Par Yves Rousseau
Résumons d'abord schématiquement l'histoire, une épopée fantastique, une odyssée mystique, celle d'un prince, Râma (Daniel Brière), qui ignore qu'il est en fait la réincarnation humaine d'un dieu, Vishnu, mis sur terre pour rétablir paix et ordre dans un monde dévasté. Exilé suite à des intrigues de palais, juste avant de devenir Roi, Râma devra affronter le Lucifer hindou et sa cohorte de démons, Ravana (Alexis Martin). Seuls sa fiancé Sîtâ (Amrita Choudhury) et son frère Lakshmana lui sont demeurés fidèles. Suite à une infâme ruse, Ravana kidnappe Sîtâ qu'il cache à Lanka, ville insulaire des démons, isolée par un vaste océan. Informé de la cachette par un singe surnaturel ayant réussi à bondir par dessus l'océan afin d'aller espionner Ravana, Râma apprend que ce diable s'apprête à exécuter Sîtâ parce qu'elle se refuse à lui. Aidé par les sages de la forêt magique, Râma se retrouve à la tête d'une armée de singes et d'ours dirigée par leur général, Hanuman: ils construisent en six jours un vaste pont traversant la mer afin de détruire Lanka et Ravana et ainsi sauver Sîtâ . Râma victorieux reprend son trône et règne dans la félicitée.
À partir de ce texte majeur de la mythologie hindouiste, qui recèle tous les éléments du conte classique, les créateurs élaborent ce quasi-laboratoire, truculent et festif, qui évite de tomber dans le piège du ridicule en revêtant trop sérieusement les habits trop grands de cette immense fresque: c'est la base même de cette proposition iconoclaste, telle une kermesse théâtrale de pacotille grandiloquente et déjantée, volontairement à la limite de l'imposture et d'un faux assumé, tenant à coup de ficèle et de ruban adhésif, comme un cirque débridé et fabuleux empruntant à presque toutes les formes d'expressions théâtrales: danse-théâtre traditionnelle et théâtre populaire indien, théâtre d'ombres, théâtre de masques et Commedia dell'arte, théâtre d'objets et de marionnettes, multimédia avec projection-prologue style Bollywood, et même l'internet avec des apartés à la sauce Youtube !
Une suite endiablée d'enchainements rapides où nous sommes perpétuellement tenus en haleine et ébahis et même dépassés par les diverses trouvailles de nos joyeux drilles. Par exemple, la mer à traverser par l'armée de singes et d'ours est figurée par une immense toile déroulée à partir des estrades des spectateurs, le pont construit, est un galon à mesurer à ruban de métal qu'on déroule au centre de la toile, l'armée des animaux est simulée avec des figurines aimantés qu'on place sur le ruban-pont. Arrivé à destination, la toile séparée par le ruban devient un terrain de cricket et le combat entre Râma et Ravana prend la forme d'un match sous le vivat de la foule et les propos enflammés de commentateurs sportifs. Le tout ponctué des magnifiques chorégraphies conçues et interprétées par Amrita Choudhury et ancré par une narration de Minoo Gundev. C'est comme ça pendant plus d'une heure trente, et cette suite continue de transformations nous permet d'oublier le côté parfois légèrement laborieux des multiples manipulations de décors, qui finalement participe de ce bric-à-brac théâtral auto-dérisoire.
La brillante scénographie de Jonas Veroff-Bouchard est composée de grands panneaux aux motifs indiens qu'on peut déplacer selon les contextes suggérés, et d'une kyrielle d'accessoires tous plus originaux et surprenants, dont cette maquette du Taj Mahal réalisée par Théophile Brière, le père de Daniel, quatre mois de travail minutieux et plus de 8500 bâtons d'allumettes. Des très beaux costumes de Claire Geoffrion, partent du traditionnel indien jusqu'au contemporain occidental. L'environnement sonore et musical vivant est assuré avec brio in vivo par Ganesh Anandan avec une suite de d'instruments de percussions et cordes indiens.
