vendredi 23 février 2007

Théâtre - L'amour est une opéra muet - Théâtre Espace Libre

Par Yves Rousseau

Vous entrez dans la salle. Vous voyez sur scène un mur blanc ceignant le fond de scène. Le plancher d'un ocre chatoyant est parsemé de partitions musicales incrustées. Le mariage de l'ocre et du blanc conjugué aux effets d'éclairages crée une lumière particulièrement claire, avec des tons assez ensoleillés, très vivants. Quelques chaises néo-rococo coloniales à haut dossier, deux patères avec habits suspendus. Puis côté cour, une trappe d'escalier ceinte d'un muret de bois, le point d'entrée et de fuite. Très épuré, dégagé et chaleureux et vraiment, j'insiste, une très belle lumière (Régis Gyonnet) sur cette merveilleuse scénographie de Stéban Sanfaçon: On respire, on se sent tout de suite bien.

Puis vous apercevez les musiciens. Comme cela va de soi, vous vous attendez sans doute à l'habituelle convention théâtrale selon laquelle les musiciens sont « invisibles », en accompagnement. Mais rapidement vous réalisez qu'il en va tout à fait autrement. Il y a une synergie, un entretien mutuel entre les acteurs, les mimes, et les musiciens. Non seulement sont-ils visibles", mais ils participent, se déplacent et occupent l'espace, interagissent par le geste, l'expression corporelle, mais également le son. Un monde nouveau se crée, un univers dans lequel par exemple, une mimique suppliante d'un mime en quête d'attention à un moment donné de l'histoire peut-être répondue par un appui marqué sur trois croches jouées et trois hochements de tête négatifs avec une mimique agacée et un recul du corps par le corniste, (non-non-non). Vous voyez déjà tout le territoire d'expression que cela ouvre. Puis oubliez les mimes plates à chandails rayés et face blanche, vraiment pas ça, beaucoup plus près de la pantomime du cinéma muet.

Puis quoi, un opéra muet! Pourtant, on n'y pense même pas. Mais comment? Bon, allez, suivez-moi, je vous explique. La base relative, comme l'expliquait Jean Asselin, reste relativement inspirée par l'opéra-bouffe « Ainsi font-elles toute» de Mozart et plus relativement du livret de Lorenzo da Ponte, mais ce qui est normalement chanté est mimé. Mais pourquoi "plus relativement »? Parce que la vision de l'oeuvre par la troupe Omnibus est éminemment plus moderne dans son adaptation et son traitement, osée et subversive tout en restant fidèle à la trame générale de l'opéra. Pourquoi ? Dans l'opéra chanté, Don Alfonso, un intriguant cynique, tente de faire comprendre Guglielmo et Ferrando deux soldats amoureux et convaincu de la fidélité de leurs aimées respective, Fiordiligi et sa sœur Dorabella , que les femmes sont toute semblables et qu'on ne peut s'y fier, d'où le titre. Despina, la servante des belles trame de son côté la même chose avec les filles, car elle est de mèche avec Don Alfonso. Ces derniers emmènent les amoureux à tester leurs belles en se déguisant (les habits sur les patères), en se faisant passer pour d'autres et en tentant une cour assidue. Résisteront-elles? Que feront les infâmes Don Alfonso et Despina afin de tuer cet amour ? Hah ! quand on joue avec le feu, avec l'amour...

La version d'Omnibus respecte cette trame, mais est plus contemporaine en ce sens qu'elle aborde, certes de façon totalement iconoclaste et éclatée, des thèmes reliés à la redéfinition des rôles sexuels et de l'identité et les clivages comportementaux en résultant, comme la perver$ion du désir (voir la perversité tout court), la vacuité de la dominance et de l'argent; un sentiment pourtant presque inévitable chez l'humain, même en amour, cette lutte de pouvoir éternelle, cette guerre des sexes, très palpable chez les personnages de la pièce. C'est une véritable relecture avec un deuxième niveau cynique, une farce trash, coquine et grivoise, mais dans un rendu paradoxalement tout à fait charmant, souvent drôle, d'une fausse candeur quelque peu ironique où on joue avec le cliché.

