vendredi 26 janvier 2007

Du vent entre les dents - Théâtre d’Aujourd’hui

Par Yves Rousseau

Un grand feu décime les forêts du nord. La fumée est envahissante, même dans les grandes villes. Un univers d'appartements sans âme, de bungalows clonés, gazonnés avec piscine, mais sans identité, de magasins de meubles, l'ensemble baignant dans les volutes grisâtres d'une boucane permanente. Je cite l'auteur « Il y avait avec moi une vieille femme et sa troublante armoire à casseroles, une professeure d’école avec une piscine, un médecin qui n’allait pas bien, une jeune femme au corps réinventé, un papa qui devenait un meuble, une prostituée amérindienne qui avait tout perdu, un inspecteur qui avait tout à chercher et aussi, un petit garçon, amateur de magie, qui célébrait ses sept ans »...

Tout un travail du metteur en scène de Martin Faucher pour réussir à matérialiser de façon plausible l'univers métaphorique, imagé, mais empruntant cependant beaucoup de directions de Emmanuelle Jimenez; une écriture franche, qui a l'avantage de prendre (cruellement) le pouls de l'émotivité d'êtres humains plongés dans la vacuité profonde de notre "tout seul ensemble " contemporain.

Un mal-être tellement palpable chez ces personnages gravitant autour d'une famille éclatée on ne peut plus oedipienne. Puis tellement coupés de la nature de leur être et de leur être dans la nature. Exister, fonctionner, consommer, paraître, mais ne pas vivre. Une adolescente passant d'obèse à idéal-bistouris du faux médiatique censé remplir son vide par le regard des autres; son père, brisé par un divorce, fierté envolée, carrière naufragée (il vend des meubles, mais est biologiste), échoué dans un nulle part de l'espoir éteint (une composition impressionnante de J Maheux); son ex, insupportable rombière vénale, enseignante chez qui on a cyniquement insufflé une adhérence « téteuse » envers notre "beau projet éducatif » (vous voudrez l'étriper, quel jeu de H Mercier); sa soeur, médecin au bord du gouffre de l'épuisement professionnel, saturée par la douleur de ceux qu'elle traite. Puis la grand-mère, en marche vers la mort et l'oubli, dernière grande évasion possible...

Tous vivent une solitude tellement palpable, une incapacité à se rejoindre. On sent un grand travail de jeu au niveau de la dualité entre ce qui est dit et de ce qui est exprimé par le corps, une dynamique de (non) communication, d'évitement des « vraies » choses. J'ai par contre eu l'impression que certains comédiens, même si tous ont bien joués, étaient encore dans une phase d'interrogation profonde, dans le doute, face à leur personnage, et certains de leurs commentaires fait pendant la discussion après la pièce semblent aller dans ce sens : Les dimensions intérieures de leur personnage ne se sont imposées, chez certains, que très tardivement dans les répétitions.

Cette nature bafouée se rappellera à eux par son omniprésence: fumée, flocons de suie, élément déchainés, et elle est également représentée par cette indienne messagère du fondamental de la vie, violée, abusée et vendue pour quelques babioles de rêve du veau d'or.

La pièce nous fait passer de bons moments, malgré l'aspect un peu échevelé de l'écriture, avec une poésie imagée, de très beaux numéros d'acteurs et un propos touchant. Mais j'ai eu l'impression d'un drame qui refuse de s'assumer comme tel, se voulant une comédie dramatique, cherchant son ton, avec un « happy end » qui m'est paru emprunté, comme si on avait eu peur de faire trop « lourd ». Il faut dire que cette scénographie clairsemée de meubles industriels sans âme d'un affreux consommé, remplissant l'espace par un certain vide, n'aide en rien, car elle met encore plus en relief le climat de vacuité existentielle profonde de ces êtres sensibles perdus dans ce monde du nulle-part aride, laid et déprimant, éclairé par la lueur blafarde de néons industriels.

