Par Yves Rousseau
Cuisine, table, évier, puis ce bruit d'eau s'écoulant. En arrière-scène, une toile de fond traverse le mur, peinte aux couleurs de la naïveté, belle d'enfance rêveuse, les yeux écarquillés de magnifique, de beau, de pastel, d'émerveillements, de cerfs volants vers le bleu infini des milles espoirs, comme cette petite Marie, espiègle et pétillante, sautillant, munie de ses beaux souliers magiques, avec entrains sur la marelle de cette vie qu'elle découvre.
Combien long ça peut vivre un humain, de demander la petite à sa mère, femme usée, fatiguée, cannibalisée par la vie et ses cruelles vacuités d'amour? Marie souhaite défier la mort, découvrir, aimer, vivre pour toujours! Mais la vie ne l'entend pas de cette oreille. Délaissée par sa mère, pourtant aimante même au travers de ses douleurs, en quête de ce père brisé, absent, évanescent, Marie la conquête, Marie la découverte, Marie la blessure, Marie la vulnérable s'embarque sur un bien frêle esquif, la petite voile de la quête de soi, de l'autre, gonflée par le vent de la tempête existentielle, du désir d'absolu, du vrai sur mer de la grande solitude de la vie. Comme une eau de tristesse, comme des larmes de douleur, comme ces gouttes de vie qui s'écoulent et nous échappent.
De l'adolescence Plateau de la branchouille-illusion, miroirs aux alouettes de la sensation d'être, vendeuse de souliers, la vie en cri, en coup de poing, en passant par l'âge adulte en extrême opposée, dans le confort de l'indifférence banlieusarde, payée pour dormir sa vie dans une « plénitude » en forme de lobotomie du senti, de l'être, Marie le grand coeur frotte son âme belle, surréelle et d'un onirisme sans fond sur les récifs de la petite vie.
Quand le réel défie le songe, quand la quête du vrai, du soi semble se perdre dans les tours et détours d'un labyrinthe de vacuité, quand notre vie s'enlise dans le prévisible de la médiocrité de la routine de notre magnifique société en forme de télé-novelas d'après-midi sur fond de musique de centre-d'achat, quand l'arrière-plan des espoirs d'amour et de vie de la toile impressionniste éclatante se transforme en décor de bureau, de cuisine beige et brun... Qu'est-ce qui importe le plus dans la quête, devant l'absurdité de la vie, le résultat, ou la démarche, trouver ou chercher, avancer, même sans savoir vers où ?
Bercé par la magnifique musique méditative et impressionniste de Hubert Langelier, un texte intelligent, sensible, qui jette un regard tout en humilité sur le destin et la vie, par lequel on se reconnaît et on sent facilement interpellé avec douceur, d'une belle poésie, d'une sublime féminité dans sa façon d'exister, comme un doux et profond spleen d'espoir, malgré tout, voila ce que nous livre ici Carole Fréchette. Les comédiens, brillamment dirigés par Jean-François Poirier, s'abandonnent au propos et aux personnages avec grande humilité, un jeu habité, vibrant et fraternel. Annie Lemarbre, qui occupe la scène tout le long, fait évoluer son personnage de façon ahurissante de justesse, de l'enfance à l'âge adulte, appuyée par de simples changements de costumes (un bon travail de Noémi Poulin) faits par ses compères, comme une poupée avec qui la main géante de la vie jouerait. Sofi Lambert est particulièrement vrai dans ce rôle de la mère brisée, qui semble porter tout le fardeau du monde. Luc Pilon offre des moments vibrants dans le rôle spectral du père, comme un revenant. Hugo Laflamme est impayable en tronche complètement dissociée dans cette scène affreuse d’alone toguether grinçant de vérité cynique dans la portion adulte de la vie de Marie, une scène de réception marinant dans la vacuité la plus profonde de la non-communication des êtres. Finalement, Antoine Portelance joue avec ferveur, tout en nuances, de l'enfance à l'âge adulte, les Pierrot, Pierre et compagnie, garçons peuplant l'univers affectif de Marie.
Après quelques représentations, divers petits ajustements liés à la scénographie, au ton et à l'expression ont pratiquement éliminé quelques détails importuns, donnant le poli final d'une pièce qui a vraisemblablement presque complètement trouvé son rythme. Ma seule réserve majeure est liée à cette susmentionnée scène de réception (une portion importante de la pièce), trop lente, qui, si je peux me permettre bien humblement, gagnerait en truculence absurde, en ironie en étant plus ramassée, plus rythmée, du tac au tac, car nous avons ici ce qui m'a semblé être la seule longueur digne de mention de la pièce.
Droit au coeur, une belle réussite pour le Théâtre Porte Moi.
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Les Quatre Morts de Marie, une production de la cie de théâtre Porte Moi
À l'Espace Geordie, du 2 au 13 octobre, Rés.: 514 699-3301 ou 514 523-3303.
Un texte de Carole Fréchette
Une mise en scène de Jean-François Poirier
Assistante à la mise en scène, Florence Lelièvre Larochelle
Régie par Damien Auger
Éclairages de Sylvain Bédard
Conseillé scénographique: Jean Bard
Costumes et accessoires de Noémie Poulin
Musique de Hubert Langelier
Toile de fond peinte par Guillaume Seff
Avec Hugo Laflamme, Sofi Lambert, Annie Lemarbre, Luc Pilon et Antoine Portelance.
