jeudi 15 mars 2007

Théâtre - Visite à Monsieur Green - En tournée

Par Yves Rousseau
Un jeune cadre hyperurbain, branché, vivant dans l'instantané, le rythme effréné contemporain, heurte un vieillard avec sa voiture. Il n'y a pas de conséquences trop graves, mais le cadre est condamné à visiter le vieillard une fois par semaine pendant six mois. D'abord réticent, il trouve un vieillard qui ne mange presque plus, sans téléphone, oublié de tous. Puis, le choc entre deux mondes.

Imaginez : un jeune urbain, hédoniste, instruit, d'origine juive, mais plus ou moins branché sur ses racines, son identité :  le flou urbain actuel, comme nous le vivons tous, versus la société traditionnelle, le clan identitaire d'antan. Cet « antan », c'est bien sûr le vieillard, juif traditionaliste dont les parents issus de milles douleurs et milles misères, émigrèrent en Amérique. La religion, la survie de l'identité juive sont au centre de sa vie,de son combat. Un être attachant, certes, mais à des années-lumière du jeune cadre et de son mode de vie. Contre toute attentes, un attachement se crée, le jeune semble vraiment se soucier du vieillard, puis les barrières s'effritent, non sans flammèches. Imaginez, un vieillard veuf ayant renié sa fille adorée parce qu'elle a marié un gentil, mettant ainsi en péril la survie de la race, confronté à un juif athée lui avouant son homosexualité, l'impensable!

Chacun fait ici faire un bout de chemin à l'autre, le cadre avec l'identité  atavique refoulée, le vieillard avec ses convictions. Peut-être ira-t-il jusqu'à renouer avec sa fille?

Hors du propos sur l'homosexualité et de l'ethnie, la pièce est touchante et universelle, car on voit facilement les situations cocasses que tous et chacun vivent au contact de grands-parents, de gens âgés. Par exemple, cette réaction médusée, mais pleine de bon sens du vieillard, quand le cadre lui explique qu'il doit partir s'entrainer afin de courir un marathon, « tu vas courir 50 miles!» : Il y a une époque pas si lointaine où on n'avait ni l'oisiveté, ni le loisir, ni l'obsession, le culte de la performance pour cela, et où l'accessibilité et le niveau d'évolution des soins médicaux ne permettaient pas de prendre de tels risques.  
La pièce aborde également de façon très pertinente la question de l'importance des racines, de l'identité, un aspect particulièrement édulcoré, ignoré dans notre société contemporaine hyperurbaine. Pour savoir où tu vas, tu dois savoir d'où tu viens...
Du rire, et de l'émotion dans ce magnifique duo d'acteur, vous serez touchés et vous vous reconnaitrez dans vos relations avec vos ainés, qui finalement, peut-être pas toujours, mais souvent, avaient probablement beaucoup plus raison que nous n'aurions voulu l'admettre...

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Visite à Monsieur Green, de Jeff Baron
Traduction de Michel Tremblay
Les Productions Jean-Bernard Hébert inc.

Mise en scène : Jacques Rossi
Avec : Albert Millaire et Louis-Olivier Mauffette