mardi 16 octobre 2007

Le fantôme de Canterville - Théâtre des 4 Coins

Par Yves Rousseau

Au dix-neuvième siècle, une riche famille américaine achète pour un prix dérisoire, trop beau pour être vrai, un manoir anglais qui s'avère être hanté par le fantôme de l'ignoble Lord de Canterville, un présumé assassin. Après avoir traversé l'atlantique, la famille s'installe là où plusieurs avant eux ont payé cette audace de leurs vies. Audacieux, outrageusement confiants et peu impressionnables, les quatre membres de la famille ne se laissent guère intimider par les hantises macabres et dantesques du fantôme qui, outré de ne pas produire son effet, multiplie pourtant les pirouettes fantômatiques, assisté par une cohorte de crânes parlant. Le jardinier et la bonne, hideux, ne sont guère plus rassurants. La famille semble ne pas tenir cas du spectre, mais le Lord n'entend pas se laisser envahir et ignorer aussi facilement...

La scénographie, de structure légère, est hautement efficace et transformable : un écran de toile occupant l'essentiel de l'arrière-scène permet aux comédiens de disparaître, et immédiatement ressurgir dans un autre personnage ou encore produire des séquences en théâtre d'ombres; une toile géante qu'on agite incarne la mer, puis enroulée sur le corps, une robe; puis il y a des malles et de gros coffres qu'on ouvre au moment opportun, avec à l'intérieur une miniature du décor suggéré, et derrière lesquels on peut se dissimuler pour brandir le moment venu les tonitruants crânes d'allure espiègle qui interviennent régulièrement, commentateurs ironiques de l'action; ces mêmes malles qui deviennent sièges avec une toile tendue comme table de salle à manger, puis cette même toile qui se transforme en linceul, vêtement, et ainsi de suite. Les costumes sont magnifiques et colorés, comme ce jardiner avec la chevelure en feuilles, visage de gargouille et un petit râteau à sarcler comme main.

Dans un univers de bande dessinée, une charmante adaptation de la nouvelle de Oscar Wilde, un travail collectif des quatre membres de la troupe (Véronique Daudelin, Jean-François Hamel, Olivier Normand, Klervi Thienpont), qui sont également responsables de cette brillante mise en scène, je vous le dis d'emblée, du bonbon : c'est festif et truculent, enjoué, lumineux, bellement interprété, une mécanique fine et efficace, un tourbillon continuel dans lequel les comédiens, véritables transformistes, virevoltent tout en manipulant les divers accessoires liés aux effets de transition de scénographie tout en passant d'une façon très fluide d'un des multiples personnages que chacun interprète, à l'autre. Chaque élément de costume et de scéno introduit est transformé en autre chose plutôt que retiré, aucun mouvement gratuit, tout est étudié et très soigné, et l'ensemble permet de maintenir un rythme électrisant dans une fête théâtrale ahurissante de trouvailles et d'inventions. De magnifiques tableaux bien chorégraphiés, touchant parfois à la pantomime et au théâtre de masque, enrichissent le tout avec marionnettes, musique et chant. L'ensemble profite d'un texte coulant, riche, mais accessible, de brillants dialogues.

Une pièce qui plaira à coup sûr à tous, le soir où j'ai assisté à la pièce, le public en liesse s'est levé tout d'un bloc pour acclamer les comédiens, un véritable triomphe.

La pièce est actuellement en tournée et certaines représentations sont tout à fait gratuites (maisons de la culture), une sortie familiale parfaite.
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Une production du Théâtre des 4 coins

Texte original de Oscar Wilde
Adaptation, interprétation et mise en scène de Véronique Daudelin, Jean-François Hamel, Olivier Normand, Klervi Thienpont
Assistants à la mise en scène: Anabelle Lebrun et Sylvain Perron
Scénographie et accessoires par Émily Bélanger et Laurent Canniccioni

Supervision: Carol Cassistat