Par Yves Rousseau
D'abord, résumons la pièce : Isabelle Rimbaud (vivant encore avec sa mère à 37 ans) a eu la chance, ou la malchance d'être la soeur de son illustre frère, de grandir vivre dans son ombre, ce dernier s'étant échappé au loin, dans l'ailleurs de l'Afrique, dans l'ailleurs de ses mots. Une vie d'ombre, voilà le mot juste. Voici quelques extraits de ce texte d'une sobriété toute en finesse, lisez et vous comprendrez tout :
Dévouée, sacrifiée, Isabelle Rimbaud est celle qui soigne, qui console, celle qui attend, celle qui accompagnera jusqu'au moment ultime Arthur au pris avec un cancer le rongeant...
Le texte, est certes très émouvant, mais avec quasi-absence de dialogue. L'adaptation , qui n'en est presque pas une, colle vraiment de très près au texte et à la trame linéaire du récit, depuis le retour de Rimbaud d'Afrique, l'amputation de sa jambe, jusqu'à son agonie finale. L'unité temps « réel » est ici celui de la mère, qui après la mort de son fils et le mariage tardif de sa fille, découvre le journal de cette dernière. Les personnages du frère et de la sœur sont donc des apparitions, des dérives historiques, poursuivant et illustrant en alternance le récit issu de la lecture du journal par la mère. Une impression de conversation est amenée par la poursuite en enchainement du récit par les personnages qui paraissent ainsi (presque) dialoguer. Le temps historique des dérives se mêle et se confond parfois avec le temps « réel », les personnages des divers lieux temporels paraissant ainsi fantasmagoriquement se voir, s'entendre et se répondre, parfois dans un troublant règlement de comptes. Certaines scènes ont même été envisagées avec quelques dialogues, surtout entre le frère et la sœur.
Mais dans l'ensemble, c'est surtout au public que les personnages s'adressent, dans une scénographie très dépouillée, avec des mouvements réduits et lents, un peu kabuki. D'où un aspect assez statique, pouvant paraitre flirter avec une certaine lourdeur, certains (les plus visuels?) trouveront le tout trop figé, littéraire alors que d'autres y verront subtilité, retenue, délicatesse d'un minimalisme recherché. Comme si on avait volontairement voulu tout mettre au service du texte, au dépend d'une certaine théâtralité et ne mettre en évidence que l'émotion, la façon dont ce texte était habité, transporté par les comédiens. Car habité, ce texte l'était, et d'une façon particulièrement fine, touchante, d'une intelligente sensibilité : on y trouve un Marcel Pomerlo dans un Rimbaud tout en équivoque, une Marie-Josée Gauthier, touchante et parfois déchirante dans ce rôle de femme aimante, mais oubliée par l'amour et le destin (bonjour la brique de texte), avec des scènes aux lignes très puissantes, puis une Ginette Morin, parfaite dans l'amertume d'un trop tard étranglé de regrets...
