dimanche 14 octobre 2007

C.H.S. - Théâtre Péril et Collectif Cinaps

Par Yves Rousseau

Clairs-obscurs, glauque, caverneux, messe satanique dantesque, comme un phœnix damné de non-sens de vie, de bêtise humaine, de douleur d'être et implorant par de chamaniques incantations gutturales un feu libérateur, objet d'adulation halluciné, une attendue et purificatrice auto combustion, ultime fuite face à ce monde fou et absurde en train de s'auto digérer.

Un fauteuil partiellement consumé au centre scène, puis le voilà, le sujet, catatonique, immobile, minéral, avec une voix de trépassé. Le surplombant au sommet d'une tour blanche, comme un hôtel sacrificiel, une nurse-pompiste psychédélique l'observe via une fenêtre, comme un cobaye de laboratoire. Puis côté cour, sur un praticable latéral haut d'environ un mètre, un scientifique apparaît à travers d'une semi-transparence sombre. Tous deux en poses fixes, zombiesques somnambules possédés, s'exprimant en fixant un ailleurs inquiétant au milieu de cette séance de voyeurisme expérimental morbide.

Les élucubrations du consumé sont montrées en alternance avec des dérives didactiques et historiques proférées par les deux autres caractères, une analyse mystico-scientifique du phénomène de la combustion humaine spontanée. L'ensemble est plutôt brillamment supporté par diverses projections et jeux d'ombres et une trame sonore schizoïde en mantras incantatoires parfaitement dans le ton; du visage profané du suicidaire filmé en système de vision nocturne et apparaissant en halos verdâtres avec ce regard sans âme, les pupilles vides, en passant par ces inquiétantes photographies trafiquées de divers cas de C.H.S dignes des meilleures feuilles de chou à potins, sans oublier cette ombre, qui au moment ultime semble s'échapper et s'envoler. L'ensemble est rendu de façon impeccable par les comédiens.

Une pièce qui s'illustre pour ses incroyables qualités techniques et cosmétiques, sans aucun doute un complexe et exigeant travail précis et minutieux pour le personnel, avec une « cue sheet » intense et l'angoisse de la défaillance technique d'un des multiples dispositifs essentiels à la réussite de la pièce. Certainement du bon travail, à part ce son qui semblait calibré pour le stade olympique.

Comme un petit bijou, statique, beau, mais inutile, avec des propos philosophiques décoratifs, dans les mêmes tons de couleurs que la scénographie. Du techno-théâtre esthétisant : passé la fascination des premiers instants, on cherche la substance, la moelle, et au niveau du texte divers procédés de répétition lassent, tant au niveau du soliloque de l'homme combustible que de l'exposé, comme réagencer différemment toujours les mêmes vêtements. Reste un bel objet théâtral finement ciselé, bien rodé et orchestré avec toute la précision d'un rite funéraire: certains resteront accrochés au "buzz" technotronique, d'autres chercheront la sortie...
____________________________________________________________________________

C.H.S. (Combustion humaine spontanée)

Une coproduction du collectif Cinaps et du Théâtre Péril

Texte et mise en scène par Christian Lapointe

Assistance à la mise en scène : Adèle Saint-Amand
Scénographie : Jean-François Labbé
Éclairages : Martin Sirois
Projections : Lionel Arnould
Musique : Mathieu Campagna

Distribution : Sylvio-Manuel Arriola, Maryse Lapierre et Christian Lapointe

Au Théâtre d'Aujourd'hui (salle Jean-Claude Germain), du 9 au 27 octobre 2007