Par Yves Rousseau
Vingt-deux heures, au cabaret « La Risée » sur Bélanger. La salle est remplie très majoritairement d'artisans du milieu. Soudain, Serge Mandeville monte sur scène pour ironiquement présenter le spectacle, une suite de courtes pièces américaines, soulignant le côté quasi spontané de l'ensemble en faisant rire la salle avec quelque chose comme « on est correct, on l'a déjà fait une fois... puis de toute façon, l'avantage de la formule, c'est que si le numéro est plate, c'est juste dix minutes... ». La scène est totalement dépouillée, et entre chaque numéro on vient récupérer quelques tables et chaises à même la salle pour la scéno. Bien voilà, la table est mise.
En première partie, une pièce de la féministe, journaliste et auteur Linda Eisenstein intitulée « Un bruissement d'ailes » (Rustle of Wings), mise en scène et traduction de Serge Mandeville: une jeune femme (Caroline Bouchard) raconte à ses amis qu'on présume gais (Geneviève Cocke et Chrisitan Baril) sa rencontre avec une jeune femme ailée (Caroline Tanguay) dans un bar de lesbiennes. L'ensemble est interprété avec sensibilité selon le plus grand réalisme, un contre-effet intéressant rajoutant au côté onirique, surréel, cette sublimation dans un symbolisme en sous-entendus. Bien découpé, bien rythmé, bonne règle d'alternance dans cette suite de flash-back illustrant ce que raconte la jeune femme.
L'offre, un texte de Éric Bogosian, un auteur et monologuiste réputé pour ses comédies noires à l'analyse sociale grinçante. Stéfan Perreault, excellent, s'en donne à coeur joie dans ce rôle d'un Satan empruntant à la dialectique d'un vendeur de chars usagés, un motivateur cynique soulevant le ridicule de certaines demandes humaines, style "je veux coucher avec ma secrétaire". Mais pourquoi se limiter quand "Sky is the limit " ? Un american dream de la perversion illimité, du marchandage d'âmes en forme de publireportage. Une mise en scène et traduction de David Laurin.
Puis, un texte du Canadien Jason Sherman, un auteur ayant déjà été adapté en français, à La Licorne et au CNA, entre autres. Sa courte pièce « Les règles de l'union », bellement jouée par Guillaume Tellier et Geneviève Cocke. Mis en scène par Renaud Paradis, traduction de David Laurin.
Puis, avant l'entracte (il me semble), de Garth Wingfield, Daniel un jeudi (Daniel on A Thursday), une rocambolesque histoire de drague dans un bar pour homme gai, avec ces personnifications hallucinantes, cet imposteur mythomane voguant de prétentions en mensonges, de mensonges en faux (Mahtieu Quesnel) s'acharnant sur ce pauvre quidam complètement ahuri et dépassé, joué par François-Simon T. Poirier . Le texte est ici, vers la fin du document en format pdf. Truculent chassés-croisés au rythme enlevant. Une mise en scène et traduction de David Laurin.
De Rich Orloff, un brillant texte illustrant, non sans ironie et sarcasme, divers procédés de constructions dramatiques, « Playwritting 101: The rooftop lesson », traduit en « Dramaturgie 101 ». Muni d'une télécommande, un dramaturge déjanté (S Perrault) passe en revue une scène de suicide (C Baril, F Paquet): en fait plutôt les "do's and don't's" de l'art de la (dé) construction dramatique avec rembobinages (les acteurs rejouent la scène à l'envers et en accéléré) et avec des "replay" introduisant chaque fois une nouvelle variation, jusqu'à ce que les caractères se révoltent et sortent de la tivi, dans une comique guerre de télécommande ou chacun s'invective à coup de "espèce de cliché", "caractère surfait", "vulgaire stéréotypes", devant une salle croulant de rires. Brillamment chorégraphie, coulante, juteuse, mise en scène et traduction de Serge Mandeville.
Degas, c'est moi, de David Ives, ou le délire déjanté d'un mythomane (Serge Mandeville, particulièrement allumé) se prenant pour Degas, un quidam sans envergure qui nous entraine dans son quotidien banal sous le couvert de son délire grandiose et illuminé, halluciné et exalté, avec une autre comédienne dans une suite de rôles utilitaires (épouse, caissière, bibliothécaire...). Première mise en scène pour Olivier Morin (Macbett, Du vent entre les dents, impro...) avec ce numéro et le suivant. Les solos de Mandeville sont très brillants et nous font passer par-dessus certains détails d'enchainements, et parfois de ton et d'expression des caractères secondaires.
Pour terminer, Fausse Balle, de Craig Wright, où l'histoire d'un pauvre diable qui, quoi qu'il tente, finit toujours par recevoir une, et même plusieurs balles en pleine gueule dès qu'il se pointe à un match de baseball. Les scènes de match, avec une Caroline Lavigne complètement enflammée dans ce rôle de supporter gérante d'estrade tonitruante et Renaud Lacelle-Bourdon dans ce comique du malchanceux pathétique, sont d'un loufoque impayable. La trame sonore, non créditée, avec ce commentateur kétaine et bilingue assez typique, est également à souligner. Vraiment bien.
Après la pièce, un comédien m'expliquait la difficulté ressentie à cause du peu de temps de préparation. Si je peux me permettre un petit commentaire, si ça c'est le résultat du peu préparé, je veux absolument voir la suite. Dans un climat convivial, à la bonne franquette, des performances tout à fait honorables, et même excellentes et de bonnes traductions. On passe une vraiment bonne soirée, et atteindre ce résultat dans ces conditions n'est sans doute pas étranger au statut de l'ensemble des intervenants. Il suffit d'examiner la distribution pour se rendre compte de son incroyable richesse, un ensemble convaiquants de noms de la relève, une collection de talents issus de bonnes écoles de théâtre, et qu'on retrouve parmi les productions les plus marquantes de la saison. Du solide. Et un concept axé sur les courtes pièces censé être repris, espérons. À suivre !
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En première partie, une pièce de la féministe, journaliste et auteur Linda Eisenstein intitulée « Un bruissement d'ailes » (Rustle of Wings), mise en scène et traduction de Serge Mandeville: une jeune femme (Caroline Bouchard) raconte à ses amis qu'on présume gais (Geneviève Cocke et Chrisitan Baril) sa rencontre avec une jeune femme ailée (Caroline Tanguay) dans un bar de lesbiennes. L'ensemble est interprété avec sensibilité selon le plus grand réalisme, un contre-effet intéressant rajoutant au côté onirique, surréel, cette sublimation dans un symbolisme en sous-entendus. Bien découpé, bien rythmé, bonne règle d'alternance dans cette suite de flash-back illustrant ce que raconte la jeune femme.
L'offre, un texte de Éric Bogosian, un auteur et monologuiste réputé pour ses comédies noires à l'analyse sociale grinçante. Stéfan Perreault, excellent, s'en donne à coeur joie dans ce rôle d'un Satan empruntant à la dialectique d'un vendeur de chars usagés, un motivateur cynique soulevant le ridicule de certaines demandes humaines, style "je veux coucher avec ma secrétaire". Mais pourquoi se limiter quand "Sky is the limit " ? Un american dream de la perversion illimité, du marchandage d'âmes en forme de publireportage. Une mise en scène et traduction de David Laurin.
Puis, un texte du Canadien Jason Sherman, un auteur ayant déjà été adapté en français, à La Licorne et au CNA, entre autres. Sa courte pièce « Les règles de l'union », bellement jouée par Guillaume Tellier et Geneviève Cocke. Mis en scène par Renaud Paradis, traduction de David Laurin.
Puis, avant l'entracte (il me semble), de Garth Wingfield, Daniel un jeudi (Daniel on A Thursday), une rocambolesque histoire de drague dans un bar pour homme gai, avec ces personnifications hallucinantes, cet imposteur mythomane voguant de prétentions en mensonges, de mensonges en faux (Mahtieu Quesnel) s'acharnant sur ce pauvre quidam complètement ahuri et dépassé, joué par François-Simon T. Poirier . Le texte est ici, vers la fin du document en format pdf. Truculent chassés-croisés au rythme enlevant. Une mise en scène et traduction de David Laurin.
De Rich Orloff, un brillant texte illustrant, non sans ironie et sarcasme, divers procédés de constructions dramatiques, « Playwritting 101: The rooftop lesson », traduit en « Dramaturgie 101 ». Muni d'une télécommande, un dramaturge déjanté (S Perrault) passe en revue une scène de suicide (C Baril, F Paquet): en fait plutôt les "do's and don't's" de l'art de la (dé) construction dramatique avec rembobinages (les acteurs rejouent la scène à l'envers et en accéléré) et avec des "replay" introduisant chaque fois une nouvelle variation, jusqu'à ce que les caractères se révoltent et sortent de la tivi, dans une comique guerre de télécommande ou chacun s'invective à coup de "espèce de cliché", "caractère surfait", "vulgaire stéréotypes", devant une salle croulant de rires. Brillamment chorégraphie, coulante, juteuse, mise en scène et traduction de Serge Mandeville.
Degas, c'est moi, de David Ives, ou le délire déjanté d'un mythomane (Serge Mandeville, particulièrement allumé) se prenant pour Degas, un quidam sans envergure qui nous entraine dans son quotidien banal sous le couvert de son délire grandiose et illuminé, halluciné et exalté, avec une autre comédienne dans une suite de rôles utilitaires (épouse, caissière, bibliothécaire...). Première mise en scène pour Olivier Morin (Macbett, Du vent entre les dents, impro...) avec ce numéro et le suivant. Les solos de Mandeville sont très brillants et nous font passer par-dessus certains détails d'enchainements, et parfois de ton et d'expression des caractères secondaires.
Pour terminer, Fausse Balle, de Craig Wright, où l'histoire d'un pauvre diable qui, quoi qu'il tente, finit toujours par recevoir une, et même plusieurs balles en pleine gueule dès qu'il se pointe à un match de baseball. Les scènes de match, avec une Caroline Lavigne complètement enflammée dans ce rôle de supporter gérante d'estrade tonitruante et Renaud Lacelle-Bourdon dans ce comique du malchanceux pathétique, sont d'un loufoque impayable. La trame sonore, non créditée, avec ce commentateur kétaine et bilingue assez typique, est également à souligner. Vraiment bien.
Après la pièce, un comédien m'expliquait la difficulté ressentie à cause du peu de temps de préparation. Si je peux me permettre un petit commentaire, si ça c'est le résultat du peu préparé, je veux absolument voir la suite. Dans un climat convivial, à la bonne franquette, des performances tout à fait honorables, et même excellentes et de bonnes traductions. On passe une vraiment bonne soirée, et atteindre ce résultat dans ces conditions n'est sans doute pas étranger au statut de l'ensemble des intervenants. Il suffit d'examiner la distribution pour se rendre compte de son incroyable richesse, un ensemble convaiquants de noms de la relève, une collection de talents issus de bonnes écoles de théâtre, et qu'on retrouve parmi les productions les plus marquantes de la saison. Du solide. Et un concept axé sur les courtes pièces censé être repris, espérons. À suivre !
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Théâtre tout court, une production de Absolu Théâtre
Espace La risée, 3 juin 2007
Mises en scène de : Serge Mandeville, David Laurin, Renaud Paradis, Olivier Morin
Scénographie et costumes, éclairages et son non crédités
avec
Chrisitan Baril, Caroline Bouchard, E. Brochu, Geneviève Cocke, Mathieu Quesnel, Renaud Lacelle-Bourdon, Caroline Lavigne, Serge Mandeville, Frédéric Paquet, Stéfan Perreault, François-Simon T. Poirier, Caroline Tanguay, Guillaume Tellier.
Scénographie et costumes, éclairages et son non crédités
avec
Chrisitan Baril, Caroline Bouchard, E. Brochu, Geneviève Cocke, Mathieu Quesnel, Renaud Lacelle-Bourdon, Caroline Lavigne, Serge Mandeville, Frédéric Paquet, Stéfan Perreault, François-Simon T. Poirier, Caroline Tanguay, Guillaume Tellier.