On n'atteint donc pas une catharsis convaincue. Est-ce peut-être le but, de nous laisser sortir de la pièce avec une impression trouble, une interrogation triste qui ressemble à cet air bien connu, adapté d'un poème de Louis Aragon par Léo Ferré :

« ...Est-ce ainsi que les hommes vivent,
Et leurs baisers au loin les suivent »...

Mais que de vérité, et l'avènement d'une auteure à l'écriture prometteuse.

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Textes — Emmanuelle Jimenez
Mise en scène — Martin Faucher
Production — Théâtre d’Aujourd’hui
Interprètes — Julie McClemens, Hélène Mercier, Macha Limonchik, Muriel Dutil, Émilie Bibeau, Jean Maheux, Gary Boudreault et Olivier Morin
Collaborateurs — Stéphanie Capistran Lalonde, Jean Bard, Linda Brunelle, Etienne Boucher et Larsen Lupin

Une création du Théâtre d'Aujourd'hui

Du 16 janvier au 10 février 2007
Billetterie : 514-282-3900



jeudi 25 janvier 2007

Forêts - Espace GO - de Wajdi Mouawad

Par Yves Rousseau

Un chef-d'oeuvre

Une femme enceinte et cancéreuse dont la mère fut elle-même adoptée et marquée à vie par l'abandon et la quête de ses racines, est confrontée à un choix: subir un traitement et perdre l'enfant, ou donner la vie. Puis la poly, le carnage et cette décision « je ne ferais pas une 15e victime » : naît sa fille, adolescente blessée, nihiliste gothique, porteuse d'une douleur de vivre héritée, drame prenant sa source dans les racines du temps.

Remonter à la source de ce drame, trouver l'essence d'une identité perdue, une schismogenèse traçant le parcours familial d'un douloureux héritage ayant marqué sept générations de femmes, dans une épopée fantastique partant du l'Europe du 19e siècle, passant par les grandes guerres, jusqu'à aujourd'hui. L'espace principal du temps, du lieu et de l'action est donc celui de cette adolescente et sa quête, en alternance et parfois juxtaposé avec diverses dérives historiques multiples au symbolisme puissant, dantesques métaphores de morceaux de destin. Cette quête est motivée et déclenchée par un ami paléontologue et sa découverte, un crâne d'une exécutée de Treblinka mystiquement lié à la mère...

L'ensemble est hautement digestible, d'une clarté limpide et d'une cohérence ahurissante, et ce, malgré la complexité. Une mise en scène majeure. La scénographie (E Clolus) sobre, recherchée et pudique, donne un espace de liberté et d'expression soutenant et illustrant le propos avec grande pertinence. Un travail d'éclairage (E Champoux) précis et poétique, costumes impeccables (I Larivière), et quelle trame de son (M Maurer).

Les acteurs donnent tout et payent beaucoup de leur personne dans un état d'abandon et de symbiose totale envers l'oeuvre, une performance puissante et fraternelle au jeu profondément investi et habité, soutenu par une écriture sublime touchant l'essence même de ce qui importe vraiment dans une vie.

La somme d'investissement émotionnel, de travail mis dans cette pièce est inimaginable.

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Texte Mise en scène — Wajdi Mouawad
Assistant à la mise en scène - Alain Roy
Scénographie — Emmanuel Colus
Costumes — Isabelle Larivière
Lumières — Éric Champoux
Son — Michel Maurer

Avec
Jean Alibert, Olivier Constant, Véronique Côté, Linda Laplante, Patrick Le Mauff, Marie-France Marcotte, Bernard Meney, Anne-Marie Olivier, Jean-Sébastien Ouellette, Marie-Ève Perron, Emmanuel Schwartz

À l'Espace GO du 9 janvier au 10 février 2007
Billetterie : 514-845-4890




Amour, cul et violence - Théâtre Espace Libre

Par Yves Rousseau

Imaginez, vous avez eu un accident vasculaire cérébral sévère. Comateux, votre cerveau endommagé est envahi d'images, de bruits, de fantasmes. Vous voguez dans cet univers parfois contradictoire où les pulsions ne sont plus vraiment gérées, dans une juxtaposition où vous pouvez vivre à la fois une chose et son contraire.

