Par Yves Rousseau
Sur scène, trônant, central et monolithique, un mur-écran blanc rectangulaire d'environ quatre mètres par sept (pensez à « 2001 l'odyssée de l'espace ») surplombe une aire de jeu de même couleur, bien découpée dans l'ensemble noir du plancher. À leurs tables, côté jardin les artisans de la régie, et côté cour le musicien, tous bien visibles.
Le regard fasciné d'un homme sur la femme et l'amour : "j'aimerais comprendre la femme, mais je sais que je n'y arriverais pas. Tout au plus, je sais que je l'aime, pour toujours "..."c'est pourquoi j'irai toujours mourir pour une femme, comme l'insecte brûle ses ailes sur la lumière", d'écrire l'auteur dans le programme. Pourrais-je me permettre d'ajouter (même si ça fait un peu cliché...) « comme une impossible quête, Icare et le soleil »...
À vif, à l'âme, aux tripes, à l'émotion. S'enfermer six jours dans une chambre d'hôtel française, puis s'interroger sur la femme, par le biais de ces photographies d'elles : magnifiques, elles captent l'essence d'un moment d'être, une parcelle d'humanité unique. Certaines prises lors d'une soirée-bénéfice, d'autres captées « live » par ce photographe de plateau en pleine action pendant la pièce : induction, projection, création. Voyage au coeur de la blessure, de la douleur, de l'espoir; de la beauté, de la tendresse, de l'abandon, de la vulnérabilité. Amour, pulsion de mort, de vie, de mort, puis... Dix ans, puis vingt, et trente, moments d'intimité, avec elles. Auto fiction, vraie, fausse, réalisme, onirisme existentiel et amoureux? Qui sait, mais toujours sur la corde raide, la mise en abime, l'abandon total face au propos, face à la femme...
Chassez le naturel et il revient au galop : Martin Vaillancourt, un comédien en général vu dans des rôles impliquant l'expression corporelle, se retrouve avec un rôle narratif limitant les mouvements à quelques déplacements et orientations spatiales. Il rend pourtant le très beau texte (rappelant la sensibilité particulière d’E de la Chenelière) avec pudeur dans un détachement qui parle de cet univers intérieur autant par ses silences, sa façon d'occuper l'espace, ses hésitations, ses petites résistances troublées, ses dérobades que par ses intonations et expressions contenues, mais riches d'intériorité suggérée et flots émotifs sous-entendus. Parfois ne pas tout dire, ne pas tout montrer dit plus et montre plus. Le riche langage corporel de Vaillancourt a fini par trouver son chemin. Mariane Lamarre m'a tout simplement fait complètement fondre dans la personnification métaphorique de ces femmes, sans un mot, par la simple richesse et délicatesse incroyable de son jeu et la sensibilité de son expression. L'éclairage caressant la poésie de l'ensemble comme une belle et chaude brise d'été sur la joue et la musique, transique, subtile et recherchée, se marient au tout, un ensemble intense et unique. Un genre de performance qui demande probablement d'être hautement focusé, « tune », dès que l'interprète cesse de marcher en équilibre sur ce fil, on le sent, même pour une seconde. D'une tranquillité intense, qui se dépêche avec lenteur. Jusqu'à cette splendide catharsis, qui débouche vers un éclat de vie...
On en vient à oublier certaines (petites) longueurs, imperfections, noyées par l'authenticité candide et troublante de l'ensemble. Finalement, on s'en fou. C'est pas de la perfection qu'on veut au théâtre, c'est de la matière! Quand une pièce est porteuse d'une telle intensité (lire authenticité), ça transcende. On passe un bon moment.
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200 Épreuves, une création de la Cie Mâle|Femelle
Produit par Omnibus le corps du théâtre
du 8 au 19 mai, théâtre Espace Libre
Texte et mise en scène de Christian Leblanc
Scénographie, costumes de Stéban Sanfaçon
Éclairage de Thomas Godefroid
Régie de Réal Dorval et Mathieu Leblanc
Photographies de Christian Perreault
Production dirigée par Lyne Thériault
Photographe de plateau - Robert Etcheverry