Par Yves Rousseau
Sur la scène de L'Espace Go, une large plate-forme grise inclinée avec légèrement décalée côté jardin à partir de l'avant-centre, une porte incrustée à même le plancher. Ouverte, tel un coffre, elle suggère une trappe, une tombe; dressée à la verticale devant la fosse, une porte d'une maison où d'une pièce. Puis un fauteuil renversé. Un petit écran en arrière-scène côté jardin accueillera quelques projections narratives. Sobriété de mise, et parfaitement dans le ton du propos, qui touche au suicide d'un jeune homme.
Il y aura une vaste et morne banlieue, grise et triste où l'âme et l'identité se perdent dans un dédale de rues et boulevards du nulle part. Il y aura ces moments de vie vendus dans la vacuité du prolétariat des morts-vivants. Il y aura ce vide profond, sombre et noir, qui dévore de l'intérieur. Il y aura cette douleur de vivre, cette fureur d'être échouée sur les récifs d'un rêve en forme de stationnement de centre d'achat, cette place et ce sens qu'on ne trouve pas. Puis, il y aura les moments magiques, ceux du partage, des âmes lumineuses, compagnons d'infortune de la traversée du désert d'un monde qui ne sait plus aimer: ces petits moments où on se sent être, vivre, partager, où pour un moment, tout disparaît, sauf le vrai, ces petits moments d'espoir, d'amitié, de fraternité, ceux qui permettent de continuer, ceux qui comptent vraiment et qu'ultimement on emporte avec nous. Puis il y aura celui que le désert et la sécheresse emportent, puis... il y aura ceux qui restent...
Dès les premières répliques, oncomprends la réaction de Claude Poissant face au texte de ce jeune auteur inconnu, Jonathan Harnois: "Je lui dis... que son roman m'a bousculé et pris par le cou". Une grande beauté et sensibilité pudique, dépouillée, pour ne mieux qu'atteindre, toucher l'essentiel. Une narration, celle de Ludo et sa copine Andelle (Sylvie de Morais Nogueira, sensible et lumineuse, comme un espoir à contretemps), est celle des survivants face à la la cruelle absence de Félix. « Pas de mise en dialogue. Prose. À cinq voix » de rapporter Poissant. Christian Baril, Étienne Pilon et François Simon T. Poirier incarnent donc ce Ludo, témoins démultipliés et juxtaposés à la justesse de ton et d'émotion incroyable, tout en retenue et pudeur.
Une direction du jeu, bref une mise en scène profondément étudiée, où chaque silence, chaque hésitation, chaque mouvement parle de sa rage, de sa douleur, de son impuissance et parfois de son espoir. Des comédiens parfois en chorus, parfois en alternance, profondément investit dans ces personnages profondément habités. Dans une grande économie où rien n'est gratuit, tout a un sens et une portée. On oublie justement l'aspect mise en scène, mais c'est justement par cet effacement au service du propos et par cette capacité de faire parler les silences, de créer un langage de l'espace et du geste que se signale une grande mise en scène d'un haut niveau de maîtrise; en se faisant oublier par une fluidité d'un grand naturel. Cette trame sonore originale, éclectique et raffinée de Nicolas Basque, est d'une tristesse douce et lancinante, avec un petit côté désespéré à la "The Cure" et autres de ce courant, mais en plus tamisé, pudique. Dans une scène d'éclatement et de vie d'une jeunesse, le contre-effet de la chanson aux paroles révélatrices « La jeunesse est vieille comme le monde » de Jérôme Minière plane, puis à un autre moment plus recueilli, lunaire, on trouve Schwanengesang: Ständchen composé aux derniers mois de sa vie par Franz Schubert, et ici interprétée par le baryton allemand Dietrich Fischer-Dieskau. Tout autant en symbiose que la musique, les éclairages de Erwann Bernard enveloppent, accompagnent, sans envahir, dans de beaux clairs-obscurs.
Le point culminant du drame, cette scène avec la mère du défunt (Annick Bergeron ) rencontrant Ludo; Blanche, spectrale, anéantie, brûlée vive dans son amour et dans son âme de mère, et ce cri du coeur « J'ai peur que mon fils ne soit nulle part ». Puis cet enlacement hésitant, éthéré, d'une pudeur douloureuse qui en dit tellement plus que les mots...
Recoller les morceaux, réapprendre à vivre avec sa peine, mais aussi ses espoirs..
