mercredi 28 novembre 2007

La Villa / La Vie Là - compagnie Un mot au creux de la main

Par Yves Rousseau

Sur la scène du Mainline, du sable couvre la scène. Trois tableaux, trois étapes vers la mort. Scène un, quelques paravents et accessoires, suggèrent ce qui est apparemment une agence immobilière pompes funèbres, avec le personnel discutant ironiquement, cyniquement, des divers choix de fin de vie. On finit par deviner qu'il s'agit de l'achat d'une villa campagnarde, ultime Nirvana de retraite d'un vieux couple. Le jeu, les costumes sont alors relativement réalistes, l'éclairage vif.

Black-out. La scène se vide. Puis quelques maquettes (la villa), quelques objets du quotidien. De toutes parts surgissent des espèces de croque-morts cadavériques surréels,  tous vêtus de sarraus gris, le teint livide, ahuri et  l'air halluciné, la démarche pantelante, zombiesque. Clairs-obscurs, pénombre. Une funéraire procession, très lente et surréelle, avec un propos de forme narrative à plusieurs voix étalant avec grands soins solennels et tout le pompeux rigide et obsessionnel imaginable et le maniérisme ostentatoire, les moult détails liés à la cérémonie selon les exigences post-mortem. Image suprême de l'abrutissement issu du consumérisme, vacuité spirituelle de l'American Dream, le couple finira littéralement empaillé, brandissant un mouchoir pétrifié par une fenêtre ouverte dans une automobile soigneusement traitée pour être à l'épreuve du temps, l'ensemble profondément enfoui dans une grotte souterraine artificielle scellée par des parois de plomb. Un"idéal de vie" figé pour l'éternité. Au sol, par la suggestion narrative, l'immortalisation se poursuit, inexorablement, en cycle convulsif rythmé par les miniaturisations successives de la villa, chaque objet y étant est examiné et mis en perspective comme témoin de vie, tel un calice brandi au-dessus de l'hôtel, avec tout le détail lié sa préservation : photographies, contenants scellés.

Mais avant même la fin de l'obséquieuse cérémonie, par bribe le temps rattrape, le processus s'érode, et l'oubli, déjà, produit, inexorablement ses effets. Les directives s'émoussent, les objets disparaissent. Comme cette mémoire des enfants du couple: retour au jeu et éclairages relativement réaliste, en troisième partie, pour ce dernier petit tour dans la maison des défunts, quelques errance au travers des objets de souvenirs, images qui déjà s'éloignent dans les pensées.

Enfin, dans l'ensemble et jusqu'ici, c'est il me semble l'interprétation la plus plausible…

La section centrale de la pièce occupe l'essentiel de sa durée. Malgré la pertinence et l'ironie caustique de l'ensemble, l'aspect atypique, mystique et obscur du texte de ce dantesque « bad trip » obsessionnel ne facilite pas l'orientation du spectateur et, passé l'effet du début, la longue parade énumérative risque d'en lasser plusieurs. Pourtant, ce tiers médian, avec de belles trouvailles au niveau de l'occupation de l'espace, est plutôt assez bien porté par plusieurs jeunes comédiens de la relève, pensons à Sébastien David ou encore Élisabeth Locas (et quelques autres), avec occasionellemnt, un niveau d'inégalité de la distribution tolérable.

C'est au niveau de l'introduction et de la conclusion (qui s'emboîtent déjà avec un certain flou dans l'ensemble), que cette inégalité s'avère beaucoup plus prononcée, voir, il me semble, gênante: à ces moments, les performances très correctes de quelques jeunes comédiens diplômés trouvent réponse dans un jeu parfois acceptable, et plus ou moins décalé de certains autres, mais allant parfois jusqu'au jeu rigide, maladroit, et complètement en contretemps jusqu'à toucher, dans au moins un cas, le pathétique. Dès lors, prologue et épilogue perdent en effets : le décalage de style et de type de jeu voulu se transforme en décalage de niveau de jeu et de niveau de style, l'incongruité ajoutant à la lourdeur de l'ensemble. Des effets de clairs-obscurs basculants plutôt fréquemment dans l'obscur, laissant les comédiens s'ébattre dans un quasi-néant visuel, n'aident en rien.

Force est d'admettre, malgré toute la bonne volonté du monde, que le tout semble susciter un certain ennui...

____________________________________

Texte de Marc Israël Le Pelletier
Mise en scène de Cécile Assayag

Avec Olivier Boucher, Frédéric Côté, Sébastien David, Marie-Hélène Gosselin, Stéphanie Lizotte, Elisabeth Locas, Jeanne Ostiguy, Luc Roberge, Robert Voyer

Une création de la compagnie Un mot au creux de la main.

Théâtre Mainline, du 22 novembre au 2 décembre