dimanche 21 octobre 2007

Texas - Compagnie Champ gauche

Par Yves Rousseau

Dans une atmosphère glauque, de brouillard rougeoyant d'inquiétude et de mysticisme sous-entendu (un travail d'éclairage subtil et parfaitement dosé de Martin Gagné, fidèle à ses habitudes), on aperçoit l'intérieur d'une roulotte bas de gamme en tôle ondulée (excellent travail de Julie Breton) dans laquelle se trouvent les comédiens du film d'horreur « cheap » de série « B » (en étant généreux) « Le massacre à la tronçonneuse », gore et sanglant à souhait. Ces derniers, maculés de faux sang, viennent de terminer leur journée de tournage. Pris dans leurs costumes bon marché dont ils n'arrivent pas à se défaire, ils attendent en vain l'habilleuse, mystérieusement disparue.

Il y a Gunnar, tablier de boucher et masque de cuir, l'interprète du tueur sanguinaire qui est en fait un gros nounours naïf et bonasse (Michel Lavoie, très crédible), et qui est au septième dessous, ayant esquinté accidentellement la jambe d'un collègue dans une scène où, aveuglé par ce faciès attaché, il devait faire de grandes vrilles avec la scie comme prescrit par le metteur en scène; Teri, nunuche mythomane dont l'univers imaginaire de l'American Dream est peuplé de vedettes l'attendant (Burt Reynolds dans son ranch est l'objet particulier de sa fixation), elle grandiose « actrice », se promenant avec ce crochet lui traversant l'abdomen, manipulatrice d'un grotesque savoureux qui n'a de cesse de répéter ses lignes dignes des pires parodies de clichés de doublages bon marché (style « Le coeur a ses raisons ») d'un faux typique du genre, en particulier ces cris d'horreur pour la scène de décapitation, une savoureuse performance de Christine Beaulieu qui s'en donne d'ailleurs pleinement à coeur joie; finalement Lou, le régisseur (Richard Lemire, parfaitement dans le ton), inquiétant personnage dont les allées et venues vers l'extérieur, couvert par les divers prétextes découlant de sa fonction, acquièrent progressivement un parfum de douteux potentiellement horrifique, suscitant paranoïa et suspicion à peine contenue, et ce dernier semble d'ailleurs prendre un plaisir fou à jeter de l'huile sur le feu en multipliant les blagues d'épouvantes sauce fausses morts sanguinolentes. Puis, les cris qu'on pensait être ceux de Teri se mettent à être bien trop convaincants pour émaner d'elle, puis ces événements bizarres et inquiétants qu'on attribuait à une autre farce de Lou s'avèrent ne pas provenir de ce dernier... Tout bascule, Mouahahhahaha!!!

Le film dans le film dans la pièce dans la parodie qui devient elle-même film d'horreur de pacotille ridicule et truculente, le texte de François Létourneau jette un regard amusé et ironique sur ce microcosme, cet univers cinématographique fascinant de médiocrité, de prévisible, de violence gratuite, de clichés, au point de devenir, pour certaines perles du genre, de grands classiques du mouvement technotronique et de ces soirées ou on s'ingénie à rassembler les pires moments du cinéma et de la télévision, comme si cette conjugaison de mauvais goût, de hachage corporel permettait d'atteindre l'effet cathartique d'une bonne tragédie bien grandiose, exaltée et... meurtrière. Panem et circenses...

Juteuse mise en scène de Patrice Dubois, avec multiplication des clins d'oeil et références au genre, avec un rythme particulier en cyclothymies, découpé et punché, « on the edge » qui semble devenir sa signature. La trame sonore de Ludovic Bonnier est fantastique, coulant du western très Texas Red Neck jusqu'aux éléments sonores « seventies horror-cheapo » !

Léger, amusant, un bon moment.

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Mise en scène de Patrice Dubois
Assistance à la mise en scène : Mireille Brullemans
Décor et costumes : Julie Breton
Éclairages : Martin Gagné
Son : Ludovic Bonnier
Interprétation : Christine Beaulieu, Michel Lavoie, Richard Lemire

Jusqu'au 3 novembre au Théâtre Lachapelle