dimanche 9 décembre 2007

Kroum l'Ectoplasme – École Supérieure de Théâtre

Par Yves Rousseau


Hanokh Levin est un auteur d'origine israélienne réputé pour ses pièces politico-satiriques, et décédé prématurément en 1999. Dans Kroum l'Ectoplasme, de nombreux d'antihéros, volontairement grotesques et insignifiants promènent leurs errances existentielles, coincés dans le quotidien de la petite vie de leur quartier : l'ensemble comme métaphore de l'humble condition humaine dans sa quotidienneté.

Kroum, un minable vivant une révolte de vie en coup de poing contre la vacuité, a en vain tenté sa chance sans succès à l'étranger. De retour au bercail, rien n'a changé. Le même univers envahissant, le même tissu social aliéné. Seul du patelin ayant tenté de se révolter contre cette autodigestion du destin, le voilà errant parmi cette faune humaine: un société d'insatisfaits, de ronchonards, mais qui tout en protestant ne cherchent pas à échapper à leur sort. L'ensemble, sous l'égide d'un certain fatalisme, est éclairé par un certain humour d'autodérision typiquement juif, pensez à du Michel Tremblay sauce Woody Allen et ascendant Copi.

De place publique en perron, de mariages en funérailles, les personnages promènent leur désillusion, dans cette fantastique scénographie très soignée de Karine Galarneau représentant une place publique avec en arrière-plan un dantesque et ironique mur des Lamentations sur lequel donne, côté cour et jardin, deux modules d'habitation style Habitat 67 avec balcon, à l'étage.

Est-ce le texte ou (sans doute) le choix de mise en scène, toujours est-il que les personnages sont très, très typés, pour ne pas dire, dans certains cas, des clichés. Se débattant entre les grandes constantes de la vie, soit l'amour et la mort, les caractères quelque peu potaches offrent néanmoins aux jeunes comédiens en formation la possibilité de s'illustrer avec des arias truculentes, assez intéressantes et bien senties, mais occasionnellement trop chargées : vieux couple avec époux rétifs et épouse nymphomane et irrévérencieuse (costumes style Dior style New-look); « jewish princess » disco vêtue avec un clinquant bariolé d'un spectaculaire mauvais goût avec son amant italien et séducteur dégoulinant en camisole-filet et coiffé à la Rudolph Valentino; bimbo en short rouge, talons aiguilles et top-bedaine en quête de l'époux idéal; tronche les-culottes remontées jusque sous les bras, neurasthénique et inhibée avec cette incroyable et savoureuse scène de première baise digne de « Mister Bean »; rombières et femmes de moeurs légères en tout genres, bref, vous saisissez le portrait. Notons un bon travail de costumes d'Anne-Geneviève Robert, et les comédiens paient beaucoup et généreusement de leurs personnes à les porter, ajoutant à l'effet caricatural et parodique souhaité.

Numéros assez juteux soit, mais n'en demeure pas moins que c'est très gros, et les personnages féminins, particulièrement, sont vraiment stéréotypés, la maman ou la putain en quête de l'époux pourvoyeur idéal, dans une logique de construction des personnages qui, d'un point de vue québécois, semble découler de l'avant-guerre, mais pourtant cette pièce a été écrite en 1975. Un autre personnage, omniprésent, le comparse de Kroum, est inexpressif, statique, son côté taciturne n'est pas joué, nous amenant à nous demander ce qu'il fait là: à l'intérieur de ses limites le personnage aurait pu, d'un point de vue direction, être plus élaboré.

C'est principalement cet aspect, un peu théâtre d'été, qui dérange, ce côté parfois surfait et (volontairement?) surjoué, en ce sens que cela a alors semblé reléguer en arrière-plan certaines richesses du texte, voilant la sous-couche dramatique nécessaire comme contre-effet ou élément révélateur permettant aux personnages de transporter toute l'ironie légèrement cynique et fataliste et ainsi atteindre cette juxtaposition aigre-douce nécessaire à cet humour particulier qui explore de façon contrastée les nombreuses zones troubles de l'âme humaine.

Le rythme se veut assez soutenu, mais pourrait être plus lié. Il est fréquemment brisé par des transitions assez lourdes, où les machinistes, bien visibles, surgissent pour permuter les accessoires et éléments de mobilier souvent munis de roulettes bruyantes (et qui continuent parfois à mener un certain train, même en coulisse). À ce niveau, il semble que le concept laisse à désirer et manque de fluidité.

Les éclairages sont sobrement corrects, bien orientés, et avec peut-être un léger cinquième d'intensité supplémentaire pour les nombreuses scènes en clair obscurs, on pourrait alors parfaitement distinguer l'expression des comédiens.


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Une production de l'École Supérieure de Théâtre
Texte de Hanokh Levin, traduit par Laurence Sendrowicz

Mise en scène de Theodor Cristian Popescu, assisté de Sonia Montagne
Scénographie par Karine Galarneau, assistée de Geneviève Michaud
Costumes de Anne-Geneviève Robert, assistée Anne-Frédérique Ménard
Éclairage par Évelyne Nadeau
Chorégraphie par Marie-Joëlle Hadd
Son de Isabelle Gingras
Musique de Amélie Poirier Aubry
Dramaturgie : Marie-Lyne Rousse

Avec Kathleen Aubert, Patrick Bernier-Martin, Marie-Joëlle Guindon, Ariane Lacombe, Jean-François Lagacé, Gwendolyn Mc Keown, Marc-Antoine Picard, Ghislain Roberge, Audrée Southière et Louis-Karl Tremblay

Du 6 au 8 décembre et du 11 au 15 décembre 2007
Studio-Théâtre Alfred-Laliberté UQAM