Quand « Johnny s'en va-t-en-guerre » de Trumbo rencontre le 450, le kitsch, le spleen sociétal actuel, dans un voyage psychédélique dans les limbes de l'inconscient d'un esprit asphyxié: une suite de dérives psychologiques dans un ailleurs représenté par cette scénographie aux accents d'expressionnisme « kétaine gothique » dans un dantesque bungalow néo-rococo flamboyant vinylisé et gazonné, sous l'étendard de l'érotico-moche « cheap » à là Losique. Une transposition à peine voilée de la grande poutine relationnelle contemporaine, noyée dans le « gravy » d'un érotisme à cinq « cennes ».

Ne cherchez pas à vous cramponner à un fil narratif, acceptez la proposition théâtrale axée sur la déconstruction volontaire du procédé et des unités, car cela participe justement de cette représentation surréaliste, symboliste et finalement impressionniste de ce dantesque monde pulsionnel, de juxtapositions : violence, honte, vulnérabilité, peur, rejet, douleur, étapes marquantes, c'est l'ébullition de toute une vie. Vous ne contemplez pas une toile représentative, mais le patchwork existentiel d'un ACV, la représentation iconoclaste d'un monde occidental en pleine déchéance dont les valeurs sont revues sous l'angle de l'ironie et du cynisme.

La pièce n'est donc pas inégale, comme mentionné par certains critiques. C'est une suite truculente, festive, déjantée et animée de tableaux, il n'y a pas de longueur, mais plutôt des mouvements, comme pour une symphonie. Comédiens solides, impeccables se donnant avec générosité et fraternité, trame sonore unique, un vrai bon moment de théâtre.

L'ACV d'un monde d'amour, de cul et de violence.

Unique !

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Production Nouveau Théâtre Expérimental
9 JANVIER au 3 FÉVRIER 2007 du mardi au samedi à 20 h 30, théâtre Espace Libre

Auteurs et metteur en scène — Didier Lucien et Guillermina Kerwin
Éclairages — Thomas Godefroid
Direction technique -
Christian Gagnon
Régie —
Guillaume Cyr
Distribution —
Guillermina Kerwin, Valérie Le Maire, Didier Lucien, Widemir Normil, Frédéric Pierre et Brigitte Poupart


Bashir Lazhar, de Evelyne de la Chenelière - Théâtre d'Aujourd'hui

Par Yves Rousseau

Le bélier et la fourmi : La force tranquille des mots

La pièce trace le parcours existentiel d'un réfugié politique algérien qui se retrouve à faire de la suppléance dans une de nos magnifiques polyvalentes québécoises. Nous suivons ainsi sa trajectoire et sa confrontation avec notre société et nos valeurs et la pièce présente un point de vue sensible et humainsur les affres de l'immigration.

Nous voici donc, québécois de souche, bien enfermés dans la forteresse « bélier-résistante » de nos certitudes fabriquées à coup de refoulements, dans le confort de l'indifférence, à ne pas dire, à ne pas nommer. Puis, Évelyne, la petite fourmi, s'y glisse subtilement, semant avec sensibilité, tendresse et intelligence des mots qui questionnent et poursuivent leur chemin bien après la pièce.

Avec son bagage, son passé composé d'expériences atroces (sa famille décimée, il a dû fuir son pays), voici Bashir. Il nomme, il dit sa souffrance pour l'exorciser. Et ça heurte ce milieu-école (et...garderie...) où il y a eu ce suicide. Un sujet qu'on ne veut pas nommer, qui est étouffé à coup de psychologues.