Il y aura une vaste et morne banlieue, grise et triste où l'âme et l'identité se perdent dans un dédale de rues et boulevards du nulle part. Il y aura ces moments de vie vendus dans la vacuité du prolétariat des morts-vivants. Il y aura ce vide profond, sombre et noir, qui dévore de l'intérieur. Il y aura cette douleur de vivre, cette fureur d'être échouée sur les récifs d'un rêve en forme de stationnement de centre d'achat, cette place et ce sens qu'on ne trouve pas. Puis, il y aura les moments magiques, ceux du partage, des âmes lumineuses, compagnons d'infortune de la traversée du désert d'un monde qui ne sait plus aimer: ces petits moments où on se sent être, vivre, partager, où pour un moment, tout disparaît, sauf le vrai, ces petits moments d'espoir, d'amitié, de fraternité, ceux qui permettent de continuer, ceux qui comptent vraiment et qu'ultimement on emporte avec nous. Puis il y aura celui que le désert et la sécheresse emportent, puis... il y aura ceux qui restent...
Dès les premières répliques, oncomprends la réaction de Claude Poissant face au texte de ce jeune auteur inconnu, Jonathan Harnois: "Je lui dis... que son roman m'a bousculé et pris par le cou". Une grande beauté et sensibilité pudique, dépouillée, pour ne mieux qu'atteindre, toucher l'essentiel. Une narration, celle de Ludo et sa copine Andelle (Sylvie de Morais Nogueira, sensible et lumineuse, comme un espoir à contretemps), est celle des survivants face à la la cruelle absence de Félix. « Pas de mise en dialogue. Prose. À cinq voix » de rapporter Poissant. Christian Baril, Étienne Pilon et François Simon T. Poirier incarnent donc ce Ludo, témoins démultipliés et juxtaposés à la justesse de ton et d'émotion incroyable, tout en retenue et pudeur.
Une direction du jeu, bref une mise en scène profondément étudiée, où chaque silence, chaque hésitation, chaque mouvement parle de sa rage, de sa douleur, de son impuissance et parfois de son espoir. Des comédiens parfois en chorus, parfois en alternance, profondément investit dans ces personnages profondément habités. Dans une grande économie où rien n'est gratuit, tout a un sens et une portée. On oublie justement l'aspect mise en scène, mais c'est justement par cet effacement au service du propos et par cette capacité de faire parler les silences, de créer un langage de l'espace et du geste que se signale une grande mise en scène d'un haut niveau de maîtrise; en se faisant oublier par une fluidité d'un grand naturel. Cette trame sonore originale, éclectique et raffinée de Nicolas Basque, est d'une tristesse douce et lancinante, avec un petit côté désespéré à la "The Cure" et autres de ce courant, mais en plus tamisé, pudique. Dans une scène d'éclatement et de vie d'une jeunesse, le contre-effet de la chanson aux paroles révélatrices « La jeunesse est vieille comme le monde » de Jérôme Minière plane, puis à un autre moment plus recueilli, lunaire, on trouve Schwanengesang: Ständchen composé aux derniers mois de sa vie par Franz Schubert, et ici interprétée par le baryton allemand Dietrich Fischer-Dieskau. Tout autant en symbiose que la musique, les éclairages de Erwann Bernard enveloppent, accompagnent, sans envahir, dans de beaux clairs-obscurs.
Le point culminant du drame, cette scène avec la mère du défunt (Annick Bergeron ) rencontrant Ludo; Blanche, spectrale, anéantie, brûlée vive dans son amour et dans son âme de mère, et ce cri du coeur « J'ai peur que mon fils ne soit nulle part ». Puis cet enlacement hésitant, éthéré, d'une pudeur douloureuse qui en dit tellement plus que les mots...
Recoller les morceaux, réapprendre à vivre avec sa peine, mais aussi ses espoirs..
Superbe !
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Je voudrais me déposer la tête, un texte de Jonathan Harnois
Mise en scène de Claude Poissant, assisté de Karine Lapierre
Scénographie de Romain Fabre
Éclairages de Erwann Bernard
Musique originale de Nicolas Basque
Maquillage et coiffure de Angelo Barsetti
Costumes de Caroline Poirier
Conception vidéo et réalisation de Stefan Miljevic
Avec Christian Baril, Annick Bergeron, Sylvie De Morais-Nogueira, Étienne Pilon, François Simon T. Poirier.
du 27 mars au 21 avril 2007 au théâtre Espace Go
Rens. (514) 845-4890
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Je voudrais me déposer la tête, un texte de Jonathan Harnois
Mise en scène de Claude Poissant, assisté de Karine Lapierre
Scénographie de Romain Fabre
Éclairages de Erwann Bernard
Musique originale de Nicolas Basque
Maquillage et coiffure de Angelo Barsetti
Costumes de Caroline Poirier
Conception vidéo et réalisation de Stefan Miljevic
Avec Christian Baril, Annick Bergeron, Sylvie De Morais-Nogueira, Étienne Pilon, François Simon T. Poirier.
du 27 mars au 21 avril 2007 au théâtre Espace Go
Rens. (514) 845-4890