Par Yves Rousseau
En Afrique, des servants noirs considérent avec incrédulité ces blancs bizarres et incompréhensibles, un couple querelleur, complètement déglingué et paranoïde vivant dans une villa-bunker bulle d'occident en un état de siège perpétuel : ils sont complètement inadaptés à cet environnement. On y trouve ce bruit envahissant, croassements, cillements, cris, tamtam, puis ces parasites corporels exaspérants, ces insectes sortant des canalisations, ces essaims de fourmis passant comme un ouragan, ces indigènes indisciplinés, ces objets disparaissant sans explications et cette chaleur! Puis le pays, les communications qui ne fonctionnent pas, les dirigeants corrompus avec qui il faut tout marchander, un cauchemar pour ce coopérant international censé creuser des puits : les matériaux sont volés, les fonds s'évaporent, on ne sait, où, et cent millions de couronnes et dix années plus tard, seulement trois puis opérationnels...
Alors, partir, faire les valises, car un remplaçant arrive...
Mais qui est vraiment corrompu? Qu'est-ce qui se cache sous cette prétendue bienfaisance de blancs grassement payés, soit en un an, ce que gagnerait en neuf vies leur bonne noire ! Lui, un pervers, un voyeur adepte de très jeunes femmes qu'il soudoient afin de les photographier nues lors de ses pérégrinations à travers le pays, et un meurtrier ? « C'est l'Afrique... », rétorquera-t-il. Elle, cette rombière vénale embourgeoisée confrontant d'abord son mari, mais finissant finalement par le défendre face au remplaçant? Le beau couple! Et que dire de ce substitut (déjà enrichi par ses affaires en Afrique...), arrivant avec de grandes intentions, mais toujours la même transposition maladroite de valeurs occidentales: ce dernier se déglingue si rapidement, sa superbe assurée disparait, rejoignant rapidement un état pathétiquement semblable à ses prédécesseurs. Le cycle se répète.
Les aidons-nous à vivre, ou les aidons-nous à mourir? Voilà la question qui revient en leitmotiv dans la pièce, qui étale dans toute sa splendeur la problématique de l'aide internationale. Mais on peut ajouter ici, qui profite de qui? Et qui a vraiment besoin d'aide?
Dans ce décors (Jean-François Labbé) représentant une luxueuse villa, avec cette énorme porte munie de multiples verrous qu'on n'ose ouvrir qu'avec de grandes précautions, la vacuité d'une certaine façon d'être (caustiquement et chirurgicalement étalée par l'écriture de Henning Mankell) se noie dans l'alcool. La trame sonore très élaborée (Eutreke) donne vie cet environnement extérieur oppressant qu'on ne voit jamais, tout comme ces domestiques, interlocuteurs invisibles dont la présence est suggérée par un projecteur de poursuite.
Excellente interprétation et une composition particulièrement élaborée de Gabriel Arcand, dans le rôle de cet homme désillusionné, désorienté et désorganisé, n'arrivant même plus à sauver les apparences. La mise en scène met bien en relief ce non-lieu conjugal, dans une suite de crescendos et de décrescendos d'intensités dans lequel les protagonistes s'approchent, s'éloignent, puis se re-précipitent l'un contre l'autre s'affrontant dans un contretemps perpétuel avec chacun et l'environnement. Une cynique valse.
Le mérite d'aborder sans compromis un sujet sensible dans une pièce pas évidente à rendre.
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Texte — Henning Mankell
Traduction — Gabrielle Rozsaffy, avec la collaboration de Bernard Chartreux
Mise en scène — Carmen Jolin
Avec Gabriel Arcand, Danielle Lépine, Paul Doucet
Scénographie — Jean-François Labbé
Éclairages — Marie-Michelle Mailloux
Montage sonore — Euterke
Théâtre Prospero
Du 16 janvier au 10 février 2007
Billetterie : 514-526-6582
En Afrique, des servants noirs considérent avec incrédulité ces blancs bizarres et incompréhensibles, un couple querelleur, complètement déglingué et paranoïde vivant dans une villa-bunker bulle d'occident en un état de siège perpétuel : ils sont complètement inadaptés à cet environnement. On y trouve ce bruit envahissant, croassements, cillements, cris, tamtam, puis ces parasites corporels exaspérants, ces insectes sortant des canalisations, ces essaims de fourmis passant comme un ouragan, ces indigènes indisciplinés, ces objets disparaissant sans explications et cette chaleur! Puis le pays, les communications qui ne fonctionnent pas, les dirigeants corrompus avec qui il faut tout marchander, un cauchemar pour ce coopérant international censé creuser des puits : les matériaux sont volés, les fonds s'évaporent, on ne sait, où, et cent millions de couronnes et dix années plus tard, seulement trois puis opérationnels...
Alors, partir, faire les valises, car un remplaçant arrive...
Mais qui est vraiment corrompu? Qu'est-ce qui se cache sous cette prétendue bienfaisance de blancs grassement payés, soit en un an, ce que gagnerait en neuf vies leur bonne noire ! Lui, un pervers, un voyeur adepte de très jeunes femmes qu'il soudoient afin de les photographier nues lors de ses pérégrinations à travers le pays, et un meurtrier ? « C'est l'Afrique... », rétorquera-t-il. Elle, cette rombière vénale embourgeoisée confrontant d'abord son mari, mais finissant finalement par le défendre face au remplaçant? Le beau couple! Et que dire de ce substitut (déjà enrichi par ses affaires en Afrique...), arrivant avec de grandes intentions, mais toujours la même transposition maladroite de valeurs occidentales: ce dernier se déglingue si rapidement, sa superbe assurée disparait, rejoignant rapidement un état pathétiquement semblable à ses prédécesseurs. Le cycle se répète.
Les aidons-nous à vivre, ou les aidons-nous à mourir? Voilà la question qui revient en leitmotiv dans la pièce, qui étale dans toute sa splendeur la problématique de l'aide internationale. Mais on peut ajouter ici, qui profite de qui? Et qui a vraiment besoin d'aide?
Dans ce décors (Jean-François Labbé) représentant une luxueuse villa, avec cette énorme porte munie de multiples verrous qu'on n'ose ouvrir qu'avec de grandes précautions, la vacuité d'une certaine façon d'être (caustiquement et chirurgicalement étalée par l'écriture de Henning Mankell) se noie dans l'alcool. La trame sonore très élaborée (Eutreke) donne vie cet environnement extérieur oppressant qu'on ne voit jamais, tout comme ces domestiques, interlocuteurs invisibles dont la présence est suggérée par un projecteur de poursuite.
Excellente interprétation et une composition particulièrement élaborée de Gabriel Arcand, dans le rôle de cet homme désillusionné, désorienté et désorganisé, n'arrivant même plus à sauver les apparences. La mise en scène met bien en relief ce non-lieu conjugal, dans une suite de crescendos et de décrescendos d'intensités dans lequel les protagonistes s'approchent, s'éloignent, puis se re-précipitent l'un contre l'autre s'affrontant dans un contretemps perpétuel avec chacun et l'environnement. Une cynique valse.
Le mérite d'aborder sans compromis un sujet sensible dans une pièce pas évidente à rendre.
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Texte — Henning Mankell
Traduction — Gabrielle Rozsaffy, avec la collaboration de Bernard Chartreux
Mise en scène — Carmen Jolin
Avec Gabriel Arcand, Danielle Lépine, Paul Doucet
Scénographie — Jean-François Labbé
Éclairages — Marie-Michelle Mailloux
Montage sonore — Euterke
Théâtre Prospero
Du 16 janvier au 10 février 2007
Billetterie : 514-526-6582