Par Yves Rousseau
- 40% de déséquilibre - Système Kangourou- Hamlet - Boyokani Company- The Facts Behind The Helsinki Roccamatios - Infinithéâtre- Poisson d'avril - Mousquite - L'Intranquilité - Sankeo Théatre _____________________________________________________________________
40% de déséquilibre - Théâtre Lachapelle
Du 13 au 28 avril http://www.systemekangourou.ca/
Équilibristes du déséquilibre dans une vision schizokaléidoscopique de moments de vie, complètement éclaté, du performatif en acting-out, cri primal de l'urgence d'être et de dire. Mises en abime, ping pong existentiel. Ne cherchez pas la recette, le mode d'emploi, il n'y en a pas. Comme devant une toile impressionniste, et même abstraite, on se laisse imprégner, où on passe tout droit. On aime, ou on n’aime pas. Peut-être pas très « grand public ». Furieusement anarchique, bordélique et atypique. D'une inégalité assumée, un niveau de jeu, diction, mouvements et expression allant, selon l'acteur, de l'amateur éclairé au professionnel formé, avec un propos pouvant passer du coq à l'âne, du sublime au ridicule, de la longueur à la splendeur. Un baz-art furieux et tendre, d'une construction déconstruite, d'une réalité d'autofiction vraie, fausse. À l'image du mouvement : on se lance, on grimpe sur murs et échelles, on chute, on se pousse, on s'enterre, on déglingue le décor, un constant fracas en up and down. Ça ressemble un peu à aujourd'hui, maintenant le monde. En surface, ça peut ressembler à n'importe quoi. Unique et marginal.
Textes et mise en scène de Anne-Marie Guilmaine, scénographie et éclairages de Jonathan Nadeau, conseiller scénique Max-Antoine Proulx, avec Grégory Flayol, Xavier Malo, Claudine Robillard, Janick Rousseau, Martin Vaillancourt
Hamlet - Boyokani Company
Au M-A-I Du 18 avril au 29 avril Boyokani Company Originaires pour la plupart de divers pays de la francophonie africaine et de France, avec leur adaptation, leur vision du texte de Shakespeare transposé ici dans un royaume africain. Ça donne un Hamlet étonnamment festif, ponctué de nombreux chants, danses et costumes traditionnels d'une grande beauté et d'une grande richesse. Si l'ensemble a pour effet de minimiser l'aspect et l'amplitude dramatique de certaines scènes, il a par contre de mérite de jeter un éclairage rafraichissant et original sur l'oeuvre, et même si 2 h 45 sans entracte c'est un peu long (quelques longueurs), dans l'ensemble on passe à travers avec une étonnante facilité, l'oeuvre étant ainsi rendue hautement accessible et digestible avec une histoire richement illustrée et facile à suivre. Certaines scènes sont d'une grande originalité, comme ce « Être ou ne pas être » joué en spleen intimiste et accompagné à la guitare et il y a d'ailleurs plusieurs autres beaux moments d'émotions. La scénographie est limitée à cette scène, qui prend un peu l'aspect d'une arène, et l'éclairage et le son prennent donc, efficacement, une large place dans la suggestion L'interprétation des comédiens est intéressante, originale, une approche du jeu totalement différente de ce à quoi nous sommes habitués ici, très expressif, enjoué, avec un côté Commedia dell'arte, très corporel dans l'expression (beaucoup de mouvements chorégraphies, de danse exprimant l'émotion), une grande musicalité dans la diction, le verbe, parfois naïf (dans le sens d'authentique) tout en étant crédible.
