Par Yves Rousseau
Vous entrez dans la salle du EcoHosting Stage, une longue salle au plafond bas rappelant un studio de danse, et dans lequel une portion isolée par des draperies est aménagée style boite noire, avec estrades sur plusieurs côtés. Sur scène, quelques tabourets et un gros pouf. Dans la salle de bain avoisinante, un homme prend une douche en chantant, et ce fort mal: surgissant détrempé et vêtu d'un pagne et de souliers à talons-hauts, parfois d'une camisole de dentelle, vaguement efféminé, voici notre hôte, un bonimenteur et maitre de cérémonie se nommant «_Godemiché ». Un jeu de la vérité cherchant à cerner, explorer, tracer le fondamental de l'âme féminine nous est présenté: des thématiques seront énoncées, puis explorées et illustrées par quatre jeunes demoiselles obéissantes aux ordres de «_Godemiché », majorettes paradant pour la gloire de ce que le programme nous rapporte être « un collectif féministe qui dénonce la passivité de sa génération en s'inscrivant dans l'action ». Des tableaux, donc.
Un défilé de thèmes, avec une occupation de l'espace, un mode de déplacement à mi-chemin entre le défilé de mode et la drille militaire, le tout étant ponctué de sessions de jeux : positions amoureuses, relations par en arrière et par en avant et par tous les_orifices,séance_d'orgasmes_de divers styles, coiffures_pubiennes et mode, syndrome_prémenstruel,pseudo-striptease, toilette_intime et lutte contre la pilosité, et même exhibitionnisme_dans ce dévoilement de leurs poitrines, acte pour lequel on nous met en position de_voyeur face à ces corps réduits à l'état d'objet : nous étions « censés » garder les yeux fermés...
Quoique qu’assez intéressant et pertinent dans l'ensemble, le tout n'est pas vraiment bien méchant ni très osé, car on navigue dans un domaine de suggestions et non de représentations : de voir une comédienne simuler, tout habillée, une relation_sexuelle acrobatique abracadabrante en évoquant d'embarrassants problèmes de flatulences (en reproduisant les sons) et un subséquent dégât fécal lors d'un doigté_rectal requis par un partenaire, ou une minette chanter un air sexy avec un_vibrateur eu guise de microphone-phallus, et toute une suite d'éléments dans le même ton, rien de vraiment choquant dans tout cela en 2007, surtout pour qui fréquente régulièrement les théâtres...
Et où ça nous mène tout ça? Au deuxième niveau du texte, qui avec cette approche paroxystique, cynique, aborde les thèmes de l'exploitation commerciale de la_sexualité et de l'image de la femme, de l'effet de la_pornographie et des fictions médiatiques sur les couples et leurs pratiques_sexuelles, leurs fantasmagories et sur le comment cela se transpose dans la vie féminine, bref je pense que vous saisissez un peu l'ironie de l'ensemble qui reste malgré tout relativement puéril. Même si je comprends le procédé satirique, on peut également se questionner sur la valeur dramatique d'une scène de quasi- majorettes nunuches du dérisoire se foutant presque à_poil sur ordre d'un mec, ça me parait assez gratuit et d'une concordance douteuse avec un propos se voulant axé sur le féminisme. Même si certains éléments abordés sont pertinents, on quitte rarement l'anecdote, le cliché.
C'est divertissant, iconoclaste, mais l'élément principal ayant retenu mon attention est le jeu de ces jeunes comédiennes, certaines ayant terminé, à ce qu'elles me rapportaient, leur deuxième année de formation dans une école de théâtre (EST et CADM). Dans l'ensemble, vraiment bien, ton, expression, diction, langage corporel, déjà à ce stade bien correct, très prometteur.
________________________________________________________________________________
Pénétarium, par le Théâtre Acharnée
Mise en scène — non créditée
Son et éclairage de Camille Tougas et Sonia Montagne
avec Mathilde Addy-Laird, Sabrina Casault, Myriam Fournier, Audrée Southière, Cédric Patterson
EcoHosting Stage, 4119 St Laurent