Autopsie d'un microcosme ridicule, petite bourgeoisie provinciale infatuée, poseurs grandiloquents et grotesques. Tous cherchent, mais comme personne ne donne, nul ne trouve. Chacun parle, tout en étant à peine entendu, dans une verbosité onanistique, captifs d'une apparence d'être boursoufflée et grandiloquente de vacuité : chassés-croisés perpétuels du vide, danse sur musique de l'évitement, valse pathétique des boiteux de l'être.
Dans une grotesque exposition de province se voulant (très) sérieuse, parrainée par ces « Amis de l'Art », un évènement de second ordre qu'on se prétend pourtant être capital. Puis ce ballet social de petits notables, petits au sens figuré, ensemble incongru de caractères fats de ringards prétentieux à la démarche maniérée et pompeuse, dans un pseudoraffinement snobinard et surfait n'étant pas sans rappeler l'univers surréel de Fellini, tant au niveau des compositions que des costumes ( magnifiques ceux-là, un travail recherché de Dominique Turcotte). Où l'appréciation des oeuvres d'art semble plus découler du désir d'afficher son moi et son statut extraordinaire d'amateur éclairé et éclectique et son appartenance à un certain monde, que d'une véritable compréhension sentie et habitée de l'oeuvre.
Dans une habile scénographie anguleuse au gris funéraire semblant inspirée du cinéma expressionniste allemand, un brillant travail de Julie Emery assistée de Marzia Pellisier (qui m'ont effectivement confirmé l'influence), voici une galerie d'art dite réaliste, mais qu'on suppose en réalité abstraite, elle-même d'une facture abstraite de fractures, avec ces cadres vides suspendus dans ces angularitées, cadres dont le contenu artistique sera rempli par des poses fixes et grimaçantes à la grand guignol des comédiens, qui nous renseignent bien ainsi sur la « valeur » des « oeuvres ». Avec cet arrière-plan dantesque, tout en hauteur, sur lequel un personnage mythique juché sur une galerie ponctue le récit d'airs de violon, une musique tout autant anguleuse et grise que le décor. Violon symbolique, qui compose les bornes de cet univers, suspendu au dessus de ce monde, qu'on décroche pour cette valse cynique et qui raccroché sera à la conclusion.
Une direction du jeu et mise en scène, comme je le disais, qui évoque Fellini dans la construction des personnages et leurs interactions épicées de ce sublime grotesque; la comédie à l'italienne dans le ton, mais en plus contenue, dans cette façon de délicieusement enfoncer continuellement le clou de chacun des personnages, qu'on aime et déteste à la fois pour ce qu'on reconnait de l'humanité (et de nous?) en eux; du néoréalisme dans ce côté dissection et étalage cynique et sans compromis d'un univers social, cette analyse lucide; de l'expressionnisme dans certains éléments de jeu, certaines poses et enchainements de mouvements complexes finement chorégraphiés avec ce même côté anguleux et aussi halluciné que le décor. Puis une quasi-adaptation épurée de l'oeuvre, réduite à un peu plus de deux heures, dépouillée de références politiques, géographiques et temporelles et amputée d'un personnage : L'oeuvre touche ainsi à l'universel et tous y reconnaissent un morceau de leur réalité, échappant à ce côté peut-être un peu misanthropique et moralisateur de Strauss avec son regard particulier sur certaines strates de classes aisées du dernier quart du vingtième siècle en Allemagne. On a joué avec les didascalies précises et assez élaborées du texte théâtral de Strauss, sans les trahir.
Soulignons finalement un niveau de justesse très prometteur chez ces jeunes interprètes qui ne sont pourtant qu'en deuxième années. Tous se distinguent, et particulièrement Sébastien Leblanc avec un rôle assez truculent d'anxieux paranoïde tonitruant. Si on atteint déjà ce niveau, vraiment bien dans l'ensemble, j'ai bien hâte de voir la suite.
