Par Yves Rousseau
Vous entrez dans la salle, devant vous un décor dépouillé, un large espace de jeu avec deux bancs. En arrière-plan, on trouve un immense écran de projection pouvant par jeux d'éclairages devenir semi-transparent et ainsi permettre de voir en surimposition le jeu se déroulant parfois en arrière-scène. Les tons de couleurs sont chatoyants, aquatiques. Les projections représentent les divers contextes de l'action : un bungalow insipide, un aquarium de Marine Land, une plage...
La « musique », dès l'entrée en salle, donne déjà le ton : De la musak à la James Last, omniprésente pendant toute la pièce, très wasp, vide de sens, comme la vie de ces personnages, presque tous des éternels ados. Il y a Carla, une lesbienne projetant de se marier avec Donna (Élise Guilbault et Marie-France Lambert) mais hésitant parce que cette dernière fume; puis sa confidente, collègue de travail et amie hétéro, Barb, mariée à Bob (Annick Bergeron et Stéphane Breton), qui après avoir appris que les moines bouddhistes ne possèdent que huit effets remet complètement en question sa vie prévisible de banlieusarde sur-consommatrice; Pierre Bernard joue Nick, un homosexuel ami et confident de Carla, qui accumule les aventures d'un soir, mais qui rêve pourtant à l'amour, puis, finalement , on trouve un requin (oui au sens propre) incarné par Patrice Godin.
Barb veut quitter Bob pour une quête de simplicité volontaire de pacotille à la psycho-pop à cinq sous, mais elle se prend très au sérieux, Bob est complètement décontenancé et balance tout leur ménage dans la piscine; Carla tergiverse sur son mariage, hésite à s'engager; Nick tente d'aider Donna, une guide de Marine Land, à cesser de fumer, mariage oblige. Il tombe alors en amour avec le requin, qui est représentation fantasmagorique d'un univers pulsionnel prenant fabulatoirement la forme, pour les hommes d'un Nick le derrière en l'air s'apprêtant à recevoir le poing ganté et graissé de la créature (en cache-sexe de cuir minimaliste au corp huilé et épilé) là où vous pensez. Le fantasme lesbien, lui se compose de mariées rayonnantes dans leurs belles robes blanches, avec au passage un petit cunnilingus sous la robe,: un beau rêve de mariage kétaine avec beaucoup d'invités...
Un univers composé de personnages tellement abrutis par la pop-psycho, le consumérisme, la vacuité incroyable de leur univers d'apparences, que même leurs désirs de remise en question, même leurs quêtes de sens respirent le cliché, la facilité du confort de l'indifférence, l'abrutissement, le superficiel. Les dialogues, un feu roulant de répliques volontairement ironiquement insipides et de creux babillages et persiflages composés de divers potins, nous laissent entrevoir des personnages envisageant avec la même optique les éléments cruciaux de leur existence versus l'achat de quelque chose d'aussi banal qu'une tondeuse. Leurs préoccupations sont donc un ensemble de superficialités innommables, mais pourtant vécues avec angoisse. Comme si même l'intériorité de leur être ne pouvait exister que par une transposition de modèles issus des fictions médiatiques, comme si leur capacité d'être ne pouvait découler de choix, de prise de conscience. Comme si le point de non-retour de la conscience réelle avait été dépassé, dans une profonde lobotomie existentielle.
Ici les comédiens ont la double tâche de donner vie, de représenter et d'habiter des personnages qui ne s' habitent même pas eux-mêmes autrement que par les restes dégénérés d'un rêve américain voguant vers le nulle part des modèles de bonheur organisés. Ce n'est pas par ce qui est dit que toute cette vacuité est dépeinte, mais par ce que veut dire ce qui est suggéré et par ce qui est absent chez ces êtres : on Illustre une grave réalité, mais par la superficialité, la parodie. Et diable, quelle brillante incarnation par ces comédiens. Tous excellent en étant totalement au service de la vacuité de leurs personnages. Particulièrement impressionnante est la composition d'Annick Bergeron, qui donne tellement de vide, de non-vie, d'absence d'intériorité véritable à son personnage paradoxalement très vivant et attachant...