Cuisine, table, évier, puis ce bruit d'eau s'écoulant. En arrière-scène, une toile de fond traverse le mur, peinte aux couleurs de la naïveté, belle d'enfance rêveuse, les yeux écarquillés de magnifique, de beau, de pastel, d'émerveillements, de cerfs volants vers le bleu infini des milles espoirs, comme cette petite Marie, espiègle et pétillante, sautillant, munie de ses beaux souliers magiques, avec entrains sur la marelle de cette vie qu'elle découvre.
Combien long ça peut vivre un humain, de demander la petite à sa mère, femme usée, fatiguée, cannibalisée par la vie et ses cruelles vacuités d'amour? Marie souhaite défier la mort, découvrir, aimer, vivre pour toujours! Mais la vie ne l'entend pas de cette oreille. Délaissée par sa mère, pourtant aimante même au travers de ses douleurs, en quête de ce père brisé, absent, évanescent, Marie la conquête, Marie la découverte, Marie la blessure, Marie la vulnérable s'embarque sur un bien frêle esquif, la petite voile de la quête de soi, de l'autre, gonflée par le vent de la tempête existentielle, du désir d'absolu, du vrai sur mer de la grande solitude de la vie. Comme une eau de tristesse, comme des larmes de douleur, comme ces gouttes de vie qui s'écoulent et nous échappent.
De l'adolescence Plateau de la branchouille-illusion, miroirs aux alouettes de la sensation d'être, vendeuse de souliers, la vie en cri, en coup de poing, en passant par l'âge adulte en extrême opposée, dans le confort de l'indifférence banlieusarde, payée pour dormir sa vie dans une « plénitude » en forme de lobotomie du senti, de l'être, Marie le grand coeur frotte son âme belle, surréelle et d'un onirisme sans fond sur les récifs de la petite vie.
Quand le réel défie le songe, quand la quête du vrai, du soi semble se perdre dans les tours et détours d'un labyrinthe de vacuité, quand notre vie s'enlise dans le prévisible de la médiocrité de la routine de notre magnifique société en forme de télé-novelas d'après-midi sur fond de musique de centre-d'achat, quand l'arrière-plan des espoirs d'amour et de vie de la toile impressionniste éclatante se transforme en décor de bureau, de cuisine beige et brun... Qu'est-ce qui importe le plus dans la quête, devant l'absurdité de la vie, le résultat, ou la démarche, trouver ou chercher, avancer, même sans savoir vers où ?
Bercé par la magnifique musique méditative et impressionniste de Hubert Langelier, un texte intelligent, sensible, qui jette un regard tout en humilité sur le destin et la vie, par lequel on se reconnaît et on sent facilement interpellé avec douceur, d'une belle poésie, d'une sublime féminité dans sa façon d'exister, comme un doux et profond spleen d'espoir, malgré tout, voila ce que nous livre ici Carole Fréchette. Les comédiens, brillamment dirigés par Jean-François Poirier, s'abandonnent au propos et aux personnages avec grande humilité, un jeu habité, vibrant et fraternel. Annie Lemarbre, qui occupe la scène tout le long, fait évoluer son personnage de façon ahurissante de justesse, de l'enfance à l'âge adulte, appuyée par de simples changements de costumes (un bon travail de Noémi Poulin) faits par ses compères, comme une poupée avec qui la main géante de la vie jouerait. Sofi Lambert est particulièrement vrai dans ce rôle de la mère brisée, qui semble porter tout le fardeau du monde. Luc Pilon offre des moments vibrants dans le rôle spectral du père, comme un revenant. Hugo Laflamme est impayable en tronche complètement dissociée dans cette scène affreuse d’alone toguether grinçant de vérité cynique dans la portion adulte de la vie de Marie, une scène de réception marinant dans la vacuité la plus profonde de la non-communication des êtres. Finalement, Antoine Portelance joue avec ferveur, tout en nuances, de l'enfance à l'âge adulte, les Pierrot, Pierre et compagnie, garçons peuplant l'univers affectif de Marie.
Après quelques représentations, divers petits ajustements liés à la scénographie, au ton et à l'expression ont pratiquement éliminé quelques détails importuns, donnant le poli final d'une pièce qui a vraisemblablement presque complètement trouvé son rythme. Ma seule réserve majeure est liée à cette susmentionnée scène de réception (une portion importante de la pièce), trop lente, qui, si je peux me permettre bien humblement, gagnerait en truculence absurde, en ironie en étant plus ramassée, plus rythmée, du tac au tac, car nous avons ici ce qui m'a semblé être la seule longueur digne de mention de la pièce.
Droit au coeur, une belle réussite pour le Théâtre Porte Moi.
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Les Quatre Morts de Marie, une production de la cie de théâtre Porte Moi
À l'Espace Geordie, du 2 au 13 octobre, Rés.: 514 699-3301 ou 514 523-3303.
Un texte de Carole Fréchette
Une mise en scène de Jean-François Poirier
Assistante à la mise en scène, Florence Lelièvre Larochelle
Régie par Damien Auger
Éclairages de Sylvain Bédard
Conseillé scénographique: Jean Bard
Costumes et accessoires de Noémie Poulin
Musique de Hubert Langelier
Toile de fond peinte par Guillaume Seff
Avec Hugo Laflamme, Sofi Lambert, Annie Lemarbre, Luc Pilon et Antoine Portelance.