Tout ça avec le geste. Car à part les vingt-quatre tableaux annoncés par le truculent personnage interprété par Jean Asselin, il n'y a pas douze lignes de texte dans la pièce entière. Au niveau jeu, c'est de la dentelle. D'une finesse et d'une richesse incroyable. La justesse de l'expression, les déplacements finement étudiés jamais gratuits, l'incroyable multiplication d'expressions métaphoriques issues de la conjugaison de l'art du geste et de la musique. Du bonbon, rafraichissant du pur bonheur. Sous l'apparente facilité du rendu, tellement naturel et coulant, il y a un énorme travail de répétition, en fait plus de deux-cents heures! Tout est impeccable, le jeu, l'interprétation du groupe Pentaèdre : ces derniers ont dû mémoriser 48 pages de partitions afin que le tout conserve un naturel et une fluidité pour les déplacements et l'expression, ce que la lecture à vue n'aurait pas permis!

Comme en plus des éléments principaux mis en relief il y a toujours de nombreuses actions en arrière-plan, je vous suggère de prendre place dans le milieu de la salle, afin d'avoir une bonne vue d'ensemble et ne rien rater.


Ne dit-on pas qu'une image vaut mille mots?

Bravo!


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L'amour est un opéra muet
Production Omnibus le corps du théâtre
En collaboration avec Pentaèdre
13 FÉVRIER au 3 MARS 2007 du mardi au samedi à 20 h, Théâtre Espace Libre

d'après l'opéra « Cosi fan tutte»
Livret de Lorenzo Da Ponte

Musique — Amadeus Mozart
Arrangement — Ulf-Guido Schäfer
MusiciensPentaèdre quintette à vent
Maîtrise d'oeuvre — Jean Asselin
Idée originale et direction musicale - Normand Forget
Les mimes — Roxane Chamberland, Sylvie Chartrand, Christian LeBlanc et Martin Vaillancourt
Les musiciens — Danièle Bourget, flûte ; Normand Forget, hautbois; Martin Carpentier, clarinette; Mathieu Lussier, basson ; Louis-Philippe Marsolais, cor

lundi 12 février 2007

Théâtre/improvisation - La LIM

Par Yves Rousseau

Une fois de plus, dimanche le 11 février, j'ai assisté à une incroyable et désopilante performance d'improvisation à la Ligue d'improvisation Montréalaise (LIM), qui existe depuis 15 ans, et se produit au Lion D'or les dimanches, d'octobre à mai. Le coût d'entrée, abordable pour tous, est de 7$ par soirée, ce qui dénote un touchant souci d'accessibilité et de démocratisation de la culture, surtout si vous considérez que la plupart des artisans impliqués se donnent absolument gratuitement.

Les joueurs de la LIM n'évoluent pas sur une « patinoire », comme pour la LNI, mais sur une scène. Une improvisation typique est soit de durée courte, moyenne ou longue, avec thème et parfois contrainte (souvent grotesque), un nombre de joueurs précis, et peut être mixte ou comparée. Les accessoires sont tolérés. Un trio de musiciens, Acide Citrique, participe en créant un contexte musical approprié pendant les improvisations, leurs interventions allant parfois jusqu'à la suggestion. Certaines impros sont même basées sur un thème musical libre ou commandé. Le vote servant à déterminer l'équipe gagnante se fait par bulletin, à la fin du match. Ce dernier comporte deux périodes d'environ 1 h 15 chacune. Il y a un arbitre, et un maître de cérémonie irrévérencieux à souhait. La formule offre donc un large éventail de possibilités et de territoires de création. Le tout se déroule dans l'atmosphère festive, chaleureuse et bon enfant du Lion D'Or.

Il y a du coeur là-dedans, beaucoup, et de l'argent, peu. Et une très grande beauté. Mes respects.

Les acteurs sont de très haut calibre, beaucoup possèdent une formation d'une école de théâtre réputée, et on les retrouve régulièrement dans diverses productions théâtrales. Pensons à Simon Rousseau, Sophie Cadieux, Salomé Corbo, Antoine Vézina, Anaïs Favron, il est impossible de tous les nommer.

Les improvisations sont très accessibles, mais sans emprunter au plus bas dénominateur commun; elles dénotent un certain bagage culturel, ou enfin une illusion convaincante de bagage culturel (hihihi). On y rit de bon coeur, et parfois on y explore des zones plus dramatiques de l'interprétation, parfois les deux en même temps.

