Par Yves Rousseau
Un appartement dans ce qui pourrait être un HLM, une banlieue parisienne. Tout de suite on sent l'oppression, le climat tendu dans cet espace, tant physique que psychique, avec cette scéno (très réussie) littéralement encastrée à même la scène : plafond bas, mur en grands panneaux carrés blancs, tapis industriel, puis cette porte d'acier munie d'innombrables loquets, serrures et même d'une barre, le seul point de fuite à part l'entrée de cette cuisine donnant sur cette seule pièce visible, qu'on suppose être un salon-salle à manger. Puis la musique populaire tonitruante des voisins piailleurs et gueulards, à laquelle la maitresse de maison répond à répétition en faisant jouer une fanfare militaire, un véritable duel d'emmerdeurs.
Enfin les voilà, ces invités pseudo-BCBG, participant chacun par leurs caractéristiques à ce build up, ce huit clos à l'humour caustique : la divorcée entretenue par une pension, en quête de financement pour un vague projet de démarrage commercial (qui sonne plus comme un prétexte servant à masquer son oisiveté); le couple plate et dysfonctionnel, le mari cynique, limite goujat et réactionnaire, antiécolo travaillant évidemment dans le nucléaire et son épouse qui tente de préserver les apparences. Finalement, survient l'époux, employé d'une usine d'armement fraichement viré, ayant dû se frayer un chemin à coup de matraque au travers de manifestants, ne remarquant même pas son arcade sourcilière ensanglantée, routine banale se fondant dans le décor de l'habituel, du prévisible, de ces petits détails qu'on ne remarque même plus. Cris de détresse, bruits inquiétants, manifestations d'agressions perçues au travers de cette porte blindée, mais qu'on s'efforce de présenter comme anodins, sous un couvert ironiquement faussement blasé à l'angoisse refoulée. C'est qu'il faut bien paraitre devant les invités.
Dantesque soirée, marmite bouillante avec le couvercle menaçant de sauter, sous le doux chant urbain composé d'accidents mortels, de rixes, d'agressions et meurtres que l'on contemple de la fenêtre, un drink à la main, en s'efforçant de maintenir la conversation, savant assemblage de persiflages cyniques et mondanités ou chacun s'efforce de conserver sa superbe, passant au hachoir de l'ironie tous les torts et travers de notre belle société contemporaine, chaque réplique enfonçant un peu plus le clou des personnages qu'on s'amuse à détruire, dans une festive dérision, humour noir teinté de rires jaunes.
Puis les matraqués de tout à l'heure se pointent dans le corridor, prenant en siège l'appartement, interrompant une chasse au rat de cuisine et une partie de scrabble. Les "invités " devront passer la nuit dans la marmite, jusqu'à l'explosion...
Juteux, grinçant, truculent, on prend un plaisir presque sadique à contempler ce spectacle, suite de punch-Line, de réparties avec ces énormités proférées par ces biens pensants (avec des réalités sous-entendues douloureusement vraies) qui se parlent sans communiquer, portrait paroxystique d'êtres contemporains surfant sur la vague perpétuelle de l'abrutissement, de l'isolement, de la violence ordinaire, et du stress de performance contemporain, la bataille pour garder sa place. Ça pourrait être à Paris, pendant les émeutes, mais ça peut être ici aussi....
Les jeunes comédiens s'en donnent à coeur joie : coulant, bien joué, dans un genre qui semble devenir la marque de commerce du Théâtre de la Marée Haute. À peine quelques ajustements normaux post-première; calibrer pour la salle le niveau projection vocale, on perd parfois certaines lignes; quelques enchevêtrements de répliques et petites précipitations au niveau du rythme, surtout dans la relation entre certains punchs verbaux et le temps de latence d'une contre-réaction non verbale de l'interlocuteur, mais une pièce qui globalement a déjà trouvé son rythme.
À voir, surtout si vous avez vu et aimé Kvetch, la production antérieure de cette prometteuse jeune compagnie.
