Vous entrez dans le théâtre Mainline, la scène est entourée d'estrades sur trois faces. La quatrième face est occupée par un voile blanc permettant le théâtre d'ombres. Sur l'aire de jeu, des bambous sont fichés dans des cubes mobiles. Pas de programme, enfin je n'en ai pas trouvé, vous ne pouvez donc savoir à quoi vous attendre, ni anticiper les grandes lignes de l'histoire. Ça pourrait aider...
L'histoire donc est issue la nouvelle « Yabu no naka " de Ryunosuke Akutagawa, qui servit elle-même de trame au film Rashomon de Akira Kurosawa. Le Japon médiéval, donc. Voici le résumé officiel, trouvé sur le site de la troupe :
"Un meurtre crapuleux précédé d'un viol a eu lieu sur la route de Yamashima. Sept personnages, témoins de l'évènement de façon directe ou indirecte, racontent leur version des faits, tel qu'ils les ont vécus. Les sept versions sont non seulement différentes, mais souvent contradictoires. Qui dit la vérité ? Entre la version d'un bûcheron, d'un moine bouddhiste, d'un policier, d'une vieille dame, du voleur accusé du meurtre, de la femme violée et même celle du mort, racontée par l'entremise d'un médium, qui croire? "
Quatre langues, cinq comédiens issus de diverses cultures : la Montréalaise Edwige Bage, qui après des études en théâtre et littérature à l'UdeM et une implication au niveau du conte, a complété des études à l’École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq; la française Anne Bardot qui après des études à l'École Charles Dullin et l'Ecole du Studio d'Asnières a participé à diverses productions (Tchékhov, Dostoïevski, Shakespeare, Ionesco...) avant de terminer une formation également à Lecoq et en danse traditionnelle japonaise et tate do; du Nouveau-Brunswick, Mathieu Chouinard qui après un bac. en art dramatique de l'Université de Moncton termine également en 2005 des études à Lecoq, et après quelques tournées internationales, il achève présentement une maîtrise à l'École Supérieure de Théâtre de l'UQAM. Du Japon, Haruna Kondo, comédienne depuis l'enfance, récipiendaire de divers prix et honneurs, d'abord diplômée en psychologie axée sur les effets thérapeutiques du jeu masqué, puis une maitrise en performance au Royal Holloway de l' University of London axé sur la combinaison du théâtre No et occidental, elle complète également la formation Lecoq pour terminer avec le nihon buyo le chant; finalement, formés également à l'école Lecoq, l'Ontarien Dan Watson et le suédois Johan Westergren, déjà impliqués antérieurement dans de nombreuses productions et tournées.
Un mélange tout à fait inhabituel, une facture théâtrale surprenante et unique, un conte très sanglant, quasi shakespearien, un univers semblant rassembler; le nihon buyô, la danse classique japonaise, partie intégrante du répertoire Kabuki et qui, comme le théâtre Élisabéthain, est interprété exclusivement par des hommes; le tate-do, une forme d'art martial avec sabre; l'école Lecoq, dont l'approche est essentiellement axée sur le mouvement.
Le résultat? Une combinaison de tout ce qui est précédemment décrit, en plus du théâtre d'ombres. Le récit est illustré essentiellement par l'expression, le corps en mouvement, et le texte et la voix disent plus par le ton que par les mots, comme une poésie de la musicalité de la parole pour exprimer l'émotion en tant qu'élément du mime. Le tout sous une facture rappelant l'expressionnisme allemand, avec ce côté halluciné, anguleux, en dents-de-scie, paroxystique, ces éclairages et ombres contrastés, ces visages illuminés en contre-plongée, cette déréalisation. Par exemple, dans une scène illustrant un personnages perdu dans une forêts symbolique, sous des éclairages et des cris hallucinés, le caractère tente de s'enfuir dans une course anguleuse, désespérée et hystérique, avec de multiples voix susurrantes sur un ton infernal, démoniaque, avec un jeu d'ombre représentant l'esprit du samouraï et les cubes déplacés constamment de façon à obstruer la fuite, un dantesque ballet.
Si l'ensemble surprend, nous forçant à redéfinir ce à quoi nous sommes habitués comme langage en terme de procédés scénique, de conventions théâtrales, en nous laissant pantois (ahuris...) pendant quelques instants, l'expérience s'avère très intéressante et on se prend à se laisser complètement absorber par ces surnaturelles péripéties explorant le côté sombre de l'humanité. L'expérience vaut le détour.
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Avec et de Mathieu Chouinard (dir. artistique), Haruna Kondo (assistance), Edwige Bage, Dan Watson, Johan Westergren
Éclairages et régie de Vicki Grenier
Costumes et scénographie de Maude Ledoux et Marie-Ève Parent
Une production d’Ahuri Théâtre
Théâtre Mainline, 3997 Boul. St. Laurent
L'histoire donc est issue la nouvelle « Yabu no naka " de Ryunosuke Akutagawa, qui servit elle-même de trame au film Rashomon de Akira Kurosawa. Le Japon médiéval, donc. Voici le résumé officiel, trouvé sur le site de la troupe :
"Un meurtre crapuleux précédé d'un viol a eu lieu sur la route de Yamashima. Sept personnages, témoins de l'évènement de façon directe ou indirecte, racontent leur version des faits, tel qu'ils les ont vécus. Les sept versions sont non seulement différentes, mais souvent contradictoires. Qui dit la vérité ? Entre la version d'un bûcheron, d'un moine bouddhiste, d'un policier, d'une vieille dame, du voleur accusé du meurtre, de la femme violée et même celle du mort, racontée par l'entremise d'un médium, qui croire? "
Quatre langues, cinq comédiens issus de diverses cultures : la Montréalaise Edwige Bage, qui après des études en théâtre et littérature à l'UdeM et une implication au niveau du conte, a complété des études à l’École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq; la française Anne Bardot qui après des études à l'École Charles Dullin et l'Ecole du Studio d'Asnières a participé à diverses productions (Tchékhov, Dostoïevski, Shakespeare, Ionesco...) avant de terminer une formation également à Lecoq et en danse traditionnelle japonaise et tate do; du Nouveau-Brunswick, Mathieu Chouinard qui après un bac. en art dramatique de l'Université de Moncton termine également en 2005 des études à Lecoq, et après quelques tournées internationales, il achève présentement une maîtrise à l'École Supérieure de Théâtre de l'UQAM. Du Japon, Haruna Kondo, comédienne depuis l'enfance, récipiendaire de divers prix et honneurs, d'abord diplômée en psychologie axée sur les effets thérapeutiques du jeu masqué, puis une maitrise en performance au Royal Holloway de l' University of London axé sur la combinaison du théâtre No et occidental, elle complète également la formation Lecoq pour terminer avec le nihon buyo le chant; finalement, formés également à l'école Lecoq, l'Ontarien Dan Watson et le suédois Johan Westergren, déjà impliqués antérieurement dans de nombreuses productions et tournées.
Un mélange tout à fait inhabituel, une facture théâtrale surprenante et unique, un conte très sanglant, quasi shakespearien, un univers semblant rassembler; le nihon buyô, la danse classique japonaise, partie intégrante du répertoire Kabuki et qui, comme le théâtre Élisabéthain, est interprété exclusivement par des hommes; le tate-do, une forme d'art martial avec sabre; l'école Lecoq, dont l'approche est essentiellement axée sur le mouvement.
Le résultat? Une combinaison de tout ce qui est précédemment décrit, en plus du théâtre d'ombres. Le récit est illustré essentiellement par l'expression, le corps en mouvement, et le texte et la voix disent plus par le ton que par les mots, comme une poésie de la musicalité de la parole pour exprimer l'émotion en tant qu'élément du mime. Le tout sous une facture rappelant l'expressionnisme allemand, avec ce côté halluciné, anguleux, en dents-de-scie, paroxystique, ces éclairages et ombres contrastés, ces visages illuminés en contre-plongée, cette déréalisation. Par exemple, dans une scène illustrant un personnages perdu dans une forêts symbolique, sous des éclairages et des cris hallucinés, le caractère tente de s'enfuir dans une course anguleuse, désespérée et hystérique, avec de multiples voix susurrantes sur un ton infernal, démoniaque, avec un jeu d'ombre représentant l'esprit du samouraï et les cubes déplacés constamment de façon à obstruer la fuite, un dantesque ballet.
Si l'ensemble surprend, nous forçant à redéfinir ce à quoi nous sommes habitués comme langage en terme de procédés scénique, de conventions théâtrales, en nous laissant pantois (ahuris...) pendant quelques instants, l'expérience s'avère très intéressante et on se prend à se laisser complètement absorber par ces surnaturelles péripéties explorant le côté sombre de l'humanité. L'expérience vaut le détour.
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Avec et de Mathieu Chouinard (dir. artistique), Haruna Kondo (assistance), Edwige Bage, Dan Watson, Johan Westergren
Éclairages et régie de Vicki Grenier
Costumes et scénographie de Maude Ledoux et Marie-Ève Parent
Une production d’Ahuri Théâtre
Théâtre Mainline, 3997 Boul. St. Laurent