En parlant de contenu, je pense en particulier à quelques improvisations : Ce dimanche par exemple, l'incroyable Frédéric Barbusci jouant un enfant mourant d'une condition pulmonaire entouré de sa famille bougon-esque exaspérée par l'attente interminable. Apparait le truculent René Rousseau, dans un de ces numéros de médecin humoriste/magicien déjanté, puis s'adressant aux parents : « On lui a donné plein de médicaments, mais ça n'a pas marché, il ne meurt pas, (la salle de s'esclaffer) alors peut-être en le faisant rire... », et la famille d'acquiescer avec espoir (la salle croule). Rien de cela n'est préparé, mais en quelques secondes, un rire jaune et un propos éditorial pertinent sur l'euthanasie et le système de santé. Ou encore cette improvisation "Cabaret Dadaïste" d'un absurde très convainquant avec cette pose et ce ton affecté caractéristique du genre. Je pense également à cette brillante impro vue fin 2006, une parodie d'une représentation d'une tragédie grecque, mais vue de l'arrière-scène, avec les techniciens rétifs parlant trop fort et audibles depuis la « salle », et les comédiens surgissant en panique, engueulant les techniciens, ratant ainsi leur "Q", laissant leurs compagnons sur scène pris à improviser, le corps à moitié en coulisse, hystériques, « Il arrive, le voilà, Télémaque » avec le ton grandiloquent très « vieille école "; une parodie tellement juteuse, un règlement de compte, le théâtre dans le théâtre, dans une auto-dérision grinçante. Quelle vivacité d'esprit.

La LIM, pour de belles soirées, rires et gamme complète d'émotions au rendez-vous!

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La LIM, tous les dimanches jusqu'au 13 mai au Lion D'or, 1676 Ontario Est — entrée à 19 h 30


Théâtre - Une nuit arabe - au Quat' Sous

Par Yves Rousseau

Vous entrez dans le théâtre, et sur scène, une brillante scénographie de Magalie Amyot d'inspiration cubiste, évoquant la cage d'un escalier d'une tour à logement, avec une grande fenêtre au palier, le tout dans de très beaux tons de couleurs claires. Quelques accessoires et meubles suggèrent, côté cour, un appartement avec cuisinette (en arrière-plan), où s'est assoupie une jeune femme d'une grande beauté à demie n_ue, tandis que côté jardin un jeu de rétroéclairage permet de faire apparaitre au besoin la tuyauterie intramurale que s'occupe justement à scruter le concierge (Gaetan Nadeau), car l'eau ne se rend plus au-delà du septième étage. La nuit est chaude, humide et collante, bercée par une langueur monotone.


Le concierge « interroge » au sujet de l'eau la colocataire de la n_uvite assoupie, arrivant avec ses sacs et clés, une truculente interprétation de Cristina Toma. La première, pressée se prépare, car son amant (joué par S. Boudreault) arrive, l'autre n'a de cesse d'errer nu_e (troublante Evelyn Brochu), de perdre son temps. L'amant est coincé dans l'ascenseur en panne, un voy_eur de l'édifice d'en face (Guillaume Champoux,) se pointe n'en pouvant plus de contempler la beauté errant n_ue et se douchant...

Puis le voyage onirique commence, psychose contrôlée, la réalité devient évanescente, incertaine. Les personnages errent dans cet ailleurs du fantasme, ne s'exprimant qu'en aparté, sans dialogue, et nous entrainant littéralement dans leur monde intérieur halluciné d'érotisme, d'angoisses et de peurs. L'inconscient se libère et exulte dans une succession de dérives oniriques juxtaposées avec le réel. Outre le monde intérieur des protagonistes, qui décrivent ce qu'ils hallucinent, voient, sentent et font ou pensent faire, la trame sonore recherchée de Michel F Côté conjuguée aux effets d'éclairages de Marc Parent sont les seuls supports à la suggestion. Et ça marche. Nous sommes transportés au sein même de ces univers intérieurs d'êtres qui ne vivent qu'en eux-mêmes, dans un « blende » poétique d'une certaine rencontre de ces intériorités, un peu comme si votre rêve se mélangeait un peu avec celui de vos voisins, dans une certaine projection d'un moi idéal fantasmagorique compensateur d'une réalité de solitude et de médiocrité. Sous l'égide du désir, du feu et du sang, comme dans ce h_arem dans lequel s'ébat la belle à l'insolente beauté candide offerte avec abandon, dans une lutte mortelle pour avoir les faveurs du Cheik, comme dans cette tempête de sable dans une cuisine qui se transforme en désert que doit traverser un concierge imparti d'une importante mission romantique envers la belle, comme ce vo_yeur qui se retrouve plongé dans la bouteille de cognac sise sur la table de la belle endormie qu'il pense contempler, comme cette soirée romantique ou l'impossible arrive...

