurs divers rôles d'une grandiloquence de pacotille d'un potache assumé, et avec une belle énergie festive, un plaisir évident chez les comédiens.

À moins de s'être rendu là dans l'espoir d'assister à un grand moment de l'histoire de la dramaturgie, on passe un bon moment. La pièce amuse, déclenche le rire à plusieurs reprises et Perreault est impayable dans sa prestation.

La troupe, atypique, réunie des comédiens de diverses provenances : certains issus des écoles de théâtre francophones, d'autres anglophones, puis finalement plusieurs membres de la Troupe du Cadavre Exquis, une compagnie ayant présenté de nombreuses pièces de qualité dans divers festivals de théâtre amateur, mais je remarque par contre que plusieurs, suite à diverses formations, ont atteint un statut professionnel UDA. Un pont intéressant entre les deux solitudes théâtrales, rarement réunies...

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La dernière enquête de l'Inspecteur Drive (toujours ivre), de Bernard Da Costa
Mise en scène de Véronick Raymond
Troupe Pretium Doloris

avec Stéfan Perreault, Geneviève Besner, Annick Terral, Julien Elia, Annie Roy, Stéphanie Breton, Karine Godin, Marie Olscamp, Véronick Raymond, Serge Mandeville et Carlo Mestroni

Régie - Christine Drouin

Au Mirror Stage 4247 St.Dominique




jeudi 14 juin 2007

Théâtre - Fringe - Le pénétrarium - Le Théâtre Acharnée

Par Yves Rousseau

Vous entrez dans la salle du EcoHosting Stage, une longue salle au plafond bas rappelant un studio de danse, et dans lequel une portion isolée par des draperies est aménagée style boite noire, avec estrades sur plusieurs côtés. Sur scène, quelques tabourets et un gros pouf. Dans la salle de bain avoisinante, un homme prend une douche en chantant, et ce fort mal: surgissant détrempé et vêtu d'un pagne et de souliers à talons-hauts, parfois d'une camisole de dentelle, vaguement efféminé, voici notre hôte, un bonimenteur et maitre de cérémonie se nommant «_Godemiché ». Un jeu de la vérité cherchant à cerner, explorer, tracer le fondamental de l'âme féminine nous est présenté: des thématiques seront énoncées, puis explorées et illustrées par quatre jeunes demoiselles obéissantes aux ordres de «_Godemiché », majorettes paradant pour la gloire de ce que le programme nous rapporte être « un collectif féministe qui dénonce la passivité de sa génération en s'inscrivant dans l'action ». Des tableaux, donc.

Un défilé de thèmes, avec une occupation de l'espace, un mode de déplacement à mi-chemin entre le défilé de mode et la drille militaire, le tout étant ponctué de sessions de jeux : positions amoureuses, relations par en arrière et par en avant et par tous les_orifices,séance_d'orgasmes_de divers styles, coiffures_pubiennes et mode, syndrome_prémenstruel,pseudo-striptease, toilette_intime et lutte contre la pilosité, et même exhibitionnisme_dans ce dévoilement de leurs poitrines, acte pour lequel on nous met en position de_voyeur face à ces corps réduits à l'état d'objet : nous étions « censés » garder les yeux fermés...

Quoique qu’assez intéressant et pertinent dans l'ensemble, le tout n'est pas vraiment bien méchant ni très osé, car on navigue dans un domaine de suggestions et non de représentations : de voir une comédienne simuler, tout habillée, une relation_sexuelle acrobatique abracadabrante en évoquant d'embarrassants problèmes de flatulences (en reproduisant les sons) et un subséquent dégât fécal lors d'un doigté_rectal requis par un partenaire, ou une minette chanter un air sexy avec un_vibrateur eu guise de microphone-phallus, et toute une suite d'éléments dans le même ton, rien de vraiment choquant dans tout cela en 2007, surtout pour qui fréquente régulièrement les théâtres...

Et où ça nous mène tout ça? Au deuxième niveau du texte, qui avec cette approche paroxystique, cynique, aborde les thèmes de l'exploitation commerciale de la_sexualité et de l'image de la femme, de l'effet de la_pornographie et des fictions médiatiques sur les couples et leurs pratiques_sexuelles, leurs fantasmagories et sur le comment cela se transpose dans la vie féminine, bref je pense que vous saisissez un peu l'ironie de l'ensemble qui reste malgré tout relativement puéril. Même si je comprends le procédé satirique, on peut également se questionner sur la valeur dramatique d'une scène de quasi- majorettes nunuches du dérisoire se foutant presque à_poil sur ordre d'un mec, ça me parait assez gratuit et d'une concordance douteuse avec un propos se voulant axé sur le féminisme. Même si certains éléments abordés sont pertinents, on quitte rarement l'anecdote, le cliché.

C'est divertissant, iconoclaste, mais l'élément principal ayant retenu mon attention est le jeu de ces jeunes comédiennes, certaines ayant terminé, à ce qu'elles me rapportaient, leur deuxième année de formation dans une école de théâtre (EST et CADM). Dans l'ensemble, vraiment bien, ton, expression, diction, langage corporel, déjà à ce stade bien correct, très prometteur.

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Pénétarium, par le Théâtre Acharnée
Mise en scène — non créditée
Son et éclairage de Camille Tougas et Sonia Montagne

avec Mathilde Addy-Laird, Sabrina Casault, Myriam Fournier, Audrée Southière, Cédric Patterson

EcoHosting Stage, 4119 St Laurent

mercredi 13 juin 2007

Théâtre - Théâtre extrême - Théâtre du Vaisseau d'Or

Par Yves Rousseau
L'an dernier, suite à la présentation de ce spectacle dans une petite boite noire de l'École Nationale de Théâtre devant un public confidentiel, j'écrivais « Un succès théâtral garanti, je ne peut croire qu'une telle pièce puisse n'être jouée que trois semaines dans une salle de 65 places : cette pièce doit être ab-so-lu-ment reprise, c'est un rempli-salle assuré ! ».

