Par Yves Rousseau
Le bélier et la fourmi : La force tranquille des mots
La pièce trace le parcours existentiel d'un réfugié politique algérien qui se retrouve à faire de la suppléance dans une de nos magnifiques polyvalentes québécoises. Nous suivons ainsi sa trajectoire et sa confrontation avec notre société et nos valeurs et la pièce présente un point de vue sensible et humain sur les affres de l'immigration.
Nous voici donc, québécois de souche, bien enfermés dans la forteresse « bélier-résistante » de nos certitudes fabriquées à coup de refoulements, dans le confort de l'indifférence, à ne pas dire, à ne pas nommer. Puis, l'auteur, Évelyne, telle une petite fourmi, s'y glisse subtilement de son superbe verbe, puis traverse les murs épais de l'indifférence, semant avec sensibilité, tendresse et intelligence des mots qui questionnent et poursuivent leur chemin bien après la pièce.
Avec son bagage, son passé composé d'expériences atroces (sa famille décimée, il a dû fuir son pays), voici Bashir. Il nomme, il dit sa souffrance pour l'exorciser. Et ça heurte ce milieu-école (et...garderie...) où il y a eu ce suicide. Un sujet qu'on ne veut pas nommer, qui est étouffé à coup de psychologues.
Voilà qui nous questionne beaucoup sur notre relation avec la douleur, avec nos blessures historiques. Ne vivons nous-pas dans un pays où toutes les questions viscérales sont évacuées dès qu'on les aborde dans quelques tribunes, et ce, à grands coups de calembours, de rires gras et de tapes dans le dos. Nos taux de suicide faramineux ne sont-ils pas directement liés à ce refoulement, cette incapacité à nommer ? Pensons seulement notre difficulté face aux débats d'idées, face à la divergence?
Mais comment nommer, dire, extérioriser si la langue n'est pas plus maitrisée? Une faillite de notre système éducatif? Bashir, avec son air distingué, son complet propret, son langage, son orthographe et ses manières impeccables détonne complètement dans cet environnement. Il cherche à transmettre sa passion pour la littérature et le bon parlé (et écrit) s'étonne de beaucoup de nos de nos champs d'interventions scolaires tellement élargis que l'essentiel en vient à être négligé. Puis l'éducation est un secteur peu socialement valorisé : n'est-ce pas Serge Larrivée, chercheur émérite à l'UdeM, qui avait par une étude démontré qu'entre toutes, les facultés d'éducation comptaient les performances les plus basses, et ce par une marge très (!) significative, et ce, surtout au niveau du langage et de l'écrit?
Une pièce très pertinente.
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Texte - Évelyne de la Chenelière
Mise en scène -Daniel Brière
Avec - Denis Gravereaux
Scénographie - Oum-Keltoum Belkassi
Environnement sonore - Danny Braün
Du 16 janvier au 3 février 2007, salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui
Supplémentaires du 6 au 10 février et du 13 au 17 février 2007
Billetterie : 514-282-3900
Le bélier et la fourmi : La force tranquille des mots
La pièce trace le parcours existentiel d'un réfugié politique algérien qui se retrouve à faire de la suppléance dans une de nos magnifiques polyvalentes québécoises. Nous suivons ainsi sa trajectoire et sa confrontation avec notre société et nos valeurs et la pièce présente un point de vue sensible et humain sur les affres de l'immigration.
Nous voici donc, québécois de souche, bien enfermés dans la forteresse « bélier-résistante » de nos certitudes fabriquées à coup de refoulements, dans le confort de l'indifférence, à ne pas dire, à ne pas nommer. Puis, l'auteur, Évelyne, telle une petite fourmi, s'y glisse subtilement de son superbe verbe, puis traverse les murs épais de l'indifférence, semant avec sensibilité, tendresse et intelligence des mots qui questionnent et poursuivent leur chemin bien après la pièce.
Avec son bagage, son passé composé d'expériences atroces (sa famille décimée, il a dû fuir son pays), voici Bashir. Il nomme, il dit sa souffrance pour l'exorciser. Et ça heurte ce milieu-école (et...garderie...) où il y a eu ce suicide. Un sujet qu'on ne veut pas nommer, qui est étouffé à coup de psychologues.
Voilà qui nous questionne beaucoup sur notre relation avec la douleur, avec nos blessures historiques. Ne vivons nous-pas dans un pays où toutes les questions viscérales sont évacuées dès qu'on les aborde dans quelques tribunes, et ce, à grands coups de calembours, de rires gras et de tapes dans le dos. Nos taux de suicide faramineux ne sont-ils pas directement liés à ce refoulement, cette incapacité à nommer ? Pensons seulement notre difficulté face aux débats d'idées, face à la divergence?
Mais comment nommer, dire, extérioriser si la langue n'est pas plus maitrisée? Une faillite de notre système éducatif? Bashir, avec son air distingué, son complet propret, son langage, son orthographe et ses manières impeccables détonne complètement dans cet environnement. Il cherche à transmettre sa passion pour la littérature et le bon parlé (et écrit) s'étonne de beaucoup de nos de nos champs d'interventions scolaires tellement élargis que l'essentiel en vient à être négligé. Puis l'éducation est un secteur peu socialement valorisé : n'est-ce pas Serge Larrivée, chercheur émérite à l'UdeM, qui avait par une étude démontré qu'entre toutes, les facultés d'éducation comptaient les performances les plus basses, et ce par une marge très (!) significative, et ce, surtout au niveau du langage et de l'écrit?
Une pièce très pertinente.
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Texte - Évelyne de la Chenelière
Mise en scène -Daniel Brière
Avec - Denis Gravereaux
Scénographie - Oum-Keltoum Belkassi
Environnement sonore - Danny Braün
Du 16 janvier au 3 février 2007, salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui
Supplémentaires du 6 au 10 février et du 13 au 17 février 2007
Billetterie : 514-282-3900