Par Yves Rousseau
Vous êtes-vous demandé parfois, en regardant un film, un documentaire sur les grandes guerres génocidaires, comment des gens en apparence semblables à nous, avec la même sensibilité, les mêmes aspirations, peuvent en arriver à basculer dans l'horreur la plus complète?
Tout ça nous semble pourtant tellement loin de nous et de notre réalité. Et pourtant, c'est là, à côté, latent, en nous. C'est ce que cette pièce nous fait réaliser. Une histoire profondément humaine, une famille, des gens ordinaires, tellement comme tout le monde, puis arrive la haine qui les emporte.
Tout ça nous semble pourtant tellement loin de nous et de notre réalité. Et pourtant, c'est là, à côté, latent, en nous. C'est ce que cette pièce nous fait réaliser. Une histoire profondément humaine, une famille, des gens ordinaires, tellement comme tout le monde, puis arrive la haine qui les emporte.
Un jeune serbe, Loko, chrétien, amoureux d'une belle musulmane, Elma, refuse de tuer, il en est incapable, mais le voilà capturé, endoctriné, contraint; alors, déserter, voilà la seule solution, fuir vers les lueurs aguichantes de l'Europe prospère. Restent sa fiancée, sa famille, son frère et un ami. : ils connaitront l'effroyable et seront entrainés dans les tréfonds de la violence. Comme ce frère, Jovan, un gentil garçon qui se métamorphose par la guerre en monstre sanguinaire, dans une incroyable chute vers la folie dévastatrice et meurtrière et l'anéantissement de son humanité. Comme Elma, qui connaitra tous les outrages, comme cet ami rendu aveugle et manchot finissant dans le néant de la mort et du désespoir, comme cette Sladjana, qui n'en finit plus de retricoter et recoller les morceaux de sa vie, comme ce père à bout qui se pend, et dont le spectre rend une dernière visite à Loko. N'ayant pu être accepté en France, Loko revient au pays. Tout est à refaire, mais l'espoir semble une force intarissable de la nature humaine...
Un texte puissant d'un jeune auteur français primé, Fabrice Melquiot, onirique, métaphorique, poétique, d'une grande richesse, mais aussi d'une grande et cruelle lucidité, le doigt sur le bobo. Une solide mise en scène de Reynald Robinson, où rêve et réalité se confondent dans un ensemble de tableaux intriqués et complexes, un solide travail bien aiguillé. Sous l'égide de trois personnage surréels, trois « anges », personnages narratifs, nous sommes guidés dans les diverses dérives psychologiques et historiques, au travers de l'espace et du temps : ces procédés sont nombreux et l'apport, le soutien des ces caractères est essentiel. Ce n'est pas une interprétation facile à rendre tangible et vivante, mais Évelyne Brochu, Monia Chokri et Catherine de Léan y parviennent avec beaucoup de grâce et de délicatesse. Le dur propos est souvent illustré par des airs et chansons accompagnés de ce piano incrusté comme un cœur à même cette belle scénographie dégagée de Jean Bard (illustrant un extérieur, avec un arbre), des sonorités ajoutant au tout une dimension émotive illuminant et soutenant le propos, tout en nous procurant une bouffée d'air frais dans cet univers puissant de cruauté, mais aussi chargé d'amour et d'espoir. Quelques petites longueurs ici et là, quelques scènes qui marchent un peu moins, mais vraiment rien pour atténuer l'ensemble.
Les éclairages de Carol Lechasseur suivent et soutiennent à merveille l'évolution du propos, tantôt gris, glauques comme la mort et désespoir, tantôt chauds, confortables, dans les moments d'espoir. De beaux costumes recherchés de Sarah Balleux, décrivent à merveille les personnages et le contexte : prenons le costume militaire imposé à Lorko, mélange de vieilles frusques civiles et d'éléments d'uniforme, et on a déjà compris de quel genre de guerre on parle ici.
Rarement a t-on entendu des comédiens si bien chanter en chœur, avec entre autres "Bridge Over Troubled Water" de Paul Simon, dans un moment où les personnages se tournent vers demain, touchant !