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Les jours fragiles, d'après le roman de Philippe Besson
Une production du Théâtre Complice
Adaptation et mise en scène de Denis Lavalou
Scénographie de Paul Livernois et Denis Lavalou
Costumes de Johanne Laferière et Denis Lavalou
Lumière de Stéphane Ménigot
Musique de Ludovic Bonnier
Avec Ginette Morin, Marie-Josée Gauthier et Marcel Pomerlo
du 20 février au 10 mars au Théâtre Prospero
« Dans notre famille, les hommes ne restent pas. Vrai quand on y songe, ils n'ont jamais rien fait d'autre que s'éloigner, prendre le large, s'affranchir de nous, les femmes, condamnées à demeurer au pays, reliées à la terre... Aujourd'hui, alors qu'un de nos hommes se rapproche, que l'on ne l'esperait plus, il faut encore ne pas bouger et attendre...Je ne me fais guère d'illusions : si mon frère rentre en France c'est davantage pour se soigner que pour nous revoir... ce qui compte c'est qu'il soit de retour...Les travaux de la ferme m'épuisent. Je ne parviens pas à m'en acquitter seule. J'éprouve une violente fatigue. La force me manque. Mes bras me font terriblement souffrir... Il semble que le froid me pénètre jusqu'aux os. »
« Ce n'est pas difficile à confesser : je ne suis la femme d'aucun homme. Je suis celle que nul n'a touchée. Parfois, un paysan rougeaud me dévisage, mais il finit par passer son chemin, découragé par mon indifférence, ou par la disgrâce de mes traits... »
« Il a encore abandonné du poids... où qu'on regarde, on devine, le squelette... Les piqures de morphine qu'on lui administre de plus en plus souvent le font s'abimer dans une torpeur singulière... le sommeil difficile traversé de crises, de convulsions, de cauchemars... »
"Il aurait voulu le soleil, pour finir. Mais ce sont les gouttes de pluie qui roulent sur le bois de son cercueil... Tout à l'heure, quand nous serons partis, on l'ensevelira sous cette terre qu'il n'aimait pas. Je doute qu'il repose en paix ». (Finale).
Dévouée, sacrifiée, Isabelle Rimbaud est celle qui soigne, qui console, celle qui attend, celle qui accompagnera jusqu'au moment ultime Arthur au pris avec un cancer le rongeant...
Le texte, est certes très émouvant, mais avec quasi-absence de dialogue. L'adaptation , qui n'en est presque pas une, colle vraiment de très près au texte et à la trame linéaire du récit, depuis le retour de Rimbaud d'Afrique, l'amputation de sa jambe, jusqu'à son agonie finale. L'unité temps « réel » est ici celui de la mère, qui après la mort de son fils et le mariage tardif de sa fille, découvre le journal de cette dernière. Les personnages du frère et de la sœur sont donc des apparitions, des dérives historiques, poursuivant et illustrant en alternance le récit issu de la lecture du journal par la mère. Une impression de conversation est amenée par la poursuite en enchainement du récit par les personnages qui paraissent ainsi (presque) dialoguer. Le temps historique des dérives se mêle et se confond parfois avec le temps « réel », les personnages des divers lieux temporels paraissant ainsi fantasmagoriquement se voir, s'entendre et se répondre, parfois dans un troublant règlement de comptes. Certaines scènes ont même été envisagées avec quelques dialogues, surtout entre le frère et la sœur.
Mais dans l'ensemble, c'est surtout au public que les personnages s'adressent, dans une scénographie très dépouillée, avec des mouvements réduits et lents, un peu kabuki. D'où un aspect assez statique, pouvant paraitre flirter avec une certaine lourdeur, certains (les plus visuels?) trouveront le tout trop figé, littéraire alors que d'autres y verront subtilité, retenue, délicatesse d'un minimalisme recherché. Comme si on avait volontairement voulu tout mettre au service du texte, au dépend d'une certaine théâtralité et ne mettre en évidence que l'émotion, la façon dont ce texte était habité, transporté par les comédiens. Car habité, ce texte l'était, et d'une façon particulièrement fine, touchante, d'une intelligente sensibilité : on y trouve un Marcel Pomerlo dans un Rimbaud tout en équivoque, une Marie-Josée Gauthier, touchante et parfois déchirante dans ce rôle de femme aimante, mais oubliée par l'amour et le destin (bonjour la brique de texte), avec des scènes aux lignes très puissantes, puis une Ginette Morin, parfaite dans l'amertume d'un trop tard étranglé de regrets...
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Les jours fragiles, d'après le roman de Philippe Besson
Une production du Théâtre Complice
Adaptation et mise en scène de Denis Lavalou
Scénographie de Paul Livernois et Denis Lavalou
Costumes de Johanne Laferière et Denis Lavalou
Lumière de Stéphane Ménigot
Musique de Ludovic Bonnier
Avec Ginette Morin, Marie-Josée Gauthier et Marcel Pomerlo
du 20 février au 10 mars au Théâtre Prospero