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Trilogie du revoir, un texte de Botho Strauss
Une production de L'École supérieure de théâtre de l'UQÀM
Mise en scène de Silvy Grenier assistée de Sylvain Ratelle (plus régie)
Scénographie de Julie Emery assistée de Marzia Pellisier
Costumes de Dominique Turcotte assistée de Karine Galarneau
Son — Geneviève Michaud
Éclairage de Camille Tougas
Production — Sonia Montagne
avec Stéphanie Cardi-Dubois, Kim-Yasmin Jean-Louis, Frédérique Lapointe, Sébastien Leblanc, Francis Miller, Marc-Antoine Picard, Cédric Peltier, Ghislain Roberge, Chantal Simard, Andrée Southière, Ansia Wilscam Desjardins
Du 11 au 14 avril 2007
Dans une grotesque exposition de province se voulant (très) sérieuse, parrainée par ces « Amis de l'Art », un évènement de second ordre qu'on se prétend pourtant être capital. Puis ce ballet social de petits notables, petits au sens figuré, ensemble incongru de caractères fats de ringards prétentieux à la démarche maniérée et pompeuse, dans un pseudoraffinement snobinard et surfait n'étant pas sans rappeler l'univers surréel de Fellini, tant au niveau des compositions que des costumes ( magnifiques ceux-là, un travail recherché de Dominique Turcotte). Où l'appréciation des oeuvres d'art semble plus découler du désir d'afficher son moi et son statut extraordinaire d'amateur éclairé et éclectique et son appartenance à un certain monde, que d'une véritable compréhension sentie et habitée de l'oeuvre.
Dans une habile scénographie anguleuse au gris funéraire semblant inspirée du cinéma expressionniste allemand, un brillant travail de Julie Emery assistée de Marzia Pellisier (qui m'ont effectivement confirmé l'influence), voici une galerie d'art dite réaliste, mais qu'on suppose en réalité abstraite, elle-même d'une facture abstraite de fractures, avec ces cadres vides suspendus dans ces angularitées, cadres dont le contenu artistique sera rempli par des poses fixes et grimaçantes à la grand guignol des comédiens, qui nous renseignent bien ainsi sur la « valeur » des « oeuvres ». Avec cet arrière-plan dantesque, tout en hauteur, sur lequel un personnage mythique juché sur une galerie ponctue le récit d'airs de violon, une musique tout autant anguleuse et grise que le décor. Violon symbolique, qui compose les bornes de cet univers, suspendu au dessus de ce monde, qu'on décroche pour cette valse cynique et qui raccroché sera à la conclusion.
Une direction du jeu et mise en scène, comme je le disais, qui évoque Fellini dans la construction des personnages et leurs interactions épicées de ce sublime grotesque; la comédie à l'italienne dans le ton, mais en plus contenue, dans cette façon de délicieusement enfoncer continuellement le clou de chacun des personnages, qu'on aime et déteste à la fois pour ce qu'on reconnait de l'humanité (et de nous?) en eux; du néoréalisme dans ce côté dissection et étalage cynique et sans compromis d'un univers social, cette analyse lucide; de l'expressionnisme dans certains éléments de jeu, certaines poses et enchainements de mouvements complexes finement chorégraphiés avec ce même côté anguleux et aussi halluciné que le décor. Puis une quasi-adaptation épurée de l'oeuvre, réduite à un peu plus de deux heures, dépouillée de références politiques, géographiques et temporelles et amputée d'un personnage : L'oeuvre touche ainsi à l'universel et tous y reconnaissent un morceau de leur réalité, échappant à ce côté peut-être un peu misanthropique et moralisateur de Strauss avec son regard particulier sur certaines strates de classes aisées du dernier quart du vingtième siècle en Allemagne. On a joué avec les didascalies précises et assez élaborées du texte théâtral de Strauss, sans les trahir.
Soulignons finalement un niveau de justesse très prometteur chez ces jeunes interprètes qui ne sont pourtant qu'en deuxième années. Tous se distinguent, et particulièrement Sébastien Leblanc avec un rôle assez truculent d'anxieux paranoïde tonitruant. Si on atteint déjà ce niveau, vraiment bien dans l'ensemble, j'ai bien hâte de voir la suite.
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Trilogie du revoir, un texte de Botho Strauss
Une production de L'École supérieure de théâtre de l'UQÀM
Mise en scène de Silvy Grenier assistée de Sylvain Ratelle (plus régie)
Scénographie de Julie Emery assistée de Marzia Pellisier
Costumes de Dominique Turcotte assistée de Karine Galarneau
Son — Geneviève Michaud
Éclairage de Camille Tougas
Production — Sonia Montagne
avec Stéphanie Cardi-Dubois, Kim-Yasmin Jean-Louis, Frédérique Lapointe, Sébastien Leblanc, Francis Miller, Marc-Antoine Picard, Cédric Peltier, Ghislain Roberge, Chantal Simard, Andrée Southière, Ansia Wilscam Desjardins
Du 11 au 14 avril 2007