Du rire, mais un peu jaune...
La « musique », dès l'entrée en salle, donne déjà le ton : De la musak à la James Last, omniprésente pendant toute la pièce, très wasp, vide de sens, comme la vie de ces personnages, presque tous des éternels ados. Il y a Carla, une lesbienne projetant de se marier avec Donna (Élise Guilbault et Marie-France Lambert) mais hésitant parce que cette dernière fume; puis sa confidente, collègue de travail et amie hétéro, Barb, mariée à Bob (Annick Bergeron et Stéphane Breton), qui après avoir appris que les moines bouddhistes ne possèdent que huit effets remet complètement en question sa vie prévisible de banlieusarde sur-consommatrice; Pierre Bernard joue Nick, un homosexuel ami et confident de Carla, qui accumule les aventures d'un soir, mais qui rêve pourtant à l'amour, puis, finalement , on trouve un requin (oui au sens propre) incarné par Patrice Godin.
Barb veut quitter Bob pour une quête de simplicité volontaire de pacotille à la psycho-pop à cinq sous, mais elle se prend très au sérieux, Bob est complètement décontenancé et balance tout leur ménage dans la piscine; Carla tergiverse sur son mariage, hésite à s'engager; Nick tente d'aider Donna, une guide de Marine Land, à cesser de fumer, mariage oblige. Il tombe alors en amour avec le requin, qui est représentation fantasmagorique d'un univers pulsionnel prenant fabulatoirement la forme, pour les hommes d'un Nick le derrière en l'air s'apprêtant à recevoir le poing ganté et graissé de la créature (en cache-sexe de cuir minimaliste au corp huilé et épilé) là où vous pensez. Le fantasme lesbien, lui se compose de mariées rayonnantes dans leurs belles robes blanches, avec au passage un petit cunnilingus sous la robe,: un beau rêve de mariage kétaine avec beaucoup d'invités...
Un univers composé de personnages tellement abrutis par la pop-psycho, le consumérisme, la vacuité incroyable de leur univers d'apparences, que même leurs désirs de remise en question, même leurs quêtes de sens respirent le cliché, la facilité du confort de l'indifférence, l'abrutissement, le superficiel. Les dialogues, un feu roulant de répliques volontairement ironiquement insipides et de creux babillages et persiflages composés de divers potins, nous laissent entrevoir des personnages envisageant avec la même optique les éléments cruciaux de leur existence versus l'achat de quelque chose d'aussi banal qu'une tondeuse. Leurs préoccupations sont donc un ensemble de superficialités innommables, mais pourtant vécues avec angoisse. Comme si même l'intériorité de leur être ne pouvait exister que par une transposition de modèles issus des fictions médiatiques, comme si leur capacité d'être ne pouvait découler de choix, de prise de conscience. Comme si le point de non-retour de la conscience réelle avait été dépassé, dans une profonde lobotomie existentielle.
Ici les comédiens ont la double tâche de donner vie, de représenter et d'habiter des personnages qui ne s' habitent même pas eux-mêmes autrement que par les restes dégénérés d'un rêve américain voguant vers le nulle part des modèles de bonheur organisés. Ce n'est pas par ce qui est dit que toute cette vacuité est dépeinte, mais par ce que veut dire ce qui est suggéré et par ce qui est absent chez ces êtres : on Illustre une grave réalité, mais par la superficialité, la parodie. Et diable, quelle brillante incarnation par ces comédiens. Tous excellent en étant totalement au service de la vacuité de leurs personnages. Particulièrement impressionnante est la composition d'Annick Bergeron, qui donne tellement de vide, de non-vie, d'absence d'intériorité véritable à son personnage paradoxalement très vivant et attachant...
Du rire, mais un peu jaune...
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Nager en surface
Le Théâtre de l'Opsis
20 février au 17 mars, Théâtre Espace Go
Mise ne scène — Serge Denoncourt
Scénographie — Louise Campeau
Costumes et accessoires - François Barbeau
Musique — Nicolas Basque
Éclairages — Luc Prairie
avec Annick Bergeron, Pierre Bernard, Stéphane Breton, Élise Guilbault et Marie-France Lambert