Voilà qui nous questionne beaucoup sur notre relation avec la douleur, avec nos blessures historiques. Ici dans un pays où toutes les questions viscérales sont évacuées dès qu'on les aborde dans quelques tribunes, et ce, à grands coups de calembours, de rires gras et de tapes dans le dos. Nos taux de suicide faramineux ne sont-ils pas directement liés à ce refoulement, cette incapacité à nommer ? Pensons seulement notre difficulté face aux débats d'idées, face à la divergence?

Mais comment nommer si la langue n'est pas plus maitrisée? Une faillite de notre système éducatif? Bashir, avec son air distingué, son complet propret, son langage, son orthographe et ses manières impeccables détonne complètement dans cet environnement. Il cherche à transmettre sa passion pour la littérature et le bon parlé (et écrit) s'étonne de beaucoup de nos de nos champs d'interventions scolaires tellement élargis que l'essentiel en vient à être négligé. Puis un secteur peu socialement valorisé : n'est-ce pas Serge Larrivée, chercheur émérite à l'UdeM, qui avait par une étude démontré qu'entre toutes, les facultés d'éducation comptaient les performances les plus basses, et ce par une marge très (!) significative, et ce, surtout au niveau du langage et de l'écrit?

Pertinente pièce, qui m'a beaucoup touché.

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Texte - Évelyne de la Chenelière
Mise en scène -Daniel Brière

Avec - Denis Gravereaux
Scénographie - Oum-Keltoum Belkassi
Environnement sonore - Danny Braün

Du 16 janvier au 3 février 2007, salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui
Supplémentaires du 6 au 10 février et du 13 au 17 février 2007
Billetterie : 514-282-3900


Stockholm, la nuit - Salle Fred-Barry

Par Yves Rousseau

Un dépanneur, la caissière et un ami qui la drague sans succès, puis un vol à main armée. Le voleur prend une cliente en otage et s'enfuit en voiture alors que le « couple » décide de les prendre en filature.

Les conversations ayant lieu dans les deux voitures, montrées en alternance, concrétisant ainsi les diverses thématiques traitées plus bas.

Un véritable leitmotiv générationnel chez les jeunes auteurs féminins : Le être tout seul ensemble, et cette viscérale peur de l'abandon par la phobie de l'engagement chez les jeunes hommes de leur âge.

Plusieurs pièces récentes traitent différemment de ce sujet, et cela semble être LA préoccupation d'une génération; comment réinventer l’« être ensemble» chez l'homme et la femme, après toutes ces années d'éclatement, et cette pièce n'y échappe pas.

La pièce dépeint à merveille l'incommunicabilité de l'ère des communications chez la génération « Y » (et un peu « X ») par cet aspect hyperactif du jeu, toujours dans le « buzz » sinon ça décroche, toujours partagé entre plusieurs stimulus (le multitasking...), l'écoute partielle et distraite juxtaposée avec d'autres pensées envahissantes où le langage corporel traduit un état d'attention exaspéré et fragile toujours à la limite de l'évitement, le tout baignant dans la fébrilité sauvage et électrisante d'êtres soumis à l'envahissement du faux, des modèles de vie calqués sur le miroir déformant des fictions médiatiques.

Là où le bât blesse, c'est au niveau de certains aspects de la mise en scène et du texte: une suite d'invraisemblances dans le récit agace, et il y a un problème de « build up » ou crescendo dramatique, le propos passe parfois du coq à l'âne avec une certaine incohérence. Le syndrome de Stockholm, par exemple, ne s'installe pas en cinq secondes, et l'interprétation du personnage de l'otage m'est parue parfois cabotine, surjouée et peu crédible dans sa construction et dans les portées de ses actions.

Il y a quand même plusieurs bons moments, comme ces réactions d'exaspération de C-A Quesnel (qui finissant, se signalait déjà dans des rôles de méchant à L'EST) face à son otage, et dans cette belle illustration du « alone together » servie par David Buyle et Christine Pinard.