Des amateurs prenant cette proposition au premier niveau, comme un objet théâtral classique, pourraient remarquer la diction laborieuse et le jeu limité de Amrita Choudhury dans ses quelques rares réparties, qui est avant tout une splendide et fantastique danseuse indienne, et la narration certes colorée de Minoo Gundevia, mais me semblant loin des standards d'écoles de théâtre (tout en demeurant éminemment chaleureuse et sympathique). Mais si on se place dans l'optique de cette proposition-kermesse, et surtout si on accepte d'embarquer et de laisser porter par cette proposition, on se rend compte qu'on a peu être ainsi évité quelques pièges et quelques pertes: des acteurs québécois professionnels grimés en indiens auraient sans doute mieux joués, mais nous aurions par contre perdu cette authenticité particulière, cette présence véritable et habité donnant paradoxalement à cette foire théâtrale son parfum de vérité. Nous aurions eu une perte de sincérité dans cette volonté d'exploration et de rapprochement de cultures faisant partie du processus exploratoire amorcé par le NTE depuis longtemps, pensons à la Nouvelle Télé Communautaire. Sans cette légitimité de bonne foi et honnête, sans l'âme, la présence et la participation pertinente et le cautionnement de membres de cette communauté, le côté parodique aurait pu basculer dans le ridicule pathétique d'un Minstrel Show, au lieu de cette charmante communion culturelle remplie de clins d'œils. Finalement nous aurions perdu la présence délicieusement incongrue et iconoclaste de ces personnages récurrents, présents depuis le début de la saison qui par leur ironie produisent des contre-effets sarcastiquement drôles. Oui, la pièce souffre quand même un peu de ces limites de jeu, mais le type de proposition fait quand même assez bien passer le tout.
Nos deux sympathique énergumènes, quand à eux, incarnent avec une certaine fluidité toute une suite de personnages avec beaucoup d'aplomb. Cette sensation s'estompera probablement rapidement avec le rodage de cette pièce exigeante par ses multiples transitions.
Qu'on se le dise, pris dans son inégalité festive, iconoclaste, désopilante et assumée, le spectacle du NTE nous fait passer un bon moment, nous faisant naviguer d'étonnements en surprises dans une fresque riche de péripéties, parfois drôles, touchante, et on ne s'ennuie pas un seul instant.
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Résumons d'abord schématiquement l'histoire, une épopée fantastique, une odyssée mystique, celle d'un prince, Râma (Daniel Brière), qui ignore qu'il est en fait la réincarnation humaine d'un dieu, Vishnu, mis sur terre pour rétablir paix et ordre dans un monde dévasté. Exilé suite à des intrigues de palais, juste avant de devenir Roi, Râma devra affronter le Lucifer hindou et sa cohorte de démons, Ravana (Alexis Martin). Seuls sa fiancé Sîtâ (Amrita Choudhury) et son frère Lakshmana lui sont demeurés fidèles. Suite à une infâme ruse, Ravana kidnappe Sîtâ qu'il cache à Lanka, ville insulaire des démons, isolée par un vaste océan. Informé de la cachette par un singe surnaturel ayant réussi à bondir par dessus l'océan afin d'aller espionner Ravana, Râma apprend que ce diable s'apprête à exécuter Sîtâ parce qu'elle se refuse à lui. Aidé par les sages de la forêt magique, Râma se retrouve à la tête d'une armée de singes et d'ours dirigée par leur général, Hanuman: ils construisent en six jours un vaste pont traversant la mer afin de détruire Lanka et Ravana et ainsi sauver Sîtâ . Râma victorieux reprend son trône et règne dans la félicitée.
À partir de ce texte majeur de la mythologie hindouiste, qui recèle tous les éléments du conte classique, les créateurs élaborent ce quasi-laboratoire, truculent et festif, qui évite de tomber dans le piège du ridicule en revêtant trop sérieusement les habits trop grands de cette immense fresque: c'est la base même de cette proposition iconoclaste, telle une kermesse théâtrale de pacotille grandiloquente et déjantée, volontairement à la limite de l'imposture et d'un faux assumé, tenant à coup de ficèle et de ruban adhésif, comme un cirque débridé et fabuleux empruntant à presque toutes les formes d'expressions théâtrales: danse-théâtre traditionnelle et théâtre populaire indien, théâtre d'ombres, théâtre de masques et Commedia dell'arte, théâtre d'objets et de marionnettes, multimédia avec projection-prologue style Bollywood, et même l'internet avec des apartés à la sauce Youtube !
