Par Yves Rousseau
En plein milieu du vingt-troisième siècle, les prémisses actuelles du désastre écologique annoncé par le réchauffement du climat se sont concrétisées : îles, terres basses, continents se font progressivement engloutir par des éléments déchaînés. Les ressources énergétiques sont presque taries, les récoltes ne sont plus que poussières, chaque nouveau désastre est en fait presque un soulagement, en fait des dizaines de millions d'âmes de moins à nourrir pour une terre exsangue.
Ce qui reste de l'humanité, quelques millions d'êtres, sont agglutinés dans Antiopolis, société totalitaire hautement hiérarchisée en cinq strates : les premières concentrent ce qui reste de scientifiques, de sommités, bref d'espoir de solution, avec des conditions de vie à peu près potables, des vêtements uniformes à peu près corrects. Le reste, la masse, croupi dans des taudis froids la nuit, étouffants le jour, vêtu comme des gueux, un moyen-âge du futur. Le seul espoir mis en lumière afin de calmer la population, réaliser avec les dernières ressources une expédition vers une étoile lointaine et réputée habitable, Alpha du Centaure, pour laquelle un groupe d'élus a été trié sur le volet. Mais tout n'est pas si simple...
Rivalité, fourberie, trahison sur fond de passion dévorante et de lutte de classe, de faux prophète crucifiés par des régnants à la Ponce-Pilate, une passionnante épopée empruntant à la fois (surtout) à la tragédie grecque et à la chanson de geste, comme forme de récit, puis au théâtre contemporain dans l'esprit. L'approche permet de relever haut la main la réalisation théâtrale et plausible d'une oeuvre d'anticipation. Sur un praticable d'environ 4 mètre par 4, d'aspect aussi vermoulu que les poutres émergeant du sol, un environnement ocre, rouille, avec quelques accessoires évoquant une civilisation perdue, la nôtre, cette véritable épopée cauchemardesque prend littéralement son envol : chaque comédien incarne quelques personnages, souvent, comme sous Eschyle en dyade, où encore, comme avec Sophocle, en triade, alors que le reste du groupe incarne le chœur, élément narrateur-commentateur, la voix du « we the people », avec de magnifique et saisissants chants, qui m'ont semblé d'inspiration relativement baroque.
Bien rythmé, bellement interprété, à part peut-être un personnage quelque peu trop larmoyant et déclamatoire (les ajustements habituels des premières représentations), par une équipe particulièrement allumée composée d'un mélange atypique de comédien européen, de membres de la vielle relève et de jeunes poussins du printemps issu de diverses écoles de théâtre. Une vision humaniste, d'un fatalisme réaliste de la fourmilière humaine : dans ce merdier de la future antiquité, on reconnaît sans peine les conflits et espoirs éternels de notre race. À partir d'une quête perpétuelle de l'autre et de l'amour, échouée sur les habituels récifs de bêtise, l'ensemble interpelle profondément, car en étroite référence avec l'actualité : consumérisme, gaspillage éhonté de ressources, pollution, réchauffement du climat et montée des eaux, absence de solidarité, individualisme de survie, déclin des démocraties au profil du corporatisme, bref tout droit vers l'abîme.
Certainement une œuvre enlevante, passionnante, d'une beauté crue et cruelle de vérité et d'une facture tout à fait unique et originale, un petit bijou d'innovation en terme de mise en scène
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Texte et mise en scène : Sébastien Guindon
Comédiens : Annick Beaulne, Michel Bordua, Normand Lafleur, Benoît Landry, Bruno Piccolo, Catherine Ruel, Anne Paquet, Annie Girard, Natasha Poirier
Assistante à la mise en scène : Claudia Couture
Scénographie : Fanny Bisaillon-Gendron
Musique : Natasha Poirier
Costumes : Catherine Tousignant
Éclairages : Audrey Desserres
30 octobre au 17 novembre
mardi au samedi
à 20h
Union Française, 429, rue Viger Est
Billetterie - 514 606 5116
En plein milieu du vingt-troisième siècle, les prémisses actuelles du désastre écologique annoncé par le réchauffement du climat se sont concrétisées : îles, terres basses, continents se font progressivement engloutir par des éléments déchaînés. Les ressources énergétiques sont presque taries, les récoltes ne sont plus que poussières, chaque nouveau désastre est en fait presque un soulagement, en fait des dizaines de millions d'âmes de moins à nourrir pour une terre exsangue.
