dimanche 6 mai 2007

Coin Saint-Laurent, ou les cinq doigts de la main - Production du Théâtre Urbi et Orbi

Par Yves Rousseau

Certes, on sent une grande tendresse envers la ville, la main, explorée ici du Red-Light à la RdP. On reconnait avec émotion, comme dans une chanson de beau dommage, des morceaux de notre identité. Des petits morceaux de comédie de situation, de (pseudo) burlesque, un petit peu de Tchekov dans cette façon d'aborder, de poser un regard avec nostalgie sur des transitions d'époque, de monde : du St-Laurent des immigrants, pittoresque et vrai; année soixante, la mère italienne et ses poulets vivants, ses ingrédients frais achetés seulement à des marchands de confiance, et sa fille en quête d'intégration, qui ne rêve que de St-Hubert, de poulet industriel acheté chez « Dominion ». Puis glissement, nous sommes maintenant, avec ces lieux du faux, de la branchouille cucul-concept de l'heure, cet envahissement des m'as-tu-vu et poseurs de tout acabit, avec cette animatrice de télé hystérique s'engueulant avec son conjoint entre deux présentations d'un événement mondain, une « veudette» s'apprêtant à arriver dans un établissement « in ». On recroise la fille de la maman aux poulets, 40 ans plus tard, réalisant que sa mère, maintenant décédée, n'avait peut être pas tout faux, et ce vieil épicier italien ( le vendeur de poulet) qu'elle a croisé sur la main et avec qui elle discute, et cette phrase « ouin, ça a changé, c'est plus une place pour du monde comme nous autres, maintenant... ». Puis le futur, avec ce conseiller municipal s'apprêtant à inaugurer le coin St-Catherine nouveau, bâtisses douteuses rasées, épuré et "walmartisé" de beaux centres d'achats...

Là où le bât blesse, c'est peut-être dans ce choix de traitement, ce ton très (trop?) « théâtre d'été », et pas, il me semble, le plus subtil. Nagerait-on dans l'hyper réalisme, des codes de jeux, d'expressions prédigérées à l'extrême, de la facilité, du télégraphié, souligné à gros traits et surligné en jaune fluo? À quelques modifications de rythme et re-calibrages de séquences près, c'est, il me semble, de la télé : une télé-novelas d'après-midi : Des gags éculés, assemblage de clichés de jeu, manichéisme primaire, du mauvais (parce qu'il y en a du bon) pseudoburlesque grotesque.

Si les productions de (ou pièces présentées à) la Licorne ont en général le don d'êtres des objets théâtraux recherchés, se renouvelant par des propositions qui, tout en étant audacieuses, restent étonnamment accessibles, un bon équilibre entre l'aspect « bon show populaire» et l'aspect « objet théâtral dans l'absolu », ici on bascule, à mon sens, du côté du « show » racoleur, avec un texte qui attrape rapidement ses limites et me semble devenir une grosse tarte à la crème littéraire; certes, ça plait, le public en redemande et se tape sur les cuisses. Les acteurs sont impeccables, exécutant à la perfection ce qu'on leur a commandé, mais on devine tout un potentiel de profondeur inexploité.

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Texte : François Archambault, Élizabeth Bourget, Fanny Britt, Jean Marc Dalpé et François Létourneau
Mise en scène : Philippe Lambert
Avec : Émilie Bibeau,Luc Senay, Jean-François Nadeau et Monique Spaziani
Assistance à la mise en scène : Annick Asselin
Scénographie : Magalie Amyot
Éclairage : Étienne Boucher Costumes : Sarah Balleux
Environnement Sonore : Nicolas Rollin

Du 1er au 26 mai 2007 (reprise)
La Licorne - Production du Théâtre Urbi et Orbi