samedi 30 décembre 2006

Rétrospective théâtrale 2006

Par Yves Rousseau

Parmi plus de cent cinquante pièces vues en 2006, voici celles ayant semblé se démarquer, chacune accompagnée d'un court commentaire explicatif.

Trois secondes où la Seine n'a pas coulé – janvier – Salle Jean-Claude Germain - Microclimat Théâtre
Un magnifique texte de Larry Tremblay. Geneviève Martin est admirable dans son interprétation à la fois complexe, mais dépouillée. Voyage émouvant, poétique.

Beaver – janvier/février — Licorne – Théâtre Urbi et Orbi
Un superbe texte de Claudia Dey traduit par Yvan Bienvenue, une solide mise en scène de Philippe Lambert. Un trou perdu, dans le Nord de l'Ontario, un milieu fermé, étouffant, quasi consanguin; une vraie famille de cinglés, que vous aimerez haïr. La grand-mère, 150 kilos, alcoolique (ils le sont presque tous), à côté de qui Rita Bougon (et famille) a l'air d'un monument de raffinement; sa petite fille de 13 ans, Beaver, dont la mère s'est suicidée devant elle, son père, poète alcoolique, mou, lâche, irresponsable : Ses "tantes, Sima, une prostituée_dominatrice très charnelle (belle scène de chevauchée, avec Cowboy comme monture, un ami de beuverie du père, d'un drôle!), Nora, névrosée n'osant pas allumer le chauffage de peur du feu et chez qui Beaver sera placée, et une amie de la famille, une pyromane ayant fait brélés tout les hommes de sa famille, qui _l'abusaient. Rendus aux funérailles de la mère de Beaver, par moins 45 degrés, ces derniers oublieront la petite sur le chemin, ce qui donnera lieu à une panique générale : La pyromane ira chercher le père, à la taverne,saoul comme d'habitude, qui finira quand même par retrouver la fille. Nous la reverrons adultes, sur le point de se marier : échappera-t-elle à ce milieu? Le tout est joué comme un feu roulant et sans répits de répliques cinglantes, style O'Rowe (théâtre irlandais), complètement surréel, d'un humour sarcastique de rires jaunes et de scène qui vous arrachent le coeur. Comment oublier l'incroyable performance de ces comédiens?

Le Baiser – janvier – Espace Libre – Corpuscule Danse
Une touchante création de Johanne Madore. La danse quitte la verticalité pour s'éclater au-delà des règles de l'apesanteur : L'œuvre transcende les limites des dimensions physiques, au sens propre et figuré, la dimension des corps s'éclatant dans une métaphore en forme liberté : En résulte un univers redéfini, où l'âme plus que le physique exulte d'une sensualité, d'une énergie de vie, de la force tranquille de la tendresse vraie, univers éclaté existant selon ses propres règles, où les êtres dépouillés vivent au-delà de leurs propres vérités : volant, rampant, roulant, volatiles et éthérés, rêvant d'un ailleurs où les âmes communient. Oui, comme le mentionne la troupe, il y a une certaine élégie à Klimt, mais j'ai également trouvé certains tableaux très prés de l'émotion d'une de Frida Kahlo, entre autres la scène de la robe chaise (Kahlo s'était peinte en fauteuil roulant, suite à son accident, avec ce genre de robe). Et que dire de cette charmante scène surréaliste de la table, avec la pomme, la mimique enfantine, et cette magnifique trame sonore, avec chants spontanés d'enfants : par les couleurs, la « texture » du moment, le côté coloré, délicieusement naïf, ce côté Miyuki Tanobe, délicieux. Pour nous faire craquer encore plus, la poésie de Marie Uguay (ma préférée) : " ... Mon corps se défait avant de te rejoindre, avant de te connaitre seulement mon corps se défait...", et en parlant des roses symboliques de la pièce “il tire les rideaux graves sur ma peine, des labyrinthes d'histoire nous séparent, des roses peut-être...". Et puis, si vous n'avez pas déjà fondu, cette finale avec le “Clair de lune”, de Debussy, avec une intensité d'amour, de sensuelle tendresse réparatrice, d'une rare beauté et intensité, vous sentirez le sol se dérober sous vos pieds, impossible de résister à cela. Authenticité, beauté, portée universelle du message, dans une forme parfaitement accessible à tous.

