Par Yves Rousseau
Résumons d'abord la pièce: Le Royaume d'Écosse est gouverné par le tyrannique Duncan, qui écrase ses nobles, les comptes Glamiss et de Candor, sous des redevances très lourdes. Ces derniers se révoltent, mais ils sont vaincus par les loyaux généraux et amis Macbett et Banco, qui sont à la tête des armées royales. Macbett hérite du comté de Candor, mais sans les droits complets, alors que le roi promet celui de Glamiss à Banco, dès le corps de Glamiss sera retrouvé. Lors d'un banquet festif, Lady Duncan semble s'intéresser à Macbett et le drague pendant le spectacle de l'exécution des tous les opposants.
La grogne monte chez les généraux, Macbett avec ses droits restreints, et Banco qui n'obtient pas son fief, le corps de Glamiss, réputé noyé, n'ayant été présenté au roi. Ça complote. Le roi alerté par leurs désirs de pouvoir et d'indépendance projette déjà de les éliminer. Deux sorcières se transforment en Lady Duncan et sa suivante, séduisent Macbett et Banco, leur promettant gloire et pouvoir: un poignard symbolique de la concupiscence et de la corruption est remis à Macbett, et les voilà déjà dans la même séditieuse trajectoire que les deux comptes. La fausse Lady et les deux compères fomentent un complot afin d'éliminer le Roi lors d'une cérémonie de guérison des malades par imposition de ses royales et divines mains. Le roi est assassiné et Macbett épouse la fausse reine, s'empare du pouvoir et promet à Banco sa part. Mais bientôt Banco est insatisfait de ne pas avoir lepar les comédiens titres promis, verbalise sa frustration envers Macbett, qui l'espionne et entend tout. Il tue Banco. Pendant le banquet de célébration de son accession, les spectres de Duncan et Banco viennent hanter et maudire Macbett. Les sorcières redeviennent sorcières et la vraie Lady Duncan, qui était enfermée dans les oubliettes, parvient à s'échapper et informe tous et chacun de la supercherie. Le fils de Duncan, Macol, issue de l'union entre le Roi et une gazelle devenue femme par sorcellerie, survient, venge son père, prend le pouvoir en promettant un règne encore plus tyrannique et sanglant que tous ses prédécesseurs, à la grande satisfaction de tous.
Voilà, maintenant que vous connaissez l'histoire, qui en plus des personnages principaux comporte un grand nombre de caractères secondaires, maintenant que vous voyez tout l'énorme et le dantesque de cette fresque, vous vous posez probablement la même question que tous les amateurs de théâtre et artisans du milieu : mais comment diable vont-ils faire pour représenter cet univers dans un minuscule (vraiment!) théâtre sans coulisses, avec six acteurs, trois tables et quelques chaises et de spartiates éléments partiels de costumes et de perruques ? Hé bien! Non seulement ça fonctionne, mais c'est un succès bœuf!
D'abord, côté ambiance et scénographie, quelques rideaux suspendus en plan latéral en arrière-plan du minuscule rectangle scénique permettent, selon la façon qu'ils sont tirés, de suggérer colonnes, portes, murs. Des effets d'éclairages les rendent opaques, ou translucides; translucides quand une scène commande un arrière-plan soudain, par exemple la représentation d'un personnage absent dont on parle ou encore un spectre faisant son « apparition »; opaques comme élément de décor, mais également comme pseudo-coulisse par laquelle les comédiens entrent et sortent comme de vraies bombes, passant d'un personnage à l'autre avec une rapidité ahurissante, de vrais transformistes, un incroyable ballet très convaincant!
Les autres éléments du décor, quelques tables et chaises, sont continuellement réagencés selon les tableaux : avec une généreuse trame sonore illustrant à merveille les contextes, les transitions se font sans heurt et on devine sans peine la situation suggérée : hop, deux tables dressées à la verticale avec une chaise au milieu, changement d'éclairage et effet martial de trompette, et voilà c'est le roi sur son trône. Re-hop, changement d'éclairage, disposition des rideaux en colonnes, étalement des tables sur le sol, effets sonores de guerre, pendant que les acteurs du tableau précédent s'effacent et ressortent presque instantanément comme de vrais ressorts avec quelques accessoires suggérant qu'ils sont soldats, et voilà, c'est le guerre, d'autres sont déjà dissimulés derrières les tables-tranchées à affronter. Et on joue cyniquement sur les doubles niveaux sonores, comme par exemple des bruits de guerre sur fond de musique de kermesse. Que d'ironie. C'est donc un roulement continuel, nous sommes continuellement tenus en haleine : une perruque, un veston, le port altier, le geste délicat, et voilà Olivier Morin en page, et hop, un châle, et le revoilà en sorcière, voutée, voix éraillée, complètement transformé, l'expression, la pose, la diction, tout y est. Il en est de même pour tous les acteurs.
Les autres éléments du décor, quelques tables et chaises, sont continuellement réagencés selon les tableaux : avec une généreuse trame sonore illustrant à merveille les contextes, les transitions se font sans heurt et on devine sans peine la situation suggérée : hop, deux tables dressées à la verticale avec une chaise au milieu, changement d'éclairage et effet martial de trompette, et voilà c'est le roi sur son trône. Re-hop, changement d'éclairage, disposition des rideaux en colonnes, étalement des tables sur le sol, effets sonores de guerre, pendant que les acteurs du tableau précédent s'effacent et ressortent presque instantanément comme de vrais ressorts avec quelques accessoires suggérant qu'ils sont soldats, et voilà, c'est le guerre, d'autres sont déjà dissimulés derrières les tables-tranchées à affronter. Et on joue cyniquement sur les doubles niveaux sonores, comme par exemple des bruits de guerre sur fond de musique de kermesse. Que d'ironie. C'est donc un roulement continuel, nous sommes continuellement tenus en haleine : une perruque, un veston, le port altier, le geste délicat, et voilà Olivier Morin en page, et hop, un châle, et le revoilà en sorcière, voutée, voix éraillée, complètement transformé, l'expression, la pose, la diction, tout y est. Il en est de même pour tous les acteurs.