Une pièce très prometteuse, mais simplement encore un peu de travail. J'ai cependant assisté à une des premières représentations, et il y a toujours des réglages qui s'opèrent en cours de route.

Le talent est là...

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Texte
Fannie Bellefeuille

Mise en scène
Frédéric Thibaud

Avec
Fannie Bellefeuille, David Buyle, Christine Pinard, Charles-Alexandre Quesnel

Conception et collaboration
Justine Boulanger
Lucie Galibois
Audray De Serres
Sophie Brosseau
Marie-Ève Pageau
Emilie Proulx-Bonneau
Pierre-Olivier Séguin
Cybel Richer-Boivin

Une production du Collectif Ikaria

Du 9 au 27 janvier 2007, à la Salle Fred-Barry
Billetterie : 514-253-8974


Coma Unplugged - Théâtre La Licorne

Par Yves Rousseau

Ainsi, l'auteur Pierre-Michel Tremblay aborde le spleen existentiel d'un gars désabusé. La mi-trentaine, le mariage bat de l'aile, la carrière de journaliste « chroniqueux » d'humeur semble bien loin des idéaux. Puis au moment où la séparation est imminente, un « accident », heurté par un camion alors qu'il circulait en vélo, le voilà dans le coma.

Bon, le texte, c'est une chose, mais niveau mise en scène comment traiter, par quelle optique aborder matérialiser le propos? La liberté permise par les didascalies, comme le précisait l'auteur en entretien, laissait le champ complètement libre, tout comme le sujet : à partir du moment où on passe par la proposition d'un coma et d'un univers fantasmagorique, les possibilités d'illustrations sont infinies.

Denis Bernard a donc osé, et a proposé cette approche axée sur un dantesque numéro de « stand-up » (sur fond de chambre d'hôpital) où les divers « invités » tracent la mosaïque de l'état des lieux d'une vie. En optant pour un traitement global en opposition totale avec le sous-niveau, soit un être dépressif, ayant une profonde impression d'échec, de désillusion, Bernard s'est dès lors « imposé » l'obligation de la double contrainte : au-delà de la farce, des « steppettes », simagrées et poses connues du stand-up, on sent un énorme travail de recherche, particulièrement au niveau de l'expression corporelle et du ton, ayant abouti à une quasi-ré-écriture du propos, paradoxalement fondamentalement en harmonie avec le texte. Le jeu des comédiens, par le non-dit, les silences, les poses non verbales souligne et met en relief l'incroyable, mais pertinent cynisme festif, tragique et déjanté, une vison acerbe, acide de notre monde, surtout de la génération « X ».

Un travail majeur (vraiment!) de jeu et de mise en scène parvient à créer cet aspect naturel, coulant et d'apparente facilité du rendu. J'imagine sans peine les phases d'anxiété, de doute (est-ce le bon choix?), de recherche, de travail de jeu axé sur les doubles niveaux de communication. Et que dire de cette scénographie de Olivier Landreville , cette chambre d'hôpital se transformant en cabaret, dantesque!

Le courage et la pertinence d'un metteur en scène qui ose laisser une marque on ne peut plus personnelle avec une mise en scène qui "parle" autant que le texte, le transporte puis l'emmène ailleurs dans une belle osmose créative. Puis une fantastique équipe de comédiens chevronnés.

Bravo!