Voilà une solide performance allumée, un jeu habité par les jeunes et talentueux comédiens, vraiment. Certains numéros sont très puissants, on pense entre autres à un François Bernier avec ce Jovan au seuil de la folie, exultant désespoir et douleur de toute la haine et l'horreur l'habitant et faisant de lui un monstre, dans une de ces scènes dantesques de rage impuissante hallucinée de flash-back de l'horreur du damné, inoubliable.
La dernière réplique de la pièce , de mémoire, ressemble à "Un nouveau jour se lève, dans un champ de mines, les enfants jouent"...
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Un texte puissant d'un jeune auteur français primé, Fabrice Melquiot, onirique, métaphorique, poétique, d'une grande richesse, mais aussi d'une grande et cruelle lucidité, le doigt sur le bobo. Une solide mise en scène de Reynald Robinson, où rêve et réalité se confondent dans un ensemble de tableaux intriqués et complexes, un solide travail bien aiguillé. Sous l'égide de trois personnage surréels, trois « anges », personnages narratifs, nous sommes guidés dans les diverses dérives psychologiques et historiques, au travers de l'espace et du temps : ces procédés sont nombreux et l'apport, le soutien des ces caractères est essentiel. Ce n'est pas une interprétation facile à rendre tangible et vivante, mais Évelyne Brochu, Monia Chokri et Catherine de Léan y parviennent avec beaucoup de grâce et de délicatesse. Le dur propos est souvent illustré par des airs et chansons accompagnés de ce piano incrusté comme un cœur à même cette belle scénographie dégagée de Jean Bard (illustrant un extérieur, avec un arbre), des sonorités ajoutant au tout une dimension émotive illuminant et soutenant le propos, tout en nous procurant une bouffée d'air frais dans cet univers puissant de cruauté, mais aussi chargé d'amour et d'espoir. Quelques petites longueurs ici et là, quelques scènes qui marchent un peu moins, mais vraiment rien pour atténuer l'ensemble.
Les éclairages de Carol Lechasseur suivent et soutiennent à merveille l'évolution du propos, tantôt gris, glauques comme la mort et désespoir, tantôt chauds, confortables, dans les moments d'espoir. De beaux costumes recherchés de Sarah Balleux, décrivent à merveille les personnages et le contexte : prenons le costume militaire imposé à Lorko, mélange de vieilles frusques civiles et d'éléments d'uniforme, et on a déjà compris de quel genre de guerre on parle ici.
Rarement a t-on entendu des comédiens si bien chanter en chœur, avec entre autres "Bridge Over Troubled Water" de Paul Simon, dans un moment où les personnages se tournent vers demain, touchant !
Voilà une solide performance allumée, un jeu habité par les jeunes et talentueux comédiens, vraiment. Certains numéros sont très puissants, on pense entre autres à un François Bernier avec ce Jovan au seuil de la folie, exultant désespoir et douleur de toute la haine et l'horreur l'habitant et faisant de lui un monstre, dans une de ces scènes dantesques de rage impuissante hallucinée de flash-back de l'horreur du damné, inoubliable.
La dernière réplique de la pièce , de mémoire, ressemble à "Un nouveau jour se lève, dans un champ de mines, les enfants jouent"...
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Le diable en partage, de Fabrice Melquiot
Production Du Bunker
7 au 24 MARS 2007 — Théâtre Espace Libre
Mise en scène de Reynald Robinson
Scénographie de Jean Bard
Costumes de Sarah Balleux
Éclairages Claude Accolas
Musique originale de Yves Morin
Avec Francesca Bárcenas, François Bernier, Charles-Olivier Bleau, Anne-Valérie Bouchard, Évelyne Brochu, Monia Chokri, Catherine De Léan, Hubert Lemire, Véronique Pascal et Frédéric Paquet
Scénographie de Jean Bard
Costumes de Sarah Balleux
Éclairages Claude Accolas
Musique originale de Yves Morin
Avec Francesca Bárcenas, François Bernier, Charles-Olivier Bleau, Anne-Valérie Bouchard, Évelyne Brochu, Monia Chokri, Catherine De Léan, Hubert Lemire, Véronique Pascal et Frédéric Paquet