Le quotidien, l'ennui, la solitude qui s'éclate dans une explosion surréaliste poétique, donc. La quasi-absence de dialogue, l'utilisation systématique de l'aparté et cette façon de constamment se bousculer l'autre, dans une espèce de lutte permanente pour l'attention du public à qui on s'adresse plutôt qu'à l'autre, cette suggestion reposant sur quelques effets de scène et surtout le propos, le jeu et la façon de se situer dans des espaces scéniques changeant continuellement de vocations, convenues au gré des dérives, tout ça donc a dû exiger une très grande précision dans la mise en scène, car c'est sur l'ensemble de ces détails que reposait la crédibilité des diverses sous-propositions et donc la cohérence. Et ce, dans une judicieuse utilisation de l'espace, axée autant sur le vertical, avec cet escalier, qu'horizontal. Un important travail pour les acteurs, qui livrent ici une riche interprétation.

C'est une réussite. On n’a pas besoin de lutter, de s'accrocher pour faire partie du voyage, tout est très fluide, l'émotion passe très bien dans un traitement assez troublant, suave et original.

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Texte — Roland Schimmelpfennig
Mise en scène — Theodor Cristian Popescu
Scénographie — Magalie Amyot
Son, musique — Michel F. Côté
Éclairages — Marc Parent
Comédiens — Simon Boudreault, Evelyne Brochu, Guillaume Champoux, Gaétan Nadeau, Cristina Toma

Une coproduction du Théâtre de Quat’Sous et de la Compagnie Theodor Cristian Popescu

Du 22 janvier au 24 février 2007
Billetterie : 514-845-7277


dimanche 11 février 2007

Théâtre - Vivre - Usine C

Par Yves Rousseau

La vie de l'écrivain Virginia Woolf

Sur la scène, une chaise de bois et un récamier. L'arrière scène et le côté cour est ceint d'un écran de rétroprojection courbé. L'aire de jeux est entièrement recouverte de tapis « shaggy ». Très minimaliste, spartiate. Quelques effets sonores d'ambiance et de transition.

D'abord, d'essentielles références très schématiques sur Virginia Woolf, illustrées dans la pièce: Elle est issue de la bourgeoisie victorienne littéraire, famille recomposée; abus sexuels de la part de ses demi-frères; traumatisée par la perte successive de sa soeur, sa mère et son père. Dépression, bref internement; atteinte du trouble bipolaire, adolescence assez trouble, lutte perpétuelle contre la dépression, l'anorexie, le morcellement d'un moi fragile. Quelques tentatives de suicide. L'écriture lui permet de s'accrocher. Mariée avec un membre de son cercle littéraire, Léonard Woolf, qui devient son éditeur. Rencontre en 1922 Vita Sackville-West, une brulante passion saphique, inspirant son roman « Orlando », un androgyne aux multiples facettes qui traversera le temps, l'espace, le genre, une allégorie sur l'identité sexuelle. Suicide à 59 ans, au seuil de la folie.

Je cite le programme : "
Les personnages de ce spectacle ont... des contours non définis... prennent parfois la forme ou le corps de l'écrivain, du mari, de la soeur, de l'amie tels que ... V. Woolf les transforme ou les utilise dans son oeuvre. Ils empruntent parfois la voix de certains personnages d'Orlando, ou celle de Virginia elle-même". C'est très cela, par une série de juxtapositions, de transpositions, complexes dérives assez oniriques, le tout étant suggéré avec un minimum d'effets. Un procédé rendant bien la complexité de l'âme humaine, une entité aux multiples moi, comme l'avait envisagé Virginia Woolf avec Orlando.

Les déplacements se font au ralentis, l'expression des acteurs est assez minimaliste, la pose souvent statique, volontairement contrôlée, figée, les effets visuels sont sobres, bref tout est orienté vers le texte, un exercice de style plutôt littéraire : certains aimeront, d'autres trouveront le tout d'une certaine lourdeur.

Un rendu servis par des acteurs compétents, mais à l'intérieur de limites très étroites d'une trajectoire scénique très précise, méticuleuse; la performance semble ainsi moins personnalisée, unique à un interprète du fait de cet encadrement, ou de cette impression d'encadrement: elle semble plutôt découler d'une direction très orientée, ou enfin, donnant cette impression. Était-ce le but, d'amener cette sensation de manque de liberté, comme façon d'aborder l'univers étouffant, le carcan social victorien dans lequel était prise Virginia Woolf ?

