dimanche 15 juillet 2007

Théâtre d'été - Panique à Longueuil - Le Théâtre du 450

Par Yves Rousseau

C'est l'été, il fait très chaud. M. Arsenault (Ronny Prévost), un professeur d'éducation physique un peu blasé et grognon, attend sa douce dans son petit logement sis au septième étage d'une tour d'habitation. Appel de cette dernière, prise dans un bouchon de circulation: elle sera en retard. En se rendant pour la nième fois sur son balcon crier à ses multiples et insupportables voisins gueulards et bruyants de baisser le ton (amusantes voix de JBG), M. Arsenault claque sa porte patio intempestivement. La poignée tombe, le voici pris à l'extérieur de son logement. Il n'aura alors d'autres choix que de dégringoler d'étage en étage, de balcon en balcon et donc d'appartement en appartement afin de rejoindre le premier étage et le concierge, une odyssée rocambolesque peuplée d'olibrius en tous genres, une suite de truculents personnages campés par Véronique Pascal.



La salle du Bloc Café-Ressources, aménagée en formule cabaret, et un schéma de la scénographie


J'ai schématiquement reproduit la scénographie sur cette photographie. La surface de ce praticable suggére l'intérieur d'un appartement, avec ce demi-mur côté cour comme comptoir de cuisine. Un dispositif de portes coulissantes simple, mais astucieux: pour les scènes d'appartements, on tire de gauche à droite pour obtenir une porte patio coulissante « vitrée » (en vert) donnant sur un « balcon » (avec un petit espace de jeu en arrière-décor), alors que pour les scènes de lobby et de sous-sol, on tire de droite à gauche pour ainsi obtenir une porte opaque d'ascenseur, le muret devenant alors le bureau d'une réceptionniste, ou encore la cache du marionnettiste, nous verrons pourquoi plus loin. À chaque nouvelle station de la dégringolade de M. Arsenault , le nouveau personnage est introduit par un machiniste, brève description tracée à la craie sur le mur noir (6e, madame unetelle) puis changement d'accessoires pour la nouvelle scène. Les éclairages sont simples mais efficaces, soutenant bien les divers contextes suggérés, et l'utilisation de gélatines (couleurs) permet de donner un peu plus de relief à un décor monochrome. Les deux colonnes frontales supportant la « toiture » peuvent légèrement nuire à la vision de certains spectateurs.

RP est crédible et assez amusant dans ce rôle de pauvre hère complètement échevelé et mal rasé, vêtu d'un simple short et d'un vieux gaminet, dépassé et ahuri, tombant d'étage en étage et atterrissant de façon assez cavalière dans les divers appartements, et les effets de perspectives, soit ses arrivées vues au travers du patio situé en arrière-scène sont réussies et déclenchent invariablement l'hilarité. La suite de personnages caricaturaux et archétypaux rencontrés est assez savoureuse et bellement interprétée; certains à prendre au premier degré, amusants, comme la nunuche nymphomane légèrement vêtue, le proprio parano et obsédé par la possession et l'argent, la cantatrice, un genre de Bianca Castafiore insupportable; d'autres semblent posséder un peu plus de profondeur au niveau de leurs définitions et du message, comme ce psy finalement complètement déjanté et pervers dont l'art et les prétentions thérapeutiques sont passés au hachoir par une satire sans pitiée (la psychanalyse comme instrument au service du narcissisme et des projections et désir$ refoulés du thérapeute), cette réceptionniste complètement robotisée, déshumanisée, incapable de considérer le contact autrement qu'au travers des règles absurdes, technocratiques, kafkaesques issues de cet ordinateur qui semble contenir l'ensemble de la vie privée de notre héros (la déshumanisation des contacts et l'intrusion des corporations au niveau de la vie privée et des renseignements personnels amplifiés par l'informatisation). Et surtout ce rat-marionnette, une rencontre d'un onirisme cauchemardesque, imaginez : dans un sous-sol sombre et infernal, trônant, un triomphant rat verbomoteur et érudit, discourant sur les tenants et aboutissants des grands éléments de la pensée et de l'intellectualisme occidental et qui atteindra l'état de grâce, le contact divin après s'être fait occire après une bataille épique avec notre héros.

Le texte, et les choix de mise en scène additionnent l'ensemble d'une utilisation du langage parfois assez originale, dans sa musicalité, son rythme et son contenu : des échanges en pseudo alexandrins avec la diva au langage robotisé de la receprioniste, en passant par le slam du yo-garçon d'ascenseur et les déclamations grandioses et exaltées du rat. L'utilisation de l'espace est en général d'un burlesque bien chorégraphié. De très beaux costumes et marionnettes, recherchés et colorés. Il me semble par contre que la tonalité de soprano utilisée pour les répliques chantées de la cantatrice semble quelque peu dépasser les limites de la tessiture naturelle de l'interprète, une contralto il me semble, et gagnerait à être « descendue » de quelques tons pour donner plus de fluidité et de vraisemblance à l'interprétation.

Une bonne petite comédie d'été, légère agréable et amusante, mais sans être dénué d'intelligence, très bien accueillie par un public rigolard dans un climat de boustifaille assez rabelaisien.


Panique à Longueuil, un texte de René-Daniel Dubois
Une production du Théâtre du 450

Mise en scène de Jean Belzil-Gascon
Scénographie, costumes et éclairages de Mireille Roy
Machiniste, André-Anne Garneau

Avec Ronny Prévost et Véronique Pascale



Le bloc
899, rue Ste-Hélène, Longueuil
Infos: 450.646.6435