Par Yves Rousseau
Vous souvenez-vous de cette horrible histoire de meurtre sordide entre adolescents, et surtout adolescentes, oui, ce meurtre de Reena Virk qui avait été perpétré par un groupe de ses pairs en 1997 à Saanich en Colombie-Britannique? Bien sûr que oui, beaucoup d'évènements passent et sont oubliés, mais pas celui là. Marquant. Quatorze ans. Une vie sacrifiée sur l'autel de la violence ordinaire, du « bullying », de la jeunesse qui dérape dans la spirale de l'horreur, de la violence.
Comment dire, comment nommer l'innommable, ce qu'on ne veut pas voir, ce qu'on préfère ignorer? L'auteur Joan Macload trouve les mots pour aborder ce sujet encore relativement tabou de la violence féminine, dans une brillante traduction de Olivier Choinière. Mis dans la bouche d'une jeune fille ayant passivement participé au crime. Par sa voix, ses oreilles et ses yeux, voilà la genèse de la croissance de la haine, comme une chronique d'une mort annoncée, jusqu'au « trop tard ».
Un récit donc, comme une dantesque et captivante chute vers l'enfer. Une scénographie (Michele Laliberté) représentant un quai rustique, donnant sur cette eau où le corps a été retrouvé. Peu d'espace pour évoluer, deux mètres carrés. Pas de fuite possible, au front tout le long. Visage, expression, posture, gestuelle, non-dit. Tout repose sur les épaules de Sophie Cadieux, qui donne vie avec une incroyable justesse à cette jeune fille, son incroyable secret, sa complète solitude. Un voyage vers un passage précoce à l'âge adulte, vers la conscience et la responsabilité. Profondément habité, le regard parfois chargé de cette noirceur, exploration de zones troubles et troublantes. Avec la force, la pudeur, mais aussi la vulnérabilité et toute la douleur contenue nécessaire. En équilibre sur le fil tout le long. La moindre rupture, le moindre fléchissement, et c'est à l'eau. Et ça tient, solide. Certainement une des plus grandes performances de jeu à laquelle il m'a été donné d'assister dans ma vie.
Les écoles de théâtre ont beau enseigner diverses techniques de gestion d'émotion, je ne vois pas comment humainement on peut s'investir autant dans un tel texte sans payer de sa personne. Sans doute très exigeant, très taxant pour l'interprète.
Une brillante mise en scène de Sylvain Bélanger, ou chaque mouvement, chaque expression, dans cet espace réduit, prennent une proportion amplifiée, d'où l'importance du dosage, subtil et fin. Un principe parfaitement assimilé et rendu par les éclairages (Martin Gagné) et la trame sonore (Larsen Lupin).
Il ne reste que quelques représentations...
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De : Joan MacLeod
Traduction : Olivier Choinière
Mise en scène : Sylvain Bélanger
Assistance à la mise en scène : Karine Lapierre
Scénographie et costumes : Michèle Laliberté
Éclairages : Martin Gagné
Musique originale : Larsen Lupin
Maquillages : Suzanne Trépanier
Avec : Sophie Cadieux
Une production du Théâtre du Grand Jour en codiffusion avec le Théâtre de La Manufacture
Du 29 mai au 16 juin 2007 au Théâtre de La Licorne
Supplémentaires : Le samedi 16 juin à 15 h