Une grande richesse dans cette représentation impressionniste de l'univers Woolf, certes, mais très peu didactique : ça demande donc une certaine initiation préalable. Réviser votre VW, bio et textes, avant, est essentiel, sinon vous pourriez être assez désorientés. Exemples, la scène ou il est question de Marcel Proust: il faut bien connaitre les détails d'une de ses terribles phases de découragement et de dévalorisation du moment face à l'écriture de Proust; son suicide, par noyade, ne sera pas évident, et la suggestion sonore persistante composée par des bruits d'eau et de vagues, de vent, les projections rappelant la nature serons beaucoup moins évocatrices si ne pouvez les situer perspective de son roman, ou la nature, ultime refuge d'Orlando, les éléments, Londres y sont traités au travers d'un profond lyrisme d'inspiration romantique. Et ce récamier rouge sang qui accueille les passions, une référence à Jeanne Récamier, amante réputée de la Baronne de Staël, une femme de lettres? Et ainsi de suite, la pièce est truffée de références à la vie et l'oeuvre de Virginia Woolf.

Averti par un ami, j’ai passé un après-midi à me préparer pour cette pièce, mes lectures de Woolf remontant au collège...

Brillant, mais un genre qui ne me rejoint pas, hélas!

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Textes — Brigitte Haentjens / avec Céline Bonnier, Marie-Claude Langlois et Sébastien Ricard, d'après Virginia Woolf
mise en scène — Brigitte Haentjens
Scénographie — Anick La Bissonière

Une création de SIBYLLINES en coproduction avec L’USINE C
En supplémentaire jusqu'au 16 févrierr


dimanche 4 février 2007

Théâtre - Amours et protubérances, fable pour bouffons

Par Yves Rousseau

La farce triste

Ils surgissent, laids, difformes, tonitruantes caricatures d'elle et de lui. Des bouffons aux attributs génitaux exacerbés, dans cette scénographie minimaliste composée d'une table et d'une chaise très rustique.

Puis ça débute. Cynique procès des attentes en forme de fables de l'éternel masculin et féminin. Sous le couvert de bouffonnerie trash, tout y passe et est précipité sur la lame d'un humour noir au cynisme se roulant dans la fange d'une vulgarité sans nom : la vanité, le désir d'être belle et de se voir dans le regard de l'autre, le mythe de blanche neige et de l'amour toujours d'un culcul volontairement appuyé, l'aveuglement face au mariage, élixir empoisonné des promesses bleu poudre, mais sans lendemain. Bref, c'est toute la mythologie du couple, de la féminité, de la masculinité,de l'amour qui est passé sous le rouleau compresseur de l'écriture de Marcelle Dubois, une enfant de la génération du divorce, de la désillusion, de la cruelle lucidité de ceux qui ne peuvent même plus se raconter d'histoire devant l'état des lieux. Autothérapie, exultation, défoulement, purgation? Je ne sais pas. Mais ne vaut-il pas mieux en rire qu'en pleurer, après tout?

Dans la salle, devant les vulgarités, les pitreries, le rire se faisait gras autour de moi. Mais sous cette farce, je ne voyais qu'un grand cri du coeur, une douleur expiée par le mécanisme contra-dépressif du rire. Comme dans cette chanson d'Aznavour (les plaisirs démodés) ou sous une musique psychédélique, mais complètement ailleurs; "Viens noyés dans la cohue, mais dissociés du bruit, comme si sur la Terre il n'y avait que nous ". Noyé donc, dans ces rires gras, mais complètement dissocié de la farce, je n'ai pu que voir, sentir et vivre ce que portait cette pièce en sous-texte. La douleur, l'anxiété, le cynisme, la désillusion chez toute une génération de très jeunes femmes auteurs, et cette préoccupation face à ce non-lieu du couple et de l'amour qui ne semblent plus pouvoir se réinventer. D'êtres qui ne parviennent plus à se rejoindre et s'aimer.

Et qui en souffrent, car ils ont cruellement besoin d'exister dans le regard de l'autre...

Les comédiens se donnent avec générosité, avec un jeu très physique, très Commedia dell'arte et servent avec conviction ce double niveau, consommant jusqu'à la lie l'absurde, le grotesque assumé du texte, pour ne mieux que rendre le sous-entendu cynique. David-Alexandre Després, très bien entouré, se signale dans plusieurs numéros complètement déjantés, et on reconnait bien le jeu énergique et iconoclaste par lequel s'était déjà signalé dans plusieurs rôles de soutien, comme, entre autres, celui de Borkine, clownesque ivrogne dans la pièce « Ivanov » de Tchekhov, présentée il y a quelques mois.