Eh bien voilà, c'est fait, Marie-Thérèse Fortin du Théâtre d'Aujourd'hui avait également, semble-t-il, assisté à ce spectacle et, emballée, lui a par la suite trouvé une place dans sa programmation.

Le concept est assez audacieux : la pièce tout entière est une parodie de course à la direction d'un parti politique, le PPQ, et il y a sept concurrents qui devront êtres éliminés par des tours de votes du public, chaque spectateur étant préalablement muni d'un kit de jetons. Pour déterminer qui sera évincé, une suite d'épreuves : simulation de conférence de presse, de discours politique, etc. Une hôtesse recueille les jetons, qui seront comptabilisés dans le présentoir, puis le candidat éliminé présente son discours d'adieu, un « déchirage » de chemise d'une truculente mauvaise foi.
Une scénographie très réduite, quelques chaises, le présentoir à jetons, DJ Jean-Guy Legault situé sur un plan latéral de la salle, plaçant les airs et effets sonores de circonstances, et voilà.

Un roulement sans fin, parodie caustique du milieu politique de l'ère postcommandites, rien n'échappe à l'esprit aiguisé de Legault. Dans une forme sans complaisance, mais universelle, accessible à tous les publics. Chaque comédien incarne un type très précis, du syndicaliste populiste, en passant par la militante altermondialiste jusqu'au stratège politique néo-libéral arriviste. Et quelle distribution (ci-bas énumérée), im-pec-ca-ble, jeu riche, truculent, festif et allumé.
Et pertinent, pas de gratuités, imaginez un spectacle de plus de trois heures sans longueurs. À peine quelques ajustements dans la façon de rendre certains gags (surtout les plus visuels) ce soir de première, surtout liés à la grandeur de la salle. Trois heures de satires, de rires à en avoir mal au ventre, de défoulement collectif en forme d'exutoire de nos désillusions face aux partis actuels.

Je remarque certaines mises à jour du texte selon les derniers évènements politiques, et certains traits font du bien à entendre...

À mon humble avis, un des  impératifs de l'été, et un spectacle d'un format parfait pour la tournée...
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Une production du Théâtre su Vaisseau d'Or
Mise en scène et texte de Jean-Guy Legault
Assistance à la mise en scène : Mariflore Véronneau
Scénographie et éclairages : Jean-Guy Legault
Accessoires : Mariflore Véronneau et Jean-Guy Legault

avec Delphine Bienvenu, Marie-Lou Bujold, Vincent Côté, Jean-Marc Dalphond, Nancy Gauthier, Lise Martin, Thomas Perreault, Raphaël Roussel, Mariflore Véronneau et Antoine Vézina

du 12 juin au 23 juin 2007
du mardi au samedi à 20 h
du 31 juillet au 18 août 2007
les mardis à 19 h
du mercredi au samedi à 20 h
Au Théâtre D'Aujourd'hui

lundi 11 juin 2007

Théâtre- Fringe - Pendant que dehors les loups - Les chats sauvages

Par Yves Rousseau

Une institution psychiatrique vétuste dont la plupart des patients ont déjà été transférés. Une violente tempête de neige. Le téléphone coupé. Les caméras de surveillance hors circuit. L'infirmière de service zigouillée à coup de batte de baseball par une des cinglées. Huit-clos, isolement total.

Un microcosme de la démence. Ça rappelle « One Flew Over the Cuckoo's Nest » de Milos Forman, ou encore, sans la métaphore politique, le « Colonel Oiseau » de Hristo Boytchev qui avait été mis en scène en 2000 au Quat'Sous par Peter Batatkliev. Dans l'institution, un paranoïaque (Maxime Laurin) se représentant le monde extérieur comme étant peuplé de loups se lance la balle avec un autiste fonctionnel (Benoît Drouin-Germain) capable d'emmagasiner une quantité phénoménale de définitions et d'éléments divers, incluant les horaires de train. Survient une mythomane psychopathe (Céliane Trudel), tenant un bâton de baseball et vêtue de la robe d'infirmière ensanglantée de sa victime. Nos compères décident d'avertir les autorités du centre, mais ne peuvent que réaliser leur isolement. Ils assomment la pseudo infirmière et l'attachent à une chaise roulante. Trouver le gardien. Survient alors une antisociale obsédée sexuelle (Stéphanie Dawson) vêtue des vêtements dudit gardien, qu'on présume alors s'être fait occire. Sous la peur de se voir accuser du (des) crime (s), une funeste valse de manipulation hallucinée d'illusions les pousse à fomenter un projet d'évasion. Mais cet extérieur tant convoité, semble tellement menaçant...

Dans un environnement à la scénographie minimaliste, après une courte exposition, nous sommes rapidement plongés au coeur de l'intrigue, une enlevante suite de rebondissements, « punchés » et rythmés. Le texte, sans tomber dans le manichéisme, présente le phénomène de la divergence et de la folie dans tous ses paradoxes. L'expression des comédiens est très plausible dans cette représentation d'individus psychiatrisés, et certaines poses sont assez saisissantes. Peut-être encore un peu de travail, à mon humble avis, au niveau de la voix, dans le ton, l'intonation, de façon à donner plus de particularités typiques aux caractères, surtout pour les voix féminines, assez juvéniles, ainsi que, plus marginalement, en dehors de l'expression faciale, dans la démarche, la dynamique corporelle et les gestus d'individus qu'on présume médicamentés.