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De : Pierre-Michel Tremblay

Mise en scène : Denis Bernard

Avec : Félix Beaulieu-Duchesneau, Benoît Gouin, Louise Laparé, Steve Laplante, Phillipe Racine et Marie-Hélène Thibault
Assistance à la mise en scène : Marie-Hélène Dufort

Décor : Olivier Landreville
Éclairages : André Rioux
Costumes : Mérédith Caron
Musique originale : Ludovic Bonnier
Accessoires : Patricia Ruel

Une production du Théâtre de La Manufacture
Du 9 janvier au 17 février 2007, Théâtre La Licorne
Billetterie : 514.523.2246


Guillaume et Mélanie ou de la marde et des patates dans le même légume

Par Yves Rousseau

L'action se déroule dans un camping sur des îlots dans un lac artificiel infect; de la tôle ondulée, un stand à patate, bref une élégie du « kétainisme» par une scénographie (excellent travail avec peu de moyens de Julie-Ange Breton) d'un mauvais goût volontairement surfait.

Il y a un groupe de jeunes désabusés, narcissiques, individualistes, cyniques, matérialistes. Ils se nourrissent du beigne du culte de l'image, recouvert du glaçage de la vacuité et du consumérisme, avec au centre le trou moite de la sursexualisation, sous l'égide du « vedgisme ». Ils s'utilisent bien plus qu'ils ne vivent ensemble, même les éléments fondamentaux de la vie comme la quête de sens et d'identité
sont évacués sous forme de dérisions sarcastiques et acides.

Guillaume Lambert, très drôle, excelle dans ce rôle du père qui est un chef scout, un vieux cochon rigide et réactionnaire très intéressé par les courbes de ses pupilles féminines; son "suiveux", M.B Beaulieu joue avec délice le « téteux » de service. Ce père, un coq de village, organise un concours du plus beau couple de façon à asseoir son statut de mâle dominant en "matchant" son fils (Jean-François Boivenue, dégoulinant de cynisme) avec la belle du coin, bien joué par Rosemarie Craig en adolescente hypersexualisée avec comme dimensions existentielles l'obsession de son corps (dévalorisé), le magasinage, la séduction et le cul. Il y a l'antithèse de cette ado, la sage (Valérie Cadieux, un jeu très sensible) et finalement le gros « tarlais » qui est le comparse du fils, joué par Mathieu Quesnel avec cette diction, cette lourdeur volontaire, ce surrespect appuyé du texte, qui n'est pas sans rappeler certains personnages d'abrutis quelque peu inquiétants joués par Robert Gravel ou encore Gildor Roy. L'organisation de la compétition prend place tant bien que mal, mais le tout semble se diriger vers un fiasco monumental...

Donc un vaudeville (on rigole!) à thématique sociale en sous-texte, dans un univers d'une vulgarité consommée, à notre grand plaisir. Rythme rapide justifié, sauf pour quelques scènes qui gagneraient à êtres moins précipitées, juste un peu plus d'écoute, de silences stratégiques et de nuances.

J'ai vraiment eu l'impression d'une progression marquée au niveau du rendu, depuis la première pièce de cette troupe au printemps 2006 intitulée "Vodka et Kalashnikoff", qui était déjà d'un niveau correct. Les comédiennes, en particulier, héritent ici de rôles beaucoup plus substantiels et cela contribue beaucoup à l'enrichissement du tout.

Plusieurs de ces comédiens récemment gradués s'étaient signalés à l'École Supérieure de Théâtre (Urbi et Orbi, Sous-Sol, Beckett...) et au CADM (Chroniques, etc.) dans leurs productions de finissants 2006.


Une jeune troupe dynamique et prometteuse dont je compte continuer à suivre la progression.


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Texte
Jean-Fançois Boisvenue

Mise en scène
Andrée Chalifour

Interprétation
Maxime Blondeau Beaulieu, Jean-François Boisvenue, Valérie Cadieux, Rosemarie Craig, Guillaume Lambert, Mathieu Quesnel

Décors
Julie-Ange Breton, Jacinthe Doucet-Dagenais

Costumes
Andrée Chalifour

Son
Max-Antoine Proulx

Éclairages
Vicki Grenier

www.lesindigestes.com

Du 16 janvier au 28 janvier 2007
mardi au dimanche à 20 h
Espace Geordie - 4001, rue Berri - 514 582-1623