Par Yves Rousseau
La vie de l'écrivain Virginia Woolf
Sur la scène, une chaise de bois et un récamier. L'arrière scène et le côté cour est ceint d'un écran de rétroprojection courbé. L'aire de jeux est entièrement recouverte de tapis « shaggy ». Très minimaliste, spartiate. Quelques effets sonores d'ambiance et de transition complètent.
D'abord, voici d'essentielles références très schématiques sur Virginia Woolf, illustrées dans la pièce: Elle est issue de la bourgeoisie victorienne littéraire, famille recomposée; abus sexuels de la part de ses demi-frères; traumatisée par la perte successive de sa soeur, sa mère et son père. Dépression, bref internement; atteinte du trouble bipolaire, adolescence assez trouble, lutte perpétuelle contre la dépression, anorexie, morcellement d'un moi fragile. Quelques tentatives de suicide. L'écriture lui permet de s'accrocher. Mariée avec un membre de son cercle littéraire, Léonard Woolf, qui devient son éditeur. Rencontre en 1922 Vita Sackville-West, une brulante passion saphique, inspirant son roman « Orlando », un androgyne aux multiples facettes qui traversera le temps, l'espace : une allégorie sur l'identité sexuelle. Suicide à 59 ans, au seuil de la folie.
Citons le programme : "Les personnages de ce spectacle ont... des contours non définis... prennent parfois la forme ou le corps de l'écrivain, du mari, de la soeur, de l'amie tels que ... V. Woolf les transforme ou les utilise dans son oeuvre. Ils empruntent parfois la voix de certains personnages d'Orlando, ou celle de Virginia elle-même". C'est très cela, par une série de juxtapositions, de transpositions, complexes dérives assez oniriques, le tout étant suggéré avec un minimum d'effets. Un procédé rendant bien la complexité de l'âme humaine, une entité aux multiples moi, comme l'avait envisagé Virginia Woolf avec Orlando.
Les déplacements se font au ralentis, l'expression des acteurs est assez minimaliste, la pose souvent statique, volontairement contrôlée, figée, les effets visuels sont sobres, bref tout est orienté vers le texte, un exercice de style plutôt littéraire : certains aimeront, d'autres trouveront le tout d'une certaine lourdeur.
Un rendu servis par des acteurs compétents, mais à l'intérieur de limites très étroites d'une trajectoire scénique très précise, méticuleuse; la performance semble ainsi moins personnalisée, unique à un interprète du fait de cet encadrement, ou de cette impression d'encadrement: elle semble plutôt découler d'une direction très orientée, ou enfin, donnant cette impression. Était-ce le but, d'amener cette sensation de manque de liberté, comme façon d'aborder l'univers étouffant, le carcan social victorien dans lequel était prise Virginia Woolf ?
Une grande richesse dans cette représentation impressionniste de l'univers Woolf, certes, mais c'est très peu didactique : ça demande donc une certaine initiation préalable. Réviser votre VW, bio et textes, avant, est essentiel, sinon vous pourriez être assez désorientés. Par exemples, la scène ou il est question de Marcel Proust: il faut bien connaitre les détails d'une de ses terribles phases de découragement et de dévalorisation du moment face à l'écriture de Proust; son suicide, par noyade, ne sera pas évident, sous-entendu par cette persistante suggestion sonore composée par des bruits d'eau, de vagues et de vent.
Brillant, mais un genre qui ne me rejoint pas tout le monde !
__________________________________________________________________
Textes — Brigitte Haentjens / avec Céline Bonnier, Marie-Claude Langlois et Sébastien Ricard, d'après Virginia Woolf
mise en scène — Brigitte Haentjens
Scénographie — Anick La Bissonière
Une création de SIBYLLINES en coproduction avec L’USINE C
En supplémentaire jusqu'au 16 févrierr
Sur la scène, une chaise de bois et un récamier. L'arrière scène et le côté cour est ceint d'un écran de rétroprojection courbé. L'aire de jeux est entièrement recouverte de tapis « shaggy ». Très minimaliste, spartiate. Quelques effets sonores d'ambiance et de transition complètent.
D'abord, voici d'essentielles références très schématiques sur Virginia Woolf, illustrées dans la pièce: Elle est issue de la bourgeoisie victorienne littéraire, famille recomposée; abus sexuels de la part de ses demi-frères; traumatisée par la perte successive de sa soeur, sa mère et son père. Dépression, bref internement; atteinte du trouble bipolaire, adolescence assez trouble, lutte perpétuelle contre la dépression, anorexie, morcellement d'un moi fragile. Quelques tentatives de suicide. L'écriture lui permet de s'accrocher. Mariée avec un membre de son cercle littéraire, Léonard Woolf, qui devient son éditeur. Rencontre en 1922 Vita Sackville-West, une brulante passion saphique, inspirant son roman « Orlando », un androgyne aux multiples facettes qui traversera le temps, l'espace : une allégorie sur l'identité sexuelle. Suicide à 59 ans, au seuil de la folie.
Citons le programme : "Les personnages de ce spectacle ont... des contours non définis... prennent parfois la forme ou le corps de l'écrivain, du mari, de la soeur, de l'amie tels que ... V. Woolf les transforme ou les utilise dans son oeuvre. Ils empruntent parfois la voix de certains personnages d'Orlando, ou celle de Virginia elle-même". C'est très cela, par une série de juxtapositions, de transpositions, complexes dérives assez oniriques, le tout étant suggéré avec un minimum d'effets. Un procédé rendant bien la complexité de l'âme humaine, une entité aux multiples moi, comme l'avait envisagé Virginia Woolf avec Orlando.
Les déplacements se font au ralentis, l'expression des acteurs est assez minimaliste, la pose souvent statique, volontairement contrôlée, figée, les effets visuels sont sobres, bref tout est orienté vers le texte, un exercice de style plutôt littéraire : certains aimeront, d'autres trouveront le tout d'une certaine lourdeur.
Un rendu servis par des acteurs compétents, mais à l'intérieur de limites très étroites d'une trajectoire scénique très précise, méticuleuse; la performance semble ainsi moins personnalisée, unique à un interprète du fait de cet encadrement, ou de cette impression d'encadrement: elle semble plutôt découler d'une direction très orientée, ou enfin, donnant cette impression. Était-ce le but, d'amener cette sensation de manque de liberté, comme façon d'aborder l'univers étouffant, le carcan social victorien dans lequel était prise Virginia Woolf ?
Une grande richesse dans cette représentation impressionniste de l'univers Woolf, certes, mais c'est très peu didactique : ça demande donc une certaine initiation préalable. Réviser votre VW, bio et textes, avant, est essentiel, sinon vous pourriez être assez désorientés. Par exemples, la scène ou il est question de Marcel Proust: il faut bien connaitre les détails d'une de ses terribles phases de découragement et de dévalorisation du moment face à l'écriture de Proust; son suicide, par noyade, ne sera pas évident, sous-entendu par cette persistante suggestion sonore composée par des bruits d'eau, de vagues et de vent.
Brillant, mais un genre qui ne me rejoint pas tout le monde !
__________________________________________________________________
Textes — Brigitte Haentjens / avec Céline Bonnier, Marie-Claude Langlois et Sébastien Ricard, d'après Virginia Woolf
mise en scène — Brigitte Haentjens
Scénographie — Anick La Bissonière
Une création de SIBYLLINES en coproduction avec L’USINE C
En supplémentaire jusqu'au 16 févrierr