Malgré ces quelques petits ajustements mineurs, l'ensemble est captivant, bien écrit, nous tenant en haleine du début à la fin, un très bon départ pour ces jeunes finissants 2005 à 07 du CLG. On passe un bon moment. Un work in progress prometteur, assis sur de bonnes bases et une brillante équipe de jeunes talents.
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Pendant que dehors les loups, de Maxime Desjardins et Maxime Laurin
Une production « Les chats sauvages »
Mise en scène de M Desjardins

avec Maxime Laurin, Benoît Drouin-Germain, Céliane Trudel, Stéphanie Dawson

Théâtre La Chapelle 3700 St.Dominique

Théâtre - Fringe - Yabu No Naka: Distruthted - Ahuri Théâtre

Par Yves Rousseau
Vous entrez dans le théâtre Mainline, la scène est entourée d'estrades sur trois faces. La quatrième face est occupée par un voile blanc permettant le théâtre d'ombres. Sur l'aire de jeu, des bambous sont fichés dans des cubes mobiles. Pas de programme, enfin je n'en ai pas trouvé, vous ne pouvez donc savoir à quoi vous attendre, ni anticiper les grandes lignes de l'histoire. Ça pourrait aider...

L'histoire donc est issue la nouvelle « Yabu no naka " de Ryunosuke Akutagawa, qui servit elle-même de trame au film Rashomon de Akira Kurosawa. Le Japon médiéval, donc. Voici le résumé officiel, trouvé sur le site de la troupe :

"Un meurtre crapuleux précédé d'un viol a eu lieu sur la route de Yamashima. Sept personnages, témoins de l'évènement de façon directe ou indirecte, racontent leur version des faits, tel qu'ils les ont vécus. Les sept versions sont non seulement différentes, mais souvent contradictoires. Qui dit la vérité ? Entre la version d'un bûcheron, d'un moine bouddhiste, d'un policier, d'une vieille dame, du voleur accusé du meurtre, de la femme violée et même celle du mort, racontée par l'entremise d'un médium, qui croire? "

Quatre langues, cinq comédiens issus de diverses cultures : la Montréalaise Edwige Bage, qui après des études en théâtre et littérature à l'UdeM et une implication au niveau du conte, a complété des études à l’École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq; la française Anne Bardot qui après des études à l'École Charles Dullin et l'Ecole du Studio d'Asnières a participé à diverses productions (Tchékhov, Dostoïevski, Shakespeare, Ionesco...) avant de terminer une formation également à Lecoq et en danse traditionnelle japonaise et tate do; du Nouveau-Brunswick, Mathieu Chouinard qui après un bac. en art dramatique de l'Université de Moncton termine également en 2005 des études à Lecoq, et après quelques tournées internationales, il achève présentement une maîtrise à l'École Supérieure de Théâtre de l'UQAM. Du Japon, Haruna Kondo, comédienne depuis l'enfance, récipiendaire de divers prix et honneurs, d'abord diplômée en psychologie axée sur les effets thérapeutiques du jeu masqué, puis une maitrise en performance au Royal Holloway de l' University of London axé sur la combinaison du théâtre No et occidental, elle complète également la formation Lecoq pour terminer avec le nihon buyo le chant; finalement, formés également à l'école Lecoq, l'Ontarien Dan Watson et le suédois Johan Westergren, déjà impliqués antérieurement dans de nombreuses productions et tournées.

Un mélange tout à fait inhabituel, une facture théâtrale surprenante et unique, un conte très sanglant, quasi shakespearien, un univers semblant rassembler; le nihon buyô, la danse classique japonaise, partie intégrante du répertoire Kabuki et qui, comme le théâtre Élisabéthain, est interprété exclusivement par des hommes; le tate-do, une forme d'art martial avec sabre; l'école Lecoq, dont l'approche est essentiellement axée sur le mouvement.

Le résultat? Une combinaison de tout ce qui est précédemment décrit, en plus du théâtre d'ombres. Le récit est illustré essentiellement par l'expression, le corps en mouvement, et le texte et la voix disent plus par le ton que par les mots, comme une poésie de la musicalité de la parole pour exprimer l'émotion en tant qu'élément du mime. Le tout sous une facture rappelant l'expressionnisme allemand, avec ce côté halluciné, anguleux, en dents-de-scie, paroxystique, ces éclairages et ombres contrastés, ces visages illuminés en contre-plongée, cette déréalisation. Par exemple, dans une scène illustrant un personnages perdu dans une forêts symbolique, sous des éclairages et des cris hallucinés, le caractère tente de s'enfuir dans une course anguleuse, désespérée et hystérique, avec de multiples voix susurrantes sur un ton infernal, démoniaque, avec un jeu d'ombre représentant l'esprit du samouraï et les cubes déplacés constamment de façon à obstruer la fuite, un dantesque ballet.

Si l'ensemble surprend, nous forçant à redéfinir ce à quoi nous sommes habitués comme langage en terme de procédés scénique, de conventions théâtrales, en nous laissant pantois (ahuris...) pendant quelques instants, l'expérience s'avère très intéressante et on se prend à se laisser complètement absorber par ces surnaturelles péripéties explorant le côté sombre de l'humanité. L'expérience vaut le détour.

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Avec et de Mathieu Chouinard (dir. artistique), Haruna Kondo (assistance), Edwige Bage, Dan Watson, Johan Westergren
Éclairages et régie de Vicki Grenier
Costumes et scénographie de Maude Ledoux et Marie-Ève Parent

Une production d’Ahuri Théâtre
Théâtre Mainline, 3997 Boul. St. Laurent


dimanche 10 juin 2007

Théâtre - Le Midi-Minuit - La S.H.O.P.

Par Yves Rousseau

Le Midi-Minuit est un évènement théâtral annuel regroupant divers artistes de la relève. Il consiste en une suite de présentations de courtes créations regroupées en cinq blocs, vingt-trois au total. Douze heures de théâtre avec quelques pauses. Le tout est organisé par La Société Hétérogène Organique Pluridisciplinaire, La S.H.O.P., sous la gouverne impeccable des comédiens Luc Bouffard, Philippe Cyr et Stéphanie Julien qu'on a eu le plaisir de voir évoluer sur les planches cette saison, dernièrement dans « Les Escaliers du Sacré Coeur» de Copi.

