jeudi 25 janvier 2007

Guillaume et Mélanie ou de la marde et des patates dans le même légume

Par Yves Rousseau

L'action se déroule dans un camping sur des îlots dans un lac artificiel infect; de la tôle ondulée, un stand à patate, bref une élégie du « kétainisme» par une scénographie (excellent travail avec peu de moyens de Julie-Ange Breton) d'un mauvais goût volontairement surfait.

Il y a un groupe de jeunes désabusés, narcissiques, individualistes, cyniques, matérialistes. Ils se nourrissent du beigne du culte de l'image, recouvert du glaçage de la vacuité et du consumérisme, avec au centre le trou moite de la sursexualisation, sous l'égide du « vedgisme ». Ils s'utilisent bien plus qu'ils ne vivent ensemble, même les éléments fondamentaux de la vie comme la quête de sens et d'identité sont évacués sous forme de dérisions sarcastiques et acides.

Guillaume Lambert, très drôle, excelle dans ce rôle du père qui est un chef scout, un vieux cochon rigide et réactionnaire très intéressé par les courbes de ses pupilles féminines; son "suiveux", M.B Beaulieu joue avec délice le « téteux » de service. Ce père, un coq de village, organise un concours du plus beau couple de façon à asseoir son statut de mâle dominant en "matchant" son fils (Jean-François Boivenue, dégoulinant de cynisme) avec la belle du coin, bien joué par Rosemarie Craig en adolescente hypersexualisée avec comme dimensions existentielles l'obsession de son corps (dévalorisé), le magasinage, la séduction et le cul. Il y a l'antithèse de cette ado, la sage (Valérie Cadieux, un jeu très sensible) et finalement le gros « tarlais » qui est le comparse du fils, joué par Mathieu Quesnel avec cette diction, cette lourdeur volontaire, ce surrespect appuyé du texte, qui n'est pas sans rappeler certains personnages d'abrutis quelque peu inquiétants joués par Robert Gravel ou encore Gildor Roy. L'organisation de la compétition prend place tant bien que mal, mais le tout semble se diriger vers un fiasco monumental...

Donc un vaudeville (on rigole!) à thématique sociale en sous-texte, dans un univers d'une vulgarité consommée, à notre grand plaisir. Rythme rapide justifié, sauf pour quelques scènes qui gagneraient à êtres moins précipitées, juste un peu plus d'écoute, de silences stratégiques et de nuances.

Voilà certes de quoi donner  l'impression d'une progression marquée au niveau du rendu, depuis la première pièce de cette troupe au printemps 2006 intitulée "Vodka et Kalashnikoff", qui était déjà d'un niveau correct. Les comédiennes, en particulier, héritent ici de rôles beaucoup plus substantiels et cela contribue beaucoup à l'enrichissement du tout.

Plusieurs de ces comédiens récemment gradués s'étaient signalés à l'École Supérieure de Théâtre (Urbi et Orbi, Sous-Sol, Beckett...) et au CADM (Chroniques, etc.) dans leurs productions de finissants 2006.

Une jeune troupe dynamique et prometteuse dont je compte continuer à suivre la progression.

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Texte
Jean-Fançois Boisvenue
Mise en scène
Andrée Chalifour
Interprétation
Maxime Blondeau Beaulieu, Jean-François Boisvenue, Valérie Cadieux, Rosemarie Craig, Guillaume Lambert, Mathieu Quesnel
Décors
Julie-Ange Breton, Jacinthe Doucet-Dagenais
Costumes
Andrée Chalifour
Son
Max-Antoine Proulx
Éclairages
Vicki Grenier
Du 16 janvier au 28 janvier 2007
mardi au dimanche à 20 h
Espace Geordie - 4001, rue Berri - 514 582-1623