samedi 3 novembre 2007

Everybody's Welles pour tous - Théâtre PàP

Par Yves Rousseau

Sur scène un tableau de classe sur tribune tout en bois, comme on en trouve encore dans certains vieux collèges. La surface du tableau, opaque, se révèle, sous certains effets d'éclairages, être en fait semi-transparente, ce qui permet l'apparition d'arrières-plans.

L'animateur (Patrice Dubois) de cette « conférence » portant sur le génie du cinéma Orson Welles, est un être rondouillard, timide, maladroit au point d'en être attachant et attendrissant, et il déborde de passion pour OW, de façon presque naïve de vérité. Primo, le récit de sa vie d'humble québécois issu d'un milieu populaire du dernier tiers du vingtième siècle, sans aucune référence cinématographique, théâtrale, littéraire autre que la base minimale à peine effleurée par le désastre de notre système éducatif, puis cette intarissable curiosité, son éveil comme métaphore de la montée des nouveaux intellectuels de la classe moyenne issu du grand rattrapage de la Révolution tranquille où tout était à apprendre, à découvrir à la vitesse grand V à partir de l'Expo 67 : le vin, le fromage, la gastronomie, les arts, les exocultures, entre autres. Force est d'admettre qu'on ne peut s'empêcher de se reconnaître et un tant soit peu s'identifier au personnage : au Québec, même chez les grands intellos, on n'a qu'à gratter une génération ou deux pour, la plupart du temps, trouver la...charrue. Secundo, cette formidable montée culturo-existentielle du conférencier est mise en relation avec sa découverte du destin unique, excentrique, atypique de Welles, qu'il partage avec nous.

Le « récit-conférence » est ponctué de magnifiques dérives visuelles et sonores, avec ces arrières plans illustrant, tout en clairs-obscurs et en références
dignes du cinéma noir, l'univers symbolique, esthétique et cinématographique de OW, habité par la présence de OW, un travail impeccablement chorégraphié exécuté par par Stéphane Franche: pensons à cette illustrations de son Macbeth de Shakespeare mis sur pied avec des acteurs noirs à Harlem, illustré par cette danse macabre d'inspiration vaudou, ou encore ce chanteur country et son ode à OW, témoignage de l'incroyable présence du génie au sein de la culture populaire.

Les éclairages de Martin Labrecque évoluent de demi-tons interlopes en découpages parfaits et habillent splendidement l'ensemble. Quelques montages audio-visuels issus ou inspirés de l'oeuvre de OW complètent l'ensemble avec une trame sonore impeccable de Larsen Lupin.


Juteux, truculent, émouvant, bellement joué, bien documenté sans être le moindrement didactique, du plaisir théâtral avec un grand « P », accueilli triomphalement par un public subjugué.

L’arrivée du comédien, metteur en scène et auteur Patrice Dubois à la  codirection artistique de la compagnie PàP, conjuguée à la présence, entre autres, de Claude Poissant, à qui nous devons de grands moments de théâtre, laisse entrevoir une collaboration des plus prometteuses : de quoi amener amateurs de théâtre, artisans et critiques à se pourlécher les babines dans l'anticipation de futurs festins théâtraux issus de ce brillant assemblage.

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Texte : Patrice Dubois avec la complicité de Martin Labrecque
Mise en scéne et interprétation : Patrice Dubois
The Shadow : Stéphane Franche
Assistance à la mise en scène et régie : Catherine La Frenière
Décor et accessoires : Olivier Landreville
Éclairages : Martin Labrecque
Conception sonore : Larsen Lupin
Costumes : Caroline Poirier
Maquillages : Sylvie Rolland
Conseillère au mouvement : Estelle Clareton
Direction de production : Catherine La Frenière
Construction du décor : Boscus
Équipe technique : Espace GO
Photos : Dominique Chartrand


Est présenté à l'Espace Go jusqu'au 3 novembre 2007