Voilà qui nous amène à parler du jeu. Presque du vaudeville, de la commédia, mais avec juste assez de réserve. Les traits de chacun des personnages sont poussés à leur paroxysme dans un comico-tragique festif, truculent et déjanté. Pensons cette brillante composition de Duncan, campé par Stéfan Perreault, fat, mièvre, imbu et précieux, lâche et peureux dans l'adversité, mais ressurgissant avec une pseudobravoure de pacotille dès que le danger est écarté, un vrai matamore. Marie-Ève Bertrand se signale par un jeu riche, une multiplication des genres : tantôt une reine solennelle et martiale, puis sorcière fausse-Lady-Macbett séductrice de red light à la danse lascive et suggestive, vénale, vile et intéressée à souhait. François-Xavier Dufour, Olivier Morin, David Laurin et Serge Mandeville ne sont pas en reste et participent avec autant de verve et de pertinence à cette farce cynique de vérité à propos de notre magnifique humanité.
Le public est interpellé, par exemple pendant une parade d'un des grotesques et prétentieux Tyrans, un page brandit une banderole sur laquelle un slogan est inscrit « Vive Macbett », nous ne somme plus des spectateurs, mais la foule acclamant le passage du roi! On fait feu de tout bois ici, dans une dérision bon-enfant des ces moyens limités, par exemple quand Olivier Morin joue une scène où un de ses personnages meurt, il agonise en se tenant la gorge avec l'expression dramatico grandiloquente ahurie de circonstances, mais tout en déplaçant son agonie de façon à replacer les rideaux de sa main libre afin de préparer la scène suivante...
Le public est interpellé, par exemple pendant une parade d'un des grotesques et prétentieux Tyrans, un page brandit une banderole sur laquelle un slogan est inscrit « Vive Macbett », nous ne somme plus des spectateurs, mais la foule acclamant le passage du roi! On fait feu de tout bois ici, dans une dérision bon-enfant des ces moyens limités, par exemple quand Olivier Morin joue une scène où un de ses personnages meurt, il agonise en se tenant la gorge avec l'expression dramatico grandiloquente ahurie de circonstances, mais tout en déplaçant son agonie de façon à replacer les rideaux de sa main libre afin de préparer la scène suivante...
Le tout participe de cette représentation de la grotesque infatuation et corruption de l'être sous l'effet du désir et du pouvoir, chaque tyran étant remplacé par un autre tyran encore pire. À cet effet, de belles trouvailles, comme ces visages de dictateurs sur fond d'assiettes portées par les comédiens, pendant le discours aux promesses de lendemains sanglants de l'ultime tyran, Macol, sous les vivats de la foule ! La genèse de l'histoire de Macol, résumée ici en théâtre d'objet, figurines à l'appui, très tordant!
Une multiplication de parallèles et de références à notre époque ajoute à la pertinence du propos, oui rien n'a changé !
Et c'est très cohérent, vous n'aurez pas besoin de vous arracher les cheveux pour bien suivre l'histoire, bien construite et bien rendue, claire et limpide. Pour arriver à un tel coulant, un tel naturel, pour pouvoir se métamorphoser si rapidement et de façon aussi convaincante et bien s'orienter dans des enchainements rapides , que de travail de mise en place, d'expression. Tout repose sur le jeu ici, la force de la suggestion.
Le soir du 27 février, la salle était remplie presque exclusivement de jeunes étudiants de niveau collégial étant dans l'obligation d'assister à cette représentation pour un cour. La plupart d'entre eux, révélèrent quelques parents accompagnateurs, n'avaient pratiquement aucune expérience théâtrale. Tous semblèrent complètement captivés, totalement embarqués dans l'histoire, riant, participant, réagissant. Après la pièce, des regards allumés, émerveillés, les yeux ouverts grands comme ça, des jeunes enchantés de leur expérience. Qui a dit que le théâtre n'intéressait pas les jeunes?
Bravo!
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Macbett d’Eugène Ionesco
Une production d’Absolu Théâtre
Du 20 février au 17 mars 2007, salle intime du Théâtre Prospero
Mise en scène — Renaud Paradis et Serge Mandeville
Avec Serge Mandeville, François-Xavier Dufour, Stéfan Perreault, Marie-Ève Bertrand, Olivier Morin et David Laurin
Décors, costumes et accessoires — Carol Éveno
Éclairages — Mélanie Ménard
Son — Josianne Laberge
Régie — Claudia Couture
Autres concepteurs - Sarah Heitz-Ménard, Mélanie Fortin
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Macbett d’Eugène Ionesco
Une production d’Absolu Théâtre
Du 20 février au 17 mars 2007, salle intime du Théâtre Prospero
Mise en scène — Renaud Paradis et Serge Mandeville
Avec Serge Mandeville, François-Xavier Dufour, Stéfan Perreault, Marie-Ève Bertrand, Olivier Morin et David Laurin
Décors, costumes et accessoires — Carol Éveno
Éclairages — Mélanie Ménard
Son — Josianne Laberge
Régie — Claudia Couture
Autres concepteurs - Sarah Heitz-Ménard, Mélanie Fortin