Enfin les voilà, ces invités pseudo-BCBG, participant chacun par leurs caractéristiques à ce build up, ce huit clos à l'humour caustique : la divorcée entretenue par une pension, en quête de financement pour un vague projet de démarrage commercial (qui sonne plus comme un prétexte servant à masquer son oisiveté); le couple plate et dysfonctionnel, le mari cynique, limite goujat et réactionnaire, antiécolo travaillant évidemment dans le nucléaire et son épouse qui tente de préserver les apparences. Finalement, survient l'époux, employé d'une usine d'armement fraichement viré, ayant dû se frayer un chemin à coup de matraque au travers de manifestants, ne remarquant même pas son arcade sourcilière ensanglantée, routine banale se fondant dans le décor de l'habituel, du prévisible, de ces petits détails qu'on ne remarque même plus. Cris de détresse, bruits inquiétants, manifestations d'agressions perçues au travers de cette porte blindée, mais qu'on s'efforce de présenter comme anodins, sous un couvert ironiquement faussement blasé à l'angoisse refoulée. C'est qu'il faut bien paraitre devant les invités.
Dantesque soirée, marmite bouillante avec le couvercle menaçant de sauter, sous le doux chant urbain composé d'accidents mortels, de rixes, d'agressions et meurtres que l'on contemple de la fenêtre, un drink à la main, en s'efforçant de maintenir la conversation, savant assemblage de persiflages cyniques et mondanités ou chacun s'efforce de conserver sa superbe, passant au hachoir de l'ironie tous les torts et travers de notre belle société contemporaine, chaque réplique enfonçant un peu plus le clou des personnages qu'on s'amuse à détruire, dans une festive dérision, humour noir teinté de rires jaunes.
Puis les matraqués de tout à l'heure se pointent dans le corridor, prenant en siège l'appartement, interrompant une chasse au rat de cuisine et une partie de scrabble. Les "invités " devront passer la nuit dans la marmite, jusqu'à l'explosion...
Juteux, grinçant, truculent, on prend un plaisir presque sadique à contempler ce spectacle, suite de punch-Line, de réparties avec ces énormités proférées par ces biens pensants (avec des réalités sous-entendues douloureusement vraies) qui se parlent sans communiquer, portrait paroxystique d'êtres contemporains surfant sur la vague perpétuelle de l'abrutissement, de l'isolement, de la violence ordinaire, et du stress de performance contemporain, la bataille pour garder sa place. Ça pourrait être à Paris, pendant les émeutes, mais ça peut être ici aussi....
Les jeunes comédiens s'en donnent à coeur joie : coulant, bien joué, dans un genre qui semble devenir la marque de commerce du Théâtre de la Marée Haute. À peine quelques ajustements normaux post-première; calibrer pour la salle le niveau projection vocale, on perd parfois certaines lignes; quelques enchevêtrements de répliques et petites précipitations au niveau du rythme, surtout dans la relation entre certains punchs verbaux et le temps de latence d'une contre-réaction non verbale de l'interlocuteur, mais une pièce qui globalement a déjà trouvé son rythme.
À voir, surtout si vous avez vu et aimé Kvetch, la production antérieure de cette prometteuse jeune compagnie.
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Une production du Théâtre de la Marée Haute
Texte de Georges Michel
Mise en scène de Michel-Maxime Legault
Scénographie et costumes de Geneviève Lizotte et Elen Ewing
Direction technique de Simon Gobeil, Sébastien Pednault
Avec Stéphan Allard, Sébastien Dodge, Marie-Claude Giroux, Christelle Juteau, Marie-Ève Trudel
11 au 29 septembre
Espace Geordie
4001, rue Berri
Billetterie : 514 523 3788
Une production du Théâtre de la Marée Haute
Texte de Georges Michel
Mise en scène de Michel-Maxime Legault
Scénographie et costumes de Geneviève Lizotte et Elen Ewing
Direction technique de Simon Gobeil, Sébastien Pednault
Avec Stéphan Allard, Sébastien Dodge, Marie-Claude Giroux, Christelle Juteau, Marie-Ève Trudel
11 au 29 septembre
Espace Geordie
4001, rue Berri
Billetterie : 514 523 3788