lundi 12 février 2007

Théâtre/improvisation - La LIM

Par Yves Rousseau

Une fois de plus, dimanche le 11 février, j'ai assisté à une incroyable et désopilante performance d'improvisation à la Ligue d'improvisation Montréalaise (LIM), qui existe depuis 15 ans, et se produit au Lion D'or les dimanches, d'octobre à mai. Le coût d'entrée, abordable pour tous, est de 7$ par soirée, ce qui dénote un touchant souci d'accessibilité et de démocratisation de la culture, surtout si vous considérez que la plupart des artisans impliqués se donnent absolument gratuitement.

Les joueurs de la LIM n'évoluent pas sur une « patinoire », comme pour la LNI, mais sur une scène. Une improvisation typique est soit de durée courte, moyenne ou longue, avec thème et parfois contrainte (souvent grotesque), un nombre de joueurs précis, et peut être mixte ou comparée. Les accessoires sont tolérés. Un trio de musiciens, Acide Citrique, participe en créant un contexte musical approprié pendant les improvisations, leurs interventions allant parfois jusqu'à la suggestion. Certaines impros sont même basées sur un thème musical libre ou commandé. Le vote servant à déterminer l'équipe gagnante se fait par bulletin, à la fin du match. Ce dernier comporte deux périodes d'environ 1 h 15 chacune. Il y a un arbitre, et un maître de cérémonie irrévérencieux à souhait. La formule offre donc un large éventail de possibilités et de territoires de création. Le tout se déroule dans l'atmosphère festive, chaleureuse et bon enfant du Lion D'Or.

Il y a du coeur là-dedans, beaucoup, et de l'argent, peu. Et une très grande beauté.

Les acteurs sont de très haut calibre, beaucoup possèdent une formation d'une école de théâtre réputée, et on les retrouve régulièrement dans diverses productions théâtrales. Pensons à Simon Rousseau, Sophie Cadieux, Salomé Corbo, Antoine Vézina, Anaïs Favron, il est impossible de tous les nommer.

Les improvisations sont très accessibles, mais sans emprunter au plus bas dénominateur commun; elles dénotent un certain bagage culturel, ou enfin une illusion convaincante de bagage culturel. On y rit de bon cœur, et parfois on y explore des zones plus dramatiques de l'interprétation.

En parlant de contenu, je pense en particulier à quelques improvisations : Ce dimanche par exemple, l'incroyable Frédéric Barbusci jouant un enfant mourant d'une condition pulmonaire entouré de sa famille bougon-esque exaspérée par l'attente interminable. Apparait le truculent René Rousseau, dans un de ces numéros de médecin humoriste/magicien déjanté, puis s'adressant aux parents : « On lui a donné plein de médicaments, mais ça n'a pas marché, il ne meurt pas, (la salle de s'esclaffer) alors peut-être en le faisant rire... », et la famille d'acquiescer avec espoir (la salle croule). Rien de cela n'est préparé, mais en quelques secondes, un rire jaune et un propos éditorial pertinent sur l'euthanasie et le système de santé. Ou encore cette improvisation "Cabaret Dadaïste" d'un absurde très convainquant avec cette pose et ce ton affecté caractéristique du genre. Je pense également à cette brillante impro vue fin 2006, une parodie d'une représentation d'une tragédie grecque, mais vue de l'arrière-scène, avec les techniciens rétifs parlant trop fort et audibles depuis la « salle », et les comédiens surgissant en panique, engueulant les techniciens, ratant ainsi leur "Q", laissant leurs compagnons sur scène pris à improviser, le corps à moitié en coulisse, hystériques, « Il arrive, le voilà, Télémaque » avec le ton grandiloquent très « vieille école "; une parodie tellement juteuse, un règlement de compte, le théâtre dans le théâtre, dans une auto-dérision grinçante. Quelle vivacité d'esprit.

La LIM, pour de belles soirées, rires et gamme complète d'émotions au rendez-vous!

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La LIM, tous les dimanches jusqu'au 13 mai au Lion D'or, 1676 Ontario Est — entrée à 19 h 30