lundi 8 octobre 2007

Laine sans moutons - Théâtre Officiel del Farfadet

Par Yves Rousseau

Dans le contexte d'une journée électorale digne de la farce, divers événements en parallèle sont liés : une drag-queen trash (Jean Turcotte), s'apprête à recevoir le prix de la meilleure comédienne de l'année et à animer l'événement; une chômeuse adepte du « communautaire » (Marie-Josée Forget) mène sa propre action révolutionnaire en enlevant le candidat à la présidence (qu'on ne voit jamais); dans la résidence de ce dernier, un jeune homme, nouvel électeur dubitatif désireux de jauger les futurs régnants, s'introduit dans la résidence de l'épouse. La jeune femme s'enfuit dans une voiture pensante et parlante avec le politicien, drogué, dans une caisse de contrebasse, pendant que le jeune homme disserte avec la première dame. Tous finiront de façon rocambolesque par aboutir à cette soirée gala animée par la drag, y compris la dame laissée pour morte dans une énorme valise.

Un mur arrière, des points d'entrée côté cour et jardin, puis une fenêtre centrale à même ce mur par laquelle on voit un volant (pour suggérer la voiture), voila une scéno assez dépouillée, mais efficace, se prêtant bien a la suggestion avec ces atmosphères lumineuses et interventions sonores correctes berçant les errances de nos jeunes moutons révoltés, vêtus d'affreux costumes laineux grotesques et blanc style néo-secte-poncho-granola-ponpon-macramé. L'ensemble de cette fable opposant moutons et loups, s'ironise sur fond musical utilisant toutes les formes existantes de l'air bien connu "Guantanamera" qui était à l'origine, on nous le rappelle dans le programme, un air révolutionnaire.

Mondialisation, dépersonnalisation de l'individu et abrutissement de masse, solitude moderne, chute des démocraties manipulées par la force montante du corporatisme, montée du faux, du synthétique, déclassement des travailleurs et remplacement du vrai par la machine, entre autres: le texte de Jean-Françcois Caron trouve sa force dans une série de punch-line décapantes mises dans la bouche des personnages, y compris, à mot à peine couvert, le procès du merveilleux milieu artistique, passé à tabac par le « bitchy-bitchy ya-ya-ya » de la drag.

D'intéressants solos par les personnages composent la majeure partie de la pièce, truculente de sous-entendus politiques, mais ces arias souffrent de longueurs ; un peu drabe, peu de relief au niveau de l'expression chez le jeune homme; très enchevêtré et complexe pour le rôle de la jeune femme avec la comédienne qui, tout en offrant de bons moments, butte à quelques reprises sur son texte pendant une longue et complexe tirade (bon, c'était la première...); puis la finale avec la drag trash et savoureuse, impayable mais s'étirant avec une trop grande répétition d'effets.

En terme de mise en scène, un découpage aurait sans doute rendu ces solos plus faciles à suivre (et à rendre), et simplifié la tâche des comédiens, qui s'en tirent quand même bien, compte tenu de certains aspects assez, disons atypiques de la construction, de ce texte "légèrement" expérimental.

Là où la pièce prend littéralement son envol, c'est au niveau des dialogues, brillants, jouissifs, rythmés, et bien rendus; cette emmerdante voiture pensante qui cause, sauce gourou new-age, et la jeune femme prise dans la course folle et hystérique du quotidien; puis particulièrement cette scène entre l'adolescent et le personnage de Mme Baril, qui est fan-tas-ti-que dans ce rôle de grande bourgeoise machiavélique, mégalomane et grandiloquente (avec ce magnifique de costumes de Diva, une conception de Hélène Soucy), adorablement manipulatrice, confrontant le jeune idéaliste désabusé à une vision cynique, arriviste de la vie, surfant sur la vague du mercantilisme néo-libéralisant avec la plus ironique des parodies sociales.

Sous des allures de comédie faussement légère, mais en fait très pertinente dans son propos, une pièce de franche rigolade qui nous fait certainement passer un bon moment.

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Une coproduction Tof et Urbi et Orbi

Texte de Jean-François Caron
Mise en scène de Martin Desgagné
Assistance et régie de Lison Laplante
Costumes de Hélène Souci
Son par Éric Forget
Éclairage de Erwan Bernard
Scénographie de Simon Guilbault
Accessoires par Julie Measroch

Avec Alexandre Mérineau, Marie-Josée Forget, Chantal Baril et Jean Turcotte


Au théâtre Prospero, du 1 au 20 octobre