Une suite endiablée d'enchainements rapides où nous sommes perpétuellement tenus en haleine et ébahis et même dépassés par les diverses trouvailles de nos joyeux drilles. Par exemple, la mer à traverser par l'armée de singes et d'ours est figurée par une immense toile déroulée à partir des estrades des spectateurs, le pont construit, est un galon à mesurer à ruban de métal qu'on déroule au centre de la toile, l'armée des animaux est simulée avec des figurines aimantés qu'on place sur le ruban-pont. Arrivé à destination, la toile séparée par le ruban devient un terrain de cricket et le combat entre Râma et Ravana prend la forme d'un match sous le vivat de la foule et les propos enflammés de commentateurs sportifs. Le tout ponctué des magnifiques chorégraphies conçues et interprétées par Amrita Choudhury et ancré par une narration de Minoo Gundev. C'est comme ça pendant plus d'une heure trente, et cette suite continue de transformations nous permet d'oublier le côté parfois légèrement laborieux des multiples manipulations de décors, qui finalement participe de ce bric-à-brac théâtral auto-dérisoire.
La brillante scénographie de Jonas Veroff-Bouchard est composée de grands panneaux aux motifs indiens qu'on peut déplacer selon les contextes suggérés, et d'une kyrielle d'accessoires tous plus originaux et surprenants, dont cette maquette du Taj Mahal réalisée par Théophile Brière, le père de Daniel, quatre mois de travail minutieux et plus de 8500 bâtons d'allumettes. Des très beaux costumes de Claire Geoffrion, partent du traditionnel indien jusqu'au contemporain occidental. L'environnement sonore et musical vivant est assuré avec brio in vivo par Ganesh Anandan avec une suite de d'instruments de percussions et cordes indiens.
Des amateurs prenant cette proposition au premier niveau, comme un objet théâtral classique, pourraient remarquer la diction laborieuse et le jeu limité de Amrita Choudhury dans ses quelques rares réparties, qui est avant tout une splendide et fantastique danseuse indienne, et la narration certes colorée de Minoo Gundevia, mais me semblant loin des standards d'écoles de théâtre (tout en demeurant éminemment chaleureuse et sympathique). Mais si on se place dans l'optique de cette proposition-kermesse, et surtout si on accepte d'embarquer et de laisser porter par cette proposition, on se rend compte qu'on a peu être ainsi évité quelques pièges et quelques pertes: des acteurs québécois professionnels grimés en indiens auraient sans doute mieux joués, mais nous aurions par contre perdu cette authenticité particulière, cette présence véritable et habité donnant paradoxalement à cette foire théâtrale son parfum de vérité. Nous aurions eu une perte de sincérité dans cette volonté d'exploration et de rapprochement de cultures faisant partie du processus exploratoire amorcé par le NTE depuis longtemps, pensons à la Nouvelle Télé Communautaire. Sans cette légitimité de bonne foi et honnête, sans l'âme, la présence et la participation pertinente et le cautionnement de membres de cette communauté, le côté parodique aurait pu basculer dans le ridicule pathétique d'un Minstrel Show, au lieu de cette charmante communion culturelle remplie de clins d'œils. Finalement nous aurions perdu la présence délicieusement incongrue et iconoclaste de ces personnages récurrents, présents depuis le début de la saison qui par leur ironie produisent des contre-effets sarcastiquement drôles. Oui, la pièce souffre quand même un peu de ces limites de jeu, mais le type de proposition fait quand même assez bien passer le tout.
Nos deux sympathique énergumènes, quand à eux, incarnent avec une certaine fluidité toute une suite de personnages avec beaucoup d'aplomb. Cette sensation s'estompera probablement rapidement avec le rodage de cette pièce exigeante par ses multiples transitions.
Qu'on se le dise, pris dans son inégalité festive, iconoclaste, désopilante et assumée, le spectacle du NTE nous fait passer un bon moment, nous faisant naviguer d'étonnements en surprises dans une fresque riche de péripéties, parfois drôles, touchante, et on ne s'ennuie pas un seul instant.
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Conception et mise en scène de Alexis Martin et Daniel Brière
Décor et accessoires de Jonas Veroff-Bouchard
Costumes de Claire Geoffrion
Éclairages de Nicolas Descôteaux
Conception sonorede Ganesh Anandan
Chorégraphies de Amrita Choudhury
Décor et accessoires de Jonas Veroff-Bouchard
Costumes de Claire Geoffrion
Éclairages de Nicolas Descôteaux
Conception sonorede Ganesh Anandan
Chorégraphies de Amrita Choudhury
Avec Ganesh Anandan, Daniel Brière, Amrita Choudhury, Minoo Gundevia et Alexis Martin