Adaptation et mise en scène : Hugues Serge Limbvani / Texte : Shakespeare / Traduction : Jean-Michel Deprats (éditions Gallimard) / Interprètes : Mata Gabin, Maïmouna Doumbia, Momo Ekissi, Hugues Serge Limbvani, Mathieu Lagarrigue, Jacques Éric Mampouya, Vict Ngoma et Addoulaye Seydi / Scénographie : Hugues Serge Limbvani / Conception des éclairages : Pierre Gille / Régie : Alain Tomety Sena Kossi / Costumes : Ndiassé
The Facts Behind The Helsinki Roccamatios
Maisons de la culture de Montréal Infinithéâtre
Deux amis. Un, suite à une transfusion sanguine, attrape le sida. Nous sommes dans les années 80. Lente agonie. Puis, pour rendre le tout supportable, ce jeu de rôle imaginaire, soit retracer la vie d'une fictive famille finlandaise, les Roccamatios, et ce, depuis le début du siècle, chacun imaginant une année, à tour de rôle. Un lent et très dur accompagnement vers la mort. Le procédé est simple, le temps réel est celui de cette chambre d'hôpital, côté cour, où se déroule l'agonie étalée sur plusieurs mois, avec des dérives historiques, jouées côté jardins et illustrées par des diapositives : flash-back portant tant sur la vie de l'ami, que sur de « grands » moments du vingtième siècle : découvertes, horreur de la guerre, moments capitaux, etc. Les évènements n'ont pas nécessairement de liens entre eux; c'est plutôt le climat particulier issu des croisements continus entre l'amitié étranglée dans les douleurs de l'agonie du sida et les faits relatés, qui, pris dans leur globalité créent un effet émotionnel impressionniste nous jetant en plein visage tout le non-sens de notre époque, toute notre vulnérabilité, notre fragilité. Une autre histoire que le vent viendra balayer, comme nos petites vies insignifiantes. Le temps efface tout. Présentée à un stade précoce de sa réalisation, la performance solo d'Éric Goulem n'en demeure pas moins solide et prometteuse, avec une très belle diction. Avec encore quelques répétitions, question de bien avoir le texte en bouche, de rajouter de la fluidité dans l'expression, et peut-être un peu mieux étayer (le texte de) la portion finale, où cette famille-prétexte disparait, et où le récit s'embrouille un peu. Un texte anglais de Yann Martel très émouvant, une fresque dantesque d'une portion de notre monde, une portait lucide de notre humanité. Pièce en anglais.
Texte de Yann Martel, mise en scène de Bruce Smith, avec Eric Goulem
Poisson d'avril - Mousquite
Poisson d'avril, c'est une charmante et touchante prestation un peu surréaliste empruntant au théâtre, à la pantomime et au cirque. Deux soeurs partageant un lit, dans une comique lutte de couvertes épique, puis un méchant, une poursuite endiablée. Acrobatique, aérien, corde et trapèze, avec une très belle trame sonore. On fait référence dans le programme à l'univers de la bédé, puis à la peinture de Klimt, mais je dirais plutôt Miyuki Tanobe. Festival vue sur la relève.
Avec Jade Morin, Benoît Fisch et Anna Ward.
L'Intranquilité - Salle Fed-Barry, 3 au 14 avr 2007 - Sankeo Théatre
Plusieurs éléments intéressants au niveau du langage du corps et de l'utilisation de l'espace dans cette illustration impressionniste du texte de Pessoa, biens servis par les jeunes comédiens, avec plusieurs moments assez forts, malgré l'aspect « exercice de théâtre » et répétitif de certaines portions. Une belle scénographie réalisée avec des moyens limités permet de donner un sentiment d'intimité dans la salle Fred-Barry. Une immense toile de coton descend du fond de la salle jusqu'à l'arrière-scène, comme un immense auvent et viens se terminer sur une muraille transversale d'aspect impressionniste d'une très grande beauté. Ce n'est pas absolu, mais il vaut mieux par contre connaitre Pessoa et avoir lu l'oeuvre afin de pleinement apprécier.
Texte de Fernando Pessoa. Mise en scène de Marc Béland. Avec Simon Cloutier-Matton, Catherine David, Sylvie Demorais-Nogueira, Benoît Drouin-Germain, Frédéric-Antoine Guimond, Josée Lacombe, David Laurin, Jade Léveillé, Jessica Lupien, David Michaël, Isabel Rancier, Léa Simard