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Texte — Marcelle Dubois

Mise en scène — Jacques Laroche

Avec — Valérie Beaulieu, David-Alexandre Després, Érika Gagnon

Une production du Théâtre les Porteuses d'Aromates

Du 14 janvier au 14 février 2007
Petite Licorne : 514-523-2246


jeudi 1 février 2007

Théâtre - Antilopes - Théâtre Prospero

Par Yves Rousseau

En Afrique, des servants noirs considérant avec incrédulité ces blancs bizarres et incompréhensibles, un couple s'entre-déchirant, complètement déglingué et paranoïde, vivant dans une villa-bunker-bulle d'occident en un état de siège perpétuel, inadapté à cet environnement. D'abord ce bruit envahissant, croassements, cillements, cris, tamtam, ces parasites corporels exaspérants, ces insectes sortant des canalisations, cet essaim de fourmis passant comme un ouragan, ces indigènes indisciplinés, ces objets disparaissant sans explications et cette chaleur! Puis le pays, les communications qui ne fonctionnent pas, les dirigeants corrompus avec qui il faut tout marchander, cauchemar pour ce coopérant international censé creuser des puits : Les matériaux sont volés, les fonds s'évaporent, on ne sait, où, et cent millions de couronnes et dix années plus tard, trois puis opérationnels...

Alors, partir, les valises, car un remplaçant arrive...

Mais qui est vraiment corrompu? Qu'est-ce qui se cache sous cette prétendue bienfaisance de blancs grassement payés; en un an, ce que gagnerait en neuf vies leur bonne noire ! Lui, un pervers, un voyeur adepte de très jeunes femmes qu'il soudoient afin de les photographier nues lors de ses pérégrinations à travers le pays, et un meurtrier ? « C'est l'Afrique... », rétorquera-t-il. Elle, cette rombière vénale embourgeoisée confrontant d'abord son mari, mais finissant finalement par le défendre face au remplaçant? Le beau couple! Et que dire de ce substitut (déjà enrichi par ses affaires en Afrique...), arrivant avec de grandes intentions, mais toujours la même transposition maladroite de valeurs occidentales: ce dernier se déglingue si rapidement et sa superbe assurée disparait, rejoignant rapidement un état pathétiquement semblable à ses prédécesseurs. Le cycle se répète.

Les aidons-nous à vivre, ou les aidons-nous à mourir? Voilà la question qui revient en leitmotiv dans la pièce, qui étale dans toute sa splendeur la problématique de l'aide internationale. Mais on peut ajouter ici, qui profite de qui? Et qui a vraiment besoin d'aide?

Dans une scénographie (Jean-François Labbé) représentant une luxueuse villa, avec cette énorme porte munie de multiples verrous, qu'on n'ose ouvrir qu'avec de grandes précautions, où la vacuité de notre façon d'être (caustiquement et chirurgicalement étalée par l'écriture de Henning Mankell) se noie dans l'alcool, la trame sonore très élaborée (Eutreke) donne vie cet environnement extérieur oppressant qu'on ne voit jamais, tout comme ces domestiques, interlocuteurs invisibles dont la présence est suggérée par un projecteur de poursuite.

Excellente interprétation et une composition particulièrement élaborée de Gabriel Arcand, dans le rôle de cet homme désillusionné, désorienté et désorganisé, n'arrivant même plus à sauver les apparences. La mise en scène met bien en relief ce non-lieu conjugal, dans une suite de crescendos et de décrescendos d'intensités dans lequel les protagonistes s'approchent, s'éloignent, puis se re-précipitent l'un contre l'autre s'affrontant dans un contretemps perpétuel avec chacun et l'environnement. Une cynique valse.

Le mérite d'aborder sans compromis un sujet sensible dans une pièce pas évidente à rendre.

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Texte — Henning Mankell
Traduction — Gabrielle Rozsaffy, avec la collaboration de Bernard Chartreux
Mise en scène — Carmen Jolin
Avec Gabriel Arcand, Danielle Lépine, Paul Doucet
Scénographie — Jean-François Labbé
Éclairages — Marie-Michelle Mailloux
Montage sonore — Euterke

Théâtre Prospero
Du 16 janvier au 10 février 2007
Billetterie : 514-526-6582