Ce qui reste de l'humanité, quelques millions d'êtres, sont agglutinés dans Antiopolis, société totalitaire hautement hiérarchisée en cinq strates : les premières concentrent ce qui reste de scientifiques, de sommités, bref d'espoir de solution, avec des conditions de vie à peu près potables, des vêtements uniformes à peu près corrects. Le reste, la masse, croupi dans des taudis froids la nuit, étouffants le jour, vêtu comme des gueux, un moyen-âge du futur. Le seul espoir mis en lumière afin de calmer la population, réaliser avec les dernières ressources une expédition vers une étoile lointaine et réputée habitable, Alpha du Centaure, pour laquelle un groupe d'élus a été trié sur le volet. Mais tout n'est pas si simple...
Rivalité, fourberie, trahison sur fond de passion dévorante et de lutte de classe, de faux prophète crucifiés par des régnants à la Ponce-Pilate, une passionnante épopée empruntant à la fois (surtout) à la tragédie grecque et à la chanson de geste, comme forme de récit, puis au théâtre contemporain dans l'esprit. L'approche permet de relever haut la main la réalisation théâtrale et plausible d'une oeuvre d'anticipation. Sur un praticable d'environ 4 mètre par 4, d'aspect aussi vermoulu que les poutres émergeant du sol, un environnement ocre, rouille, avec quelques accessoires évoquant une civilisation perdue, la nôtre, cette véritable épopée cauchemardesque prend littéralement son envol : chaque comédien incarne quelques personnages, souvent, comme sous Eschyle en dyade, où encore, comme avec Sophocle, en triade, alors que le reste du groupe incarne le chœur, élément narrateur-commentateur, la voix du « we the people », avec de magnifique et saisissants chants, qui m'ont semblé d'inspiration relativement baroque.
Bien rythmé, bellement interprété, à part peut-être un personnage quelque peu trop larmoyant et déclamatoire (les ajustements habituels des premières représentations), par une équipe particulièrement allumée composée d'un mélange atypique de comédien européen, de membres de la vielle relève et de jeunes poussins du printemps issu de diverses écoles de théâtre. Une vision humaniste, d'un fatalisme réaliste de la fourmilière humaine : dans ce merdier de la future antiquité, on reconnaît sans peine les conflits et espoirs éternels de notre race. À partir d'une quête perpétuelle de l'autre et de l'amour, échouée sur les habituels récifs de bêtise, l'ensemble interpelle profondément, car en étroite référence avec l'actualité : consumérisme, gaspillage éhonté de ressources, pollution, réchauffement du climat et montée des eaux, absence de solidarité, individualisme de survie, déclin des démocraties au profil du corporatisme, bref tout droit vers l'abîme.
Certainement une œuvre enlevante, passionnante, d'une beauté crue et cruelle de vérité et d'une facture tout à fait unique et originale, un petit bijou d'innovation en terme de mise en scène
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Texte et mise en scène : Sébastien Guindon
Comédiens : Annick Beaulne, Michel Bordua, Normand Lafleur, Benoît Landry, Bruno Piccolo, Catherine Ruel, Anne Paquet, Annie Girard, Natasha Poirier
Assistante à la mise en scène : Claudia Couture
Scénographie : Fanny Bisaillon-Gendron
Musique : Natasha Poirier
Costumes : Catherine Tousignant
Éclairages : Audrey Desserres
30 octobre au 17 novembre
mardi au samedi
à 20h
Union Française, 429, rue Viger Est
Billetterie - 514 606 5116