La Tête blanche – janvier/février – Petite Licorne – Théâtre QUI VA LÀ
Un docu-fiction inspiré de la vie de Louise-Édith Hébert, création collective.

Sur la (minuscule) scène de la Petite licorne, trainant à l'avant centre, une vieille dame en jaquette et robe de chambre blanche, assise devant un déambulateur; un infirmier, donc visiblement un centre d'accueil. À sa droite, un piano blanc, à sa gauche, un DJ-narrateur-bonimenteur afro-canadien, qui vous accueille par une animation CKOI-esque, musique d'abord technotronique, puis afro-beat, sur vinyle. La musique se tait, dérive psychologique en flash-back, le spectre de son père apparait, la dame devient petite fille avec ce premier chien, offert par papa; puis retour au C.A., le spectre du Papa s'efface, pour être remplacé par l'infirmier, prenant ses notes médicales sous forme de partition musicale (métaphore), et jouant du piano. L'importance de cet instrument prendra de l'ampleur avec l'évolution de l'enfance du personnage, qui voulait tellement que son papa soit fier d'elle, à son premier récital : on y voit toute l'importance de cette relation, avec les joies, comme les blessures. Puis, la vie, le prétendant, le mariage, l'enfant, l'éclatement du mariage et le départ du fils, adulte : Finalement le vieillissement, l'incapacité de jouer du piano (arthrite), la peur, la mort, la crainte de souffrir, de l'oubli, de la solitude... Le récit est une alternance dérives psychologiques flash-back avec insertion poétique du narrateur, et les diverses scènes des dérives sont abordées sous l'angle du théâtre d'objet : Le chien est une nappe blanche chiffonnée, les invités du couple des pièces d'échecs, le fils une poupée dans une symbolique cage d'oiseaux : Pour la cérémonie funèbre où la dame enterre ses peurs, la caisse du piano droit s'ouvre et devient le cercueil d'une dépouille symbolique (la nappe...). C'est tout à fait charmant, poétique, touchant, la démarche est fort originale, on y sent une grande tendresse des (excellents) comédiens aux petits soins pour cette non-actrice (côté récitatif, lu), choses qu'elle nous fait par son charme, oublier.

La Campagne – janvier – M.D.C. C. D.N. — Compagnie Pétrus
L'intérêt de la pièce réside en grande partie sur ce texte, qui illustre à merveille le « être seul ensemble », toujours en non-lieu, dans les non-dits, en évitements, en paradoxes, et par la grande qualité des interprètes qui finissent par tirer leur épingle de jeux avec une pièce pas évidente à rendre et réalisée avec très peu de moyens. Justin Laramée et Delphine Bienvenue en particulier.

Bhopal – jan/fév — Espace Libre – coproduction du Théâtre Sortie de Secours et Teesri Duniya
Il y a un grand vide niveau des enjeux politiques et l'engagement dans le théâtre d'ici, même et surtout au niveau du théâtre soi-disant alternatif. Bravo.

La Chambre d'ami – février – Salle Jean-Claude Germain – Théâtre de Chambre
Vraiment rigolo, avec ce soir-là le comédien invité Gilles Renaud qui avait décidé de faire boire son personnage.

Le concept de la pièce est le suivant : à chaque représentation, un acteur est invité par la production. Une petite ficelle descend du plafond, une feuille accrochée que lit l'acteur : « bonjour, mon nom est untel...(résumé de la carrière)... je vais endosser le personnage principal dans une pièce que je n'ai pas lue, dans une production je n'ai pas vue et pour laquelle je n'ai pas répété... on vient tout juste de me dire la seule réplique que je devrai dire de la soirée... »! Le scénario est simple : un couple dysfonctionnel (pléonasme) un peu BCBG kétaine s'attend à recevoir la visite d'une célébrité de la radio, suite à un concours remporté . L'invité sonne, et s'ensuit une visite en règle de la maison, truculente dérision de la vie de banlieue. Le couple qui veut à tout prix donner bonne impression, par cette absurde visite chargée de nombreux détails insipides, farfelus et absurdes auxquels GR est censé s'intéresser...

Pendant la scène du souper, l'hôte ouvre une bouteille de vin imaginaire et sert GR : après avoir été relativement discret, ce dernier décide de faire boire son personnage; après avoir terminé la première