Par Yves Rousseau
Imaginez, vous avez eu un accident vasculaire cérébral sévère. Comateux, votre cerveau endommagé est envahi d'images, de bruits, de fantasmes. Vous voguez dans cet univers parfois contradictoire où les pulsions ne sont plus vraiment gérées, dans une juxtaposition où vous pouvez vivre à la fois une chose et son contraire.
Quand « Johnny s'en va-t-en-guerre » de Trumbo rencontre le 450, le kitsch, le spleen sociétal actuel, dans un voyage psychédélique dans les limbes de l'inconscient d'un esprit asphyxié: une suite de dérives psychologiques dans un ailleurs représenté par cette scénographie aux accents d'expressionnisme « kétaine gothique » dans un dantesque bungalow néo-rococo flamboyant vinylisé et gazonné, sous l'étendard de l'érotico-moche « cheap » à là Losique. Une transposition à peine voilée de la grande poutine relationnelle contemporaine, noyée dans le « gravy » d'un érotisme à cinq « cennes ».
Ne cherchez pas à vous cramponner à un fil narratif, acceptez la proposition théâtrale axée sur la déconstruction volontaire du procédé et des unités, car cela participe justement de cette représentation surréaliste, symboliste et finalement impressionniste de ce dantesque monde pulsionnel, de juxtapositions : violence, honte, vulnérabilité, peur, rejet, douleur, étapes marquantes, c'est l'ébullition de toute une vie. Vous ne contemplez pas une toile représentative, mais le patchwork existentiel d'un ACV, la représentation iconoclaste d'un monde occidental en pleine déchéance dont les valeurs sont revues sous l'angle de l'ironie et du cynisme.
La pièce n'est donc pas inégale, comme mentionné par certains critiques. C'est une suite truculente, festive, déjantée et animée de tableaux, il n'y a pas de longueur, mais plutôt des mouvements, comme pour une symphonie. Comédiens solides, impeccables se donnant avec générosité et fraternité, trame sonore unique, un vrai bon moment de théâtre.
L'ACV d'un monde d'amour, de cul et de violence.
Unique !
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Production Nouveau Théâtre Expérimental
9 JANVIER au 3 FÉVRIER 2007 du mardi au samedi à 20 h 30, théâtre Espace Libre
Auteurs et metteur en scène — Didier Lucien et Guillermina Kerwin
Éclairages — Thomas Godefroid
Direction technique - Christian Gagnon
Régie — Guillaume Cyr
Distribution — Guillermina Kerwin, Valérie Le Maire, Didier Lucien, Widemir Normil, Frédéric Pierre et Brigitte Poupart