Par Yves Rousseau
La farce triste
Ils surgissent, laids, difformes, tonitruantes caricatures d'elle et de lui. Des bouffons aux attributs génitaux exacerbés, dans cette scénographie minimaliste composée d'une table et d'une chaise très rustique.
Puis ça débute. Par le biais de la fable, voilà un cynique procès des lubies propres à l'éternel masculin et féminin. Sous le couvert de bouffonnerie trash, tout est précipité sur la lame d'un humour noir au cynisme se roulant dans la fange d'une vulgarité sans nom : la vanité, le désir d'être belle et de se voir dans le regard de l'autre, le mythe de blanche neige et de l'amour toujours, l'aveuglement face au mariage, et tutti quanti. Bref, c'est toute la mythologie du couple, de la féminité, de la masculinité, de l'amour qui est passé sous le rouleau compresseur de l'écriture de Marcelle Dubois, une enfant de la génération du divorce, de la désillusion : la cruelle lucidité de ceux qui ne peuvent même plus se raconter d'histoire devant l'état des lieux. Auto-thérapie, exultation, défoulement, purgation? On ne sait pas. Mais ne vaut-il pas mieux en rire qu'en pleurer, après tout?
Dans la salle, devant les vulgarités, les pitreries, le rire se faisait gras autour de moi. Mais sous cette farce, on ne voyait qu'un grand cri du cœur, une douleur expiée par le mécanisme contra-dépressif du rire. Comme dans cette chanson d'Aznavour (les plaisirs démodés) ou sous une musique psychédélique, mais complètement ailleurs; "Viens noyés dans la cohue, mais dissociés du bruit, comme si sur la Terre il n'y avait que nous ". Noyé donc, dans ces rires gras, mais complètement dissocié de la farce, on ne pouvait que voir, sentir et vivre ce que portait cette pièce en sous-texte. La douleur, l'anxiété, le cynisme, la désillusion chez toute une génération de très jeunes femmes auteurs, et cette préoccupation face à ce non-lieu du couple et de l'amour qui ne semblent plus pouvoir se réinventer. D'êtres qui ne parviennent plus à se rejoindre et s'aimer, et qui en souffrent, car ils ont cruellement besoin d'exister dans le regard de l'autre...
Les comédiens se donnent avec générosité, avec un jeu très physique, très Commedia dell'arte et servent avec conviction ce double niveau, consommant jusqu'à la lie l'absurde, le grotesque assumé du texte pour ne mieux que rendre le sous-entendu cynique. David-Alexandre Després, très bien entouré, se signale dans plusieurs numéros complètement déjantés, et on reconnait bien le jeu énergique et iconoclaste par lequel s'était déjà signalé dans plusieurs rôles de soutien, comme, entre autres, celui de Borkine, clownesque ivrogne dans la pièce « Ivanov » de Tchekhov, présentée il y a quelques mois.
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Ils surgissent, laids, difformes, tonitruantes caricatures d'elle et de lui. Des bouffons aux attributs génitaux exacerbés, dans cette scénographie minimaliste composée d'une table et d'une chaise très rustique.
Puis ça débute. Par le biais de la fable, voilà un cynique procès des lubies propres à l'éternel masculin et féminin. Sous le couvert de bouffonnerie trash, tout est précipité sur la lame d'un humour noir au cynisme se roulant dans la fange d'une vulgarité sans nom : la vanité, le désir d'être belle et de se voir dans le regard de l'autre, le mythe de blanche neige et de l'amour toujours, l'aveuglement face au mariage, et tutti quanti. Bref, c'est toute la mythologie du couple, de la féminité, de la masculinité, de l'amour qui est passé sous le rouleau compresseur de l'écriture de Marcelle Dubois, une enfant de la génération du divorce, de la désillusion : la cruelle lucidité de ceux qui ne peuvent même plus se raconter d'histoire devant l'état des lieux. Auto-thérapie, exultation, défoulement, purgation? On ne sait pas. Mais ne vaut-il pas mieux en rire qu'en pleurer, après tout?
Dans la salle, devant les vulgarités, les pitreries, le rire se faisait gras autour de moi. Mais sous cette farce, on ne voyait qu'un grand cri du cœur, une douleur expiée par le mécanisme contra-dépressif du rire. Comme dans cette chanson d'Aznavour (les plaisirs démodés) ou sous une musique psychédélique, mais complètement ailleurs; "Viens noyés dans la cohue, mais dissociés du bruit, comme si sur la Terre il n'y avait que nous ". Noyé donc, dans ces rires gras, mais complètement dissocié de la farce, on ne pouvait que voir, sentir et vivre ce que portait cette pièce en sous-texte. La douleur, l'anxiété, le cynisme, la désillusion chez toute une génération de très jeunes femmes auteurs, et cette préoccupation face à ce non-lieu du couple et de l'amour qui ne semblent plus pouvoir se réinventer. D'êtres qui ne parviennent plus à se rejoindre et s'aimer, et qui en souffrent, car ils ont cruellement besoin d'exister dans le regard de l'autre...
Les comédiens se donnent avec générosité, avec un jeu très physique, très Commedia dell'arte et servent avec conviction ce double niveau, consommant jusqu'à la lie l'absurde, le grotesque assumé du texte pour ne mieux que rendre le sous-entendu cynique. David-Alexandre Després, très bien entouré, se signale dans plusieurs numéros complètement déjantés, et on reconnait bien le jeu énergique et iconoclaste par lequel s'était déjà signalé dans plusieurs rôles de soutien, comme, entre autres, celui de Borkine, clownesque ivrogne dans la pièce « Ivanov » de Tchekhov, présentée il y a quelques mois.
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Texte — Marcelle Dubois
Mise en scène — Jacques Laroche
Avec — Valérie Beaulieu, David-Alexandre Després, Érika Gagnon
Une production du Théâtre les Porteuses d'Aromates