dimanche 10 juin 2007

Théâtre - Fringe - Simon a toujours aimé danser - Abat-Jour Théâtre

Par Yves Rousseau
Un récit, celui d'un touchant parcours existentiel avec ce texte de Simon Boulerice, un jeune finissant du programme théâtral du Collège Lionel-Groulx, déjà membre du CEAD, vu récemment dans le brillant « Grand Théâtre du Monde » mis en scène par Alice Ronfard.

Un être sensible, artistique, membre du choeur de son village, ayant une admiration sans bornes pour Whitney Houston et Jean-Sébastien Bach. Un univers où on trouve, juxtaposés, les mondes musicaux de ces deux derniers, sur fond judéo-chrétien (iconoclaste et d'une ironie candide) avec la crucifixion comme métaphore d'un formatage de vie imposé à un être différent, avec les étapes de vie comme stations : tenter d'être un joueur de hockey alors que la danse et le chant nous appellent, entre autres. Muer à douze ans directement sur la scène de l'église locale pendant une importante chanson, perdre un beau timbre vocal pour en acquérir un nasillard, traumatisme et chemin de croix, deuil, et voilà, on passe à la danse. On ne cherche plus autant sa voix que sa voie, sa place, une façon de vivre sa différence, sa particularité dans un environnement pas évident...

Un texte très humain, rafraichissant, authentique, porté avec naturel par SB qui possède une belle diction et un ton très évocateur, bellement mis en scène, avec utilisation de vidéo, trame sonore musicale, et de belles propositions métaphoriques, des images intéressantes, comme ces dessins faits à la craie sur le sol venant illustrer avec symbolisme les phases de vie. Si on s'égare parfois dans des portions un peu trop longuettes exposant la fascination pour W Houston avec ces scènes de lip-sync (certes importantes, mais simplement trop massivement présentes) qu'on imagine plus facilement dans un cabaret du village, dès qu'on se recentre sur le propos principal, l'objet théâtral fascine et retient l'attention par son originalité et son traitement.

En parlant de crucifixion, de traversée du désert, j'ai assisté, lors de ce soir de première, à un des plus grands moments de stoïcisme, de bravoure théâtrale qu'il m'a été donné de voir. Les sept plaies d'Égypte scéniques se sont acharnées sur SB, comme une punition divine. Un public composé de collègues comédiens, contenant une hilarité cynique, assistant au tout mi goguenards mi dépités et incrédules, avec l'oeil chirurgical de celui à qui rien n'échappe. Un théâtre dans lequel il devait bien faire 32 Celsius. Un technicien de régie (imposé par le festival?) marchant bruyamment, avec la discrétion de Dumbo l'éléphant, s'enfargeant partout, renversant accessoires et mobiliers de régie, « beding badang », brassant le change dans les poches, et recevant même des appels sur cellulaire avec la sonnerie activée. Une console d'éclairage entamant une longue agonie pendant laquelle les équipements, comme s’ils étaient possédés du démon, se sont mis à clignoter sporadiquement, éblouissant ici le comédien, le laissant dans l'obscurité là, s'ouvrant et se fermant de façon désordonnée et aléatoire avec les techniciens en panique courant partout en coulisse, parlant presque à voix haute, et dont les efforts pour remédier ne faisant qu'amplifier les effets du détraquement des équipements agonisants. Un microphone ne marchant pas pour la scène de chant. Puis, bruit de disjoncteurs très audible, odeur de brulé, la console saute, le spectacle se termine avec les lumières de salle, avec un pauvre metteur en scène complètement découragé s'étant réfugié dans le lobby. Et pourtant, SB a réussi à tirer son épingle du jeu et à demeurer dans sa routine! Un spectacle qui vaut donc, surtout avec ces problèmes inévitablement réglés pour les spectacles prochains, le détour. Un work-in-progress à surveiller.

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Création théâtrale et dansée de Simon Boulerice, production Abat-Jour Théâtre
Mise en scène de Daniel Paquette
Dramaturge — Sarah Berthiaume

Au théâtre Mainline, 3997 St-Laurent
Publié par YR à l'adresse 13:21