Parmi l'ensemble des courtes pièces, certaines ont particulièrement capté mon attention, soit pour leur qualité de conception et/ou d'écriture et/ou d'interprétation :

Samuii, une création et interprétation de Annie Darisse-Desbiens, Marie-Hélène Gosselin et Dominique Leclerc. Une jeune femme hyper insécure, névrosée et torturée, cherche à réorienter sa vie: cesser de fumer, se relooker, trouver un chum, ne plus tolérer certaines relations vides pour le simple fait qu'elles existent depuis des lustres. Cette relation prend ici la forme d'une ancienne amie du secondaire. Comment le dire, comment aborder? Entre le fantasme, ce qu'on se promet de faire et la réalité, il y a une certaine distance...

On assiste à un intéressant dialogue de sourds, ce tissu d'insignifiances qui nous lient plus souvent qu'autrement aux autres, ceux à qui soit nous n'avons rien à dire, ou soit encore le plus souvent avec qui nous n'arrivons (et qui eux aussi n'arrivent) plus à communiquer. Survient cette itinérante, truculente interprétation, qui s'étend en confidence envers ces deux pures inconnues, un peu désolées. Et pourtant, nos deux protagonistes semblent, époque oblige, pas si loin de cette désespérante solitude moderne. Comme cette jeune femme enceinte qui évite de justesse de se faire écraser en traversant la rue, préoccupée par la lecture d'un article lui annonçant la mort de l'être aimé, fait reçu par les deux autres jeunes femmes avec absence complète d'empathie, écoute zéro.

L'ensemble est bien joué, bien découpé, le texte est intéressant, même si ça reste anecdotique. Particulièrement pertinent au niveau d'un phénomène généralisé de non-écoute, mais plus particulièrement présent chez certains membres de la génération pop-corn, faisant parfois outrageusement preuve de manque d'attention...

I.V.G, (je t'aime moi non plus), auteur et mise en scène, Justine Boulanger, interprètes : Christine Pinard et Frédéric Guay. Psychodrame noir, sombre, désespéré et nihiliste, un méga spleen en forme de no futur suicidaire d'une femme enceinte, le revolver sur la tempe. CP se signale ici avec une interprétation particulièrement intense et assez habitée, et une grossesse vraisemblablement non simulée rajoute au malaise et à la vraisemblance dramatique. Pas pour les jours gris de novembre...

Petite fille, mise en scène de Magali Letarte avec les marionnettistes Jessica Blanchet et Évelyne Fournier. Alors là, ici quelque chose de vraiment bien : le conte de Andersen « La petite fille aux allumettes » transposé en théâtre d'objet. Une scénographie particulièrement soignée illustrant une ruelle. Ce sont les détritus qui incarnent les personnages, la petite fille est une boite de crème glacée vide, la grand-mère une poubelle, et une foule d'accessoires personnifient les divers êtres. Même les costumes des manipulateurs s'intègrent au conte : c'est touchant, drôle, avec ces interventions du cuisinier chinois sortant les poubelles dont les éléments deviennent de nouveaux personnages. Vivant, soigné et bien fait, quelque chose de très intéressant tant pour le milieu scolaire que pour le grand public.

Désir, de et par Élisabeth Locas avec la mezzo-soprano Julie Goupil. Passionaria comico-hysterico dramatique par EL sur fond d'opérette, bellement et puissamment chantée par JG. Que de coffre! Malgré que les propos de la comédienne soient partiellement enterrés, l'ensemble reste amusant, iconoclaste, avec une belle utilisation de l'espace dans une espèce de valse-mazurka enivrée et étourdissante.

Le téléphone de Maxime Cormier. Interprètes; Pierre-Luc Bouvrette et Delphine Delaunay. Sur le ton d'un Feydeau, mais avec une écriture rappelant Jean-Michel Ribes, une comédie légère et absurde portant sur un couple en venant à littéralement s'étriper suite à une série de coups de téléphone anonymes. Bellement interprété.

Vous avez l'heure s.v.p., toujours du même groupe, toujours dans le même ton, une situation absurde rappelant plutôt cette fois-ci Ionesco: un homme s'acharne a obtenir l'heure d'un individu, ce qui donne lieu à un brillant chassé-croisé verbal déjanté, une superbe série de quiproquos , de brillants dialogues et la découverte de ce jeune talent Pierre-Luc Bouvrette.

Pidjone, de et par Marie-Ève Trudel et Philomène Lévesque Rainville. Deux vieilles dames sur un banc de parc puis des pigeons. Péripéties absurdes et truculentes en théâtre de masque, style Commedia dell'arte, drôle, comme quoi les vieilles dames ne sont pas toujours si gentilles, pauvres pigeons...

Les insulaires, auteur, mise en scène et interprète, Anna Beaupré Moulounda. Interprètes; Isabelle Leclerc et Maia Loinaz. Un fait divers, soit une vieille dame retrouvée partiellement bouffée par ses chats plus de trente jours après sa mort, incite trois jeunes femmes à s'interroger sur la profondeur, la vérité des liens qui les unissent à leurs entourages. Et si elles mouraient, que se passerait-il, combien de temps avant que quelqu'un ne s'en rende compte ? Chacune expérimente à sa façon, avec des résultats pas toujours agréables à accepter. Une interrogation pertinente et actuelle sur la vacuité de la présence de nos petites vies insignifiantes, sur l'érosion des liens, l'isolement contemporain. Belle interprétation, avec un rythme qui perd parfois son souffle, mais très intéressant dans l'ensemble.

L'usure des ombres, auteur et mise en scène, Martin Giguère, interprètes; Véronique Gravel-Bouchard et Éric Laprise. À la dérive sur un radeau, un couple pêche les tables de la loi... Une interprétation remarquable, plus particulièrement par Véronique Gravel-Bouchard, une finissante de la promotion 2004 du conservatoire.

Fait de glace, de et par Marianne Marceau et Jean-Philippe Durand. Étudiants en deuxième année du CADQ nous livrent ici deux numéros inspirés de la Commedia dell'arte, mais en joual. Le numéro portant sur le burlesque vol de dépanneur est particulièrement drôle, tordant humour bon enfant.


Du sable dans le coeur, de et par Jean-Pascal Fournier. Un extrait de la fabuleuse pièce « Moi au milieu du monde» : Pat, un yo dantesque qui n'entretient plus aucune illusion sur la vie, dans son centre-sud dans lequel les filles se font aborder par des voitures de banlieusards souvent mariés et respectables, venant vomir leur stupre sur de jeunes femmes toxicomanes se vendant pour vingt dollars, pour ensuite repartir dans leurs riches banlieues. Son minuscule logement de misère, cette misère et cette douleur qui suinte de toute part dans son univers violent, dur, très dur. Sa blonde, aux prises avec sa toxicomanie, qui finira par briser la seule belle chose de sa vie, leur amour, pour se payer une dose, elle qui n'avait jamais fait de passe. Et étranglée de regret, elle commettra l'irréparable. Alors, Pat attrape un de ces maudits exploiteurs (suggéré par une paire de chaussures luxueuses) , l'attache dans son un et demie. Pas pour le tuer. Mais pour ne le relâcher que lorsque son âme sera pleine d'images, de toutes ces images de l'horreur quotidienne, de l'enfance brûlée sur l'asphalte...

Plus de détails sur l'ensemble de cette pièce ici.

Moi, cible de dieu, de et par Jacques Poulin-Denis. Numéro de stand-up complètement déjanté et « raté » par un personnage d'une mauvaise foi exemplaire, sur lequel le mauvais sort semble s'acharner, élégie de l'humour iconoclaste et absurde. Un unijambiste pourvu d'une prothèse se prépare à présenter ses enchainements, mais voilà, rien ne se déroule comme prévu. Sa chaise de spectacle est en réparation et la nouvelle glisse trop, désastre et re-désastre. Ses chorégraphies échouent, car la prothèse fout le camp, le parapluie ne tient pas en équilibre, et l'ensemble est couvert d'une série de prétextes et excuses facétieuses et d'un douteux consommé. La scène de la destruction du parapluie était particulièrement réussie, et presque dangereuse puisque j'ai réussi à éviter un des multiples éclats...

Bianca sans issue, interprètes; Tania Duguay, Étienne Jacques, Martin Roy et Marie-Laurence Lévesque. Un amusant vaudeville aux multiples rebondissements prend son essor quand un mari adultère se prépare à tuer sa femme...

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Midi-Minuit, Rallye théâtral, une production de la S.H.O.P. , troisième édition
Le 9 juin 2007 au théâtre Prospero.

Théâtre - Fringe - Simon a toujours aimé danser - Abat-Jour Théâtre

Par Yves Rousseau
Un récit, celui d'un touchant parcours existentiel avec ce texte de Simon Boulerice, un jeune finissant du programme théâtral du Collège Lionel-Groulx, déjà membre du CEAD, vu récemment dans le brillant « Grand Théâtre du Monde » mis en scène par Alice Ronfard.

Un être sensible, artistique, membre du choeur de son village, ayant une admiration sans bornes pour Whitney Houston et Jean-Sébastien Bach. Un univers où on trouve, juxtaposés, les mondes musicaux de ces deux derniers, sur fond judéo-chrétien (iconoclaste et d'une ironie candide) avec la crucifixion comme métaphore d'un formatage de vie imposé à un être différent, avec les étapes de vie comme stations : tenter d'être un joueur de hockey alors que la danse et le chant nous appellent, entre autres. Muer à douze ans directement sur la scène de l'église locale pendant une importante chanson, perdre un beau timbre vocal pour en acquérir un nasillard, traumatisme et chemin de croix, deuil, et voilà, on passe à la danse. On ne cherche plus autant sa voix que sa voie, sa place, une façon de vivre sa différence, sa particularité dans un environnement pas évident...

Un texte très humain, rafraichissant, authentique, porté avec naturel par SB qui possède une belle diction et un ton très évocateur, bellement mis en scène, avec utilisation de vidéo, trame sonore musicale, et de belles propositions métaphoriques, des images intéressantes, comme ces dessins faits à la craie sur le sol venant illustrer avec symbolisme les phases de vie. Si on s'égare parfois dans des portions un peu trop longuettes exposant la fascination pour W Houston avec ces scènes de lip-sync (certes importantes, mais simplement trop massivement présentes) qu'on imagine plus facilement dans un cabaret du village, dès qu'on se recentre sur le propos principal, l'objet théâtral fascine et retient l'attention par son originalité et son traitement.

En parlant de crucifixion, de traversée du désert, j'ai assisté, lors de ce soir de première, à un des plus grands moments de stoïcisme, de bravoure théâtrale qu'il m'a été donné de voir. Les sept plaies d'Égypte scéniques se sont acharnées sur SB, comme une punition divine. Un public composé de collègues comédiens, contenant une hilarité cynique, assistant au tout mi goguenards mi dépités et incrédules, avec l'oeil chirurgical de celui à qui rien n'échappe. Un théâtre dans lequel il devait bien faire 32 Celsius. Un technicien de régie (imposé par le festival?) marchant bruyamment, avec la discrétion de Dumbo l'éléphant, s'enfargeant partout, renversant accessoires et mobiliers de régie, « beding badang », brassant le change dans les poches, et recevant même des appels sur cellulaire avec la sonnerie activée. Une console d'éclairage entamant une longue agonie pendant laquelle les équipements, comme s’ils étaient possédés du démon, se sont mis à clignoter sporadiquement, éblouissant ici le comédien, le laissant dans l'obscurité là, s'ouvrant et se fermant de façon désordonnée et aléatoire avec les techniciens en panique courant partout en coulisse, parlant presque à voix haute, et dont les efforts pour remédier ne faisant qu'amplifier les effets du détraquement des équipements agonisants. Un microphone ne marchant pas pour la scène de chant. Puis, bruit de disjoncteurs très audible, odeur de brulé, la console saute, le spectacle se termine avec les lumières de salle, avec un pauvre metteur en scène complètement découragé s'étant réfugié dans le lobby. Et pourtant, SB a réussi à tirer son épingle du jeu et à demeurer dans sa routine! Un spectacle qui vaut donc, surtout avec ces problèmes inévitablement réglés pour les spectacles prochains, le détour. Un work-in-progress à surveiller.

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Création théâtrale et dansée de Simon Boulerice, production Abat-Jour Théâtre
Mise en scène de Daniel Paquette
Dramaturge — Sarah Berthiaume

Au théâtre Mainline, 3997 St-Laurent
Publié par YR à l'adresse 13:21


Théâtre - Cette fille là - Théâtre du Grand Jour

Par Yves Rousseau
Vous souvenez-vous de cette horrible histoire de meurtre sordide entre adolescents, et surtout adolescentes, oui, ce meurtre de Reena Virk qui avait été perpétré par un groupe de ses pairs en 1997 à Saanich en Colombie-Britannique? Bien sûr que oui, beaucoup d'évènements passent et sont oubliés, mais pas celui là. Marquant. Quatorze ans. Une vie sacrifiée sur l'autel de la violence ordinaire, du « bullying », de la jeunesse qui dérape dans la spirale de l'horreur, de la violence.

Comment dire, comment nommer l'innommable, ce qu'on ne veut pas voir, ce qu'on préfère ignorer? L'auteur Joan Macload trouve les mots pour aborder ce sujet encore relativement tabou de la violence féminine, dans une brillante traduction de Olivier Choinière. Mis dans la bouche d'une jeune fille ayant passivement participé au crime. Par sa voix, ses oreilles et ses yeux, voilà la genèse de la croissance de la haine, comme une chronique d'une mort annoncée, jusqu'au « trop tard ».

Un récit donc, comme une dantesque et captivante chute vers l'enfer. Une scénographie (Michele Laliberté) représentant un quai rustique, donnant sur cette eau où le corps a été retrouvé. Peu d'espace pour évoluer, deux mètres carrés. Pas de fuite possible, au front tout le long. Visage, expression, posture, gestuelle, non-dit. Tout repose sur les épaules de Sophie Cadieux, qui donne vie avec une incroyable justesse à cette jeune fille, son incroyable secret, sa complète solitude. Un voyage vers un passage précoce à l'âge adulte, vers la conscience et la responsabilité. Profondément habité, le regard parfois chargé de cette noirceur, exploration de zones troubles et troublantes. Avec la force, la pudeur, mais aussi la vulnérabilité et toute la douleur contenue nécessaire. En équilibre sur le fil tout le long. La moindre rupture, le moindre fléchissement, et c'est à l'eau. Et ça tient, solide. Certainement une des plus grandes performances de jeu à laquelle il m'a été donné d'assister dans ma vie.

Les écoles de théâtre ont beau enseigner diverses techniques de gestion d'émotion, je ne vois pas comment humainement on peut s'investir autant dans un tel texte sans payer de sa personne. Sans doute très exigeant, très taxant pour l'interprète.

Une brillante mise en scène de Sylvain Bélanger, ou chaque mouvement, chaque expression, dans cet espace réduit, prennent une proportion amplifiée, d'où l'importance du dosage, subtil et fin. Un principe parfaitement assimilé et rendu par les éclairages (Martin Gagné) et la trame sonore (Larsen Lupin).

Il ne reste que quelques représentations...
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De : Joan MacLeod
Traduction : Olivier Choinière
Mise en scène : Sylvain Bélanger
Assistance à la mise en scène : Karine Lapierre
Scénographie et costumes : Michèle Laliberté
Éclairages : Martin Gagné
Musique originale : Larsen Lupin
Maquillages : Suzanne Trépanier

Avec : Sophie Cadieux

Une production du Théâtre du Grand Jour en codiffusion avec le Théâtre de La Manufacture


Du 29 mai au 16 juin 2007 au Théâtre de La Licorne

Supplémentaires : Le samedi 16 juin à 15 h

samedi 9 juin 2007

Théâtre - Fringe - Walk-in ou se marcher dedans - Théâtre de La Femme Et...

Par Yves Rousseau

Dans la salle de spectacle de l'association portugaise, un quadrilatère de draperies de scène sombres crée ce qui ressemble à une boite noire typique, d'une soixantaine de place. Au fond de la scène, deux grands panneaux noirs encadrent un walk in, une penderie remplie d'étuis à vêtements accrochés. Blancs. Surabondance de toilettes, comme surabondance de tentations dans l'offre illimitée d'une société de consommation où on prend, on se lasse et on jette : le tout comme métaphore de l'état des lieux du couple, de l'amour. Un buffet du relationnel à volonté d'êtres jetables, qui s'utilisent plus qu'ils ne s'investissent...

Il y a celle qui trompe, qui multiplie les conquêtes, puis la trompée, rencontre qui ne finit que par définir une même détresse, une même solitude. Seule la façon de s'étourdir, de se mentir change, mais le même abime, la même douleur.

Une préoccupation majeure chez beaucoup de jeunes auteurs féminines de cette génération, qui devront composer avec l'univers paniquant des couples pop-corn qui se font et défont à un rythme de plus en plus étourdissant : comment s'épanouir, trouver un partenaire, fonder une famille, espérer et aimer et éviter de tomber dans le cynisme, comme c'est un peu le cas ici...

Un portrait de l'état des lieux imagé, utilisant des procédés de dérives intéressants, avec de belles métaphores scénographiques, de belles suggestions, une écriture intelligente et sensible, bref la mise en scène de Christian Fortin, un jeune artisan qui signale par de brillantes créations comme entre autres King Dave, est bien découpée, enchainée et coulante. Certainement une production soignée. Lors de cette première, j'ai par contre remarqué qu'on semblait chercher le bon niveau de langage, oscillant entre le québécois et le normatif, et cette surinsistance sur la prononciation intégrale de toutes les syllabes crée un effet un peu ragnagnan. Ajouter, à l'intérieur d'un bon parler, juste un peu plus de coulant, de naturel, donnerait un peu plus de liant, de vraisemblance au mariage, à la concordance du verbal et non-verbal. C'était la première, ce sont des ajustements normaux, surtout dans le cadre d'un festival expérimental comme le Fringe, qui permet justement d'essayer des choses, et le projet reste dans son ensemble prometteur et très intéressant.
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Note : Je vais devoir être plus bref dans les prochains jours, car il y a avalanche théâtrale. Aujourd'hui, trois pièces, demain les seize pièces du Midi-Minuit, puis encore des dizaines de pièces au Fringe. Je compte vous parler de toutes, de façon à vous donner une idée, mais plus brièvement.
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Walk in ou se marcher dedans, une production du Théâtre de La Femme Et...
Mise en scène de Christian Fortin
Conception sonore de Alexi Rioux
Costumes de Joannie D'Amours
Scénographie de Caroline St-Laurent, Marjorie Camiré, Chélanie Braudin Quintin et Audrey McDuff

avec Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent (diplômées promotion 2005 de l'Option Théâtre St-Hyacinthe)

À l'Association portugaise 4170 ST-Urbain
Adulte 8$, étudiant 5$

lundi 4 juin 2007

OFFTA (théâtre) - Théâtre tout court - Absolu Théâtre

Par Yves Rousseau

Vingt-deux heures, au cabaret « La Risée » sur Bélanger. La salle est remplie très majoritairement d'artisans du milieu. Soudain, Serge Mandeville monte sur scène pour ironiquement présenter le spectacle, une suite de courtes pièces américaines, soulignant le côté quasi spontané de l'ensemble en faisant rire la salle avec quelque chose comme « on est correct, on l'a déjà fait une fois... puis de toute façon, l'avantage de la formule, c'est que si le numéro est plate, c'est juste dix minutes... ». La scène est totalement dépouillée, et entre chaque numéro on vient récupérer quelques tables et chaises à même la salle pour la scéno. Bien voilà, la table est mise.

En première partie, une pièce de la féministe, journaliste et auteur Linda Eisenstein intitulée « Un bruissement d'ailes » (Rustle of Wings), mise en scène et traduction de Serge Mandeville: une jeune femme (Caroline Bouchard) raconte à ses amis qu'on présume gais (Geneviève Cocke et Chrisitan Baril) sa rencontre avec une jeune femme ailée (Caroline Tanguay) dans un bar de lesbiennes. L'ensemble est interprété avec sensibilité selon le plus grand réalisme, un contre-effet intéressant rajoutant au côté onirique, surréel, cette sublimation dans un symbolisme en sous-entendus. Bien découpé, bien rythmé, bonne règle d'alternance dans cette suite de flash-back illustrant ce que raconte la jeune femme.

L'offre, un texte de Éric Bogosian, un auteur et monologuiste réputé pour ses comédies noires à l'analyse sociale grinçante. Stéfan Perreault, excellent, s'en donne à coeur joie dans ce rôle d'un Satan empruntant à la dialectique d'un vendeur de chars usagés, un motivateur cynique soulevant le ridicule de certaines demandes humaines, style "je veux coucher avec ma secrétaire". Mais pourquoi se limiter quand "Sky is the limit " ? Un american dream de la perversion illimité, du marchandage d'âmes en forme de publireportage. Une mise en scène et traduction de David Laurin.

Puis, un texte du Canadien Jason Sherman, un auteur ayant déjà été adapté en français, à La Licorne et au CNA, entre autres. Sa courte pièce « Les règles de l'union », bellement jouée par Guillaume Tellier et Geneviève Cocke. Mis en scène par Renaud Paradis, traduction de David Laurin.

Puis, avant l'entracte (il me semble), de Garth Wingfield, Daniel un jeudi (Daniel on A Thursday), une rocambolesque histoire de drague dans un bar pour homme gai, avec ces personnifications hallucinantes, cet imposteur mythomane voguant de prétentions en mensonges, de mensonges en faux (Mahtieu Quesnel) s'acharnant sur ce pauvre quidam complètement ahuri et dépassé, joué par François-Simon T. Poirier . Le texte est ici, vers la fin du document en format pdf. Truculent chassés-croisés au rythme enlevant. Une mise en scène et traduction de David Laurin.

De Rich Orloff, un brillant texte illustrant, non sans ironie et sarcasme, divers procédés de constructions dramatiques, « Playwritting 101: The rooftop lesson », traduit en « Dramaturgie 101 ». Muni d'une télécommande, un dramaturge déjanté (S Perrault) passe en revue une scène de suicide (C Baril, F Paquet): en fait plutôt les "do's and don't's" de l'art de la (dé) construction dramatique avec rembobinages (les acteurs rejouent la scène à l'envers et en accéléré) et avec des "replay" introduisant chaque fois une nouvelle variation, jusqu'à ce que les caractères se révoltent et sortent de la tivi, dans une comique guerre de télécommande ou chacun s'invective à coup de "espèce de cliché", "caractère surfait", "vulgaire stéréotypes", devant une salle croulant de rires. Brillamment chorégraphie, coulante, juteuse, mise en scène et traduction de Serge Mandeville.

Degas, c'est moi, de David Ives, ou le délire déjanté d'un mythomane (Serge Mandeville, particulièrement allumé) se prenant pour Degas, un quidam sans envergure qui nous entraine dans son quotidien banal sous le couvert de son délire grandiose et illuminé, halluciné et exalté, avec une autre comédienne dans une suite de rôles utilitaires (épouse, caissière, bibliothécaire...). Première mise en scène pour Olivier Morin (Macbett, Du vent entre les dents, impro...) avec ce numéro et le suivant. Les solos de Mandeville sont très brillants et nous font passer par-dessus certains détails d'enchainements, et parfois de ton et d'expression des caractères secondaires.

Pour terminer, Fausse Balle, de Craig Wright, où l'histoire d'un pauvre diable qui, quoi qu'il tente, finit toujours par recevoir une, et même plusieurs balles en pleine gueule dès qu'il se pointe à un match de baseball. Les scènes de match, avec une Caroline Lavigne complètement enflammée dans ce rôle de supporter gérante d'estrade tonitruante et Renaud Lacelle-Bourdon dans ce comique du malchanceux pathétique, sont d'un loufoque impayable. La trame sonore, non créditée, avec ce commentateur kétaine et bilingue assez typique, est également à souligner. Vraiment bien.

Après la pièce, un comédien m'expliquait la difficulté ressentie à cause du peu de temps de préparation. Si je peux me permettre un petit commentaire, si ça c'est le résultat du peu préparé, je veux absolument voir la suite. Dans un climat convivial, à la bonne franquette, des performances tout à fait honorables, et même excellentes et de bonnes traductions. On passe une vraiment bonne soirée, et atteindre ce résultat dans ces conditions n'est sans doute pas étranger au statut de l'ensemble des intervenants. Il suffit d'examiner la distribution pour se rendre compte de son incroyable richesse, un ensemble convaiquants de noms de la relève, une collection de talents issus de bonnes écoles de théâtre, et qu'on retrouve parmi les productions les plus marquantes de la saison. Du solide. Et un concept axé sur les courtes pièces censé être repris, espérons. À suivre !
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Théâtre tout court, une production de Absolu Théâtre
Espace La risée, 3 juin 2007
Mises en scène de : Serge Mandeville, David Laurin, Renaud Paradis, Olivier Morin
Scénographie et costumes, éclairages et son non crédités

avec
Chrisitan Baril, Caroline Bouchard, E. Brochu, Geneviève Cocke, Mathieu Quesnel, Renaud Lacelle-Bourdon, Caroline Lavigne, Serge Mandeville, Frédéric Paquet, Stéfan Perreault, François-Simon T. Poirier, Caroline Tanguay, Guillaume Tellier.









samedi 2 juin 2007

OFFTA (théâtre) - I Have A Dream - Collectif Pilouk

Par Yves Rousseau

Première édition du Festival TransAmériques et conséquemment, première édition du OFFTA, qui comprend l'oeuvre qui suit, un bon petit show très agréable, et avec des couilles en plus...


Ainsi donc, une création quasi instantanée (l'oeuvre, aux dires des créateurs est née il y environ... deux semaines) portant sur le discours politique. En entrant dans la salle Jean-Claude Germain du théâtre d'Aujourd'hui: un public presque exclusivement composé de gens du milieu théâtral. Puis côté jardin, mini régie sur table, au centre Jacques Laroche sur un tabouret; puis un peu plus en arrière scène, Louis Cyr qui bidouillait la projection ( je pense) d'une définition assez rudimentaire sur ce petit écran central; puis finalement côté cour DJ Antoine Laprise créait des atmosphères assez « seventies » : "The Revolution Will Not Be Televised" du poète Gil Scott-Heron (écoutez ici), utilisée, semble résumer. Yeah ! Pour vous situer, Laprise et Laroche étaient impliqués il y a peu dans des oeuvres tel que « L'autre monde » à L'Espace libre, ou encore « Discours de la méthode ». Voilà, la table est mise.


L'ensemble se révèle un assemblage kaléidoscopique, impressionniste, de discours, flash politique, avec commentaires « live » et projections thématiques, de moments marquants, étonnamment articulés, sur fond trash, un peu industriel, funky. Des discours de dictateurs, Staline, Hitler et compagnie, aux grands discours humanistes « I have a dream » de Martin-Luther King et compagnie. Le tiers final se penche particulièrement sur la question nationale, de Chartrand à de Gaule (vive le Québec... libreeee) en passant par Bourassa, et les commentaires lus nous plongent au coeur des paradoxes, tergiversations collectives, et s'avère être globalement un pertinent questionnement sur l'identité, la liberté, et les diverses dérives et errances, parfois funestes, y menant. Certaines portions de discours, cités hors contexte et en identifiant leurs auteurs seulement après, semblent parfaitement actuels, mais sont pourtant parfois issus d'indésirables notoires, ô pièges et errances. Qui peut donc se prétendre à l'épreuve de ces dérives collectives?

Nous voici tous réunis, pendant un peu plus d'une heure d'exaltation, avec nos T-shirts Che Guevara et nos bandanas imaginaires, pour la révolution à dix piastres (le prix du billet), jusqu'à ce que le « meter » arrive à zéro, nous recrachant hors de la salle selon l'invitation éructée « y'a dlà bière en bas ». Dans le hall, cinq secondes parmi l'ensemble des artistes, je me prends à penser toutes ces belles petites productions bien propres et subventionnés, avec de beaux petits effets multimédias « cutes », du cocooning théâtral, de la lobotomie scénographique, de la surcharge d'une proposition, du décoratif à la vacuité abyssale, la création sur le prozaq, mais tellement concept (hum) et qui semblent lentement envahir l'univers scénique. Évitant l'ignorance ostensible habituellement dévolue au nobody issu de la plèbe pris au milieu de ce genre de réunion, je m'esquive en vitesse. Experience makes perfect, la masse critique de public n'est pas suffisante pour altérer la dynamique. De retour à notre beau confort de l'indifférence, boulevards St-Denis, les bobos défilent sur le trottoir, la révolution est terminée. Snif! Mais maudit que ça fait du bien quand même, surtout dans notre belle époque apolitique et aseptisée. Hum, un concept qui mérite d'être repris, mais en formule plus poussée, téteux-proof et encore plus déjantée, et cabaret donc avec de la bière PENDANT le spectacle et du vrai public...

Ouais, décidément The Revolution Will Not Be Televised...
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I Have A Dream, par le Collectif Pilouk
Une création de et avec Claude Laroche, Antoine Laprise et Louis Cyr

Salle Jean-Claude Germain du théâtre d'Aujourd'hui