samedi 2 juin 2007

OFFTA (théâtre) - I Have A Dream - Collectif Pilouk

Par Yves Rousseau

Première édition du Festival TransAmériques et conséquemment, première édition du OFFTA, qui comprend l'oeuvre qui suit, un bon petit show très agréable, et avec des couilles en plus...


Ainsi donc, une création quasi instantanée (l'oeuvre, aux dires des créateurs est née il y environ... deux semaines) portant sur le discours politique. En entrant dans la salle Jean-Claude Germain du théâtre d'Aujourd'hui: un public presque exclusivement composé de gens du milieu théâtral. Puis côté jardin, mini régie sur table, au centre Jacques Laroche sur un tabouret; puis un peu plus en arrière scène, Louis Cyr qui bidouillait la projection ( je pense) d'une définition assez rudimentaire sur ce petit écran central; puis finalement côté cour DJ Antoine Laprise créait des atmosphères assez « seventies » : "The Revolution Will Not Be Televised" du poète Gil Scott-Heron (écoutez ici), utilisée, semble résumer. Yeah ! Pour vous situer, Laprise et Laroche étaient impliqués il y a peu dans des oeuvres tel que « L'autre monde » à L'Espace libre, ou encore « Discours de la méthode ». Voilà, la table est mise.


L'ensemble se révèle un assemblage kaléidoscopique, impressionniste, de discours, flash politique, avec commentaires « live » et projections thématiques, de moments marquants, étonnamment articulés, sur fond trash, un peu industriel, funky. Des discours de dictateurs, Staline, Hitler et compagnie, aux grands discours humanistes « I have a dream » de Martin-Luther King et compagnie. Le tiers final se penche particulièrement sur la question nationale, de Chartrand à de Gaule (vive le Québec... libreeee) en passant par Bourassa, et les commentaires lus nous plongent au coeur des paradoxes, tergiversations collectives, et s'avère être globalement un pertinent questionnement sur l'identité, la liberté, et les diverses dérives et errances, parfois funestes, y menant. Certaines portions de discours, cités hors contexte et en identifiant leurs auteurs seulement après, semblent parfaitement actuels, mais sont pourtant parfois issus d'indésirables notoires, ô pièges et errances. Qui peut donc se prétendre à l'épreuve de ces dérives collectives?

Nous voici tous réunis, pendant un peu plus d'une heure d'exaltation, avec nos T-shirts Che Guevara et nos bandanas imaginaires, pour la révolution à dix piastres (le prix du billet), jusqu'à ce que le « meter » arrive à zéro, nous recrachant hors de la salle selon l'invitation éructée « y'a dlà bière en bas ». Dans le hall, cinq secondes parmi l'ensemble des artistes, je me prends à penser toutes ces belles petites productions bien propres et subventionnés, avec de beaux petits effets multimédias « cutes », du cocooning théâtral, de la lobotomie scénographique, de la surcharge d'une proposition, du décoratif à la vacuité abyssale, la création sur le prozaq, mais tellement concept (hum) et qui semblent lentement envahir l'univers scénique. Évitant l'ignorance ostensible habituellement dévolue au nobody issu de la plèbe pris au milieu de ce genre de réunion, je m'esquive en vitesse. Experience makes perfect, la masse critique de public n'est pas suffisante pour altérer la dynamique. De retour à notre beau confort de l'indifférence, boulevards St-Denis, les bobos défilent sur le trottoir, la révolution est terminée. Snif! Mais maudit que ça fait du bien quand même, surtout dans notre belle époque apolitique et aseptisée. Hum, un concept qui mérite d'être repris, mais en formule plus poussée, téteux-proof et encore plus déjantée, et cabaret donc avec de la bière PENDANT le spectacle et du vrai public...

Ouais, décidément The Revolution Will Not Be Televised...
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I Have A Dream, par le Collectif Pilouk
Une création de et avec Claude Laroche, Antoine Laprise et Louis Cyr

Salle Jean-Claude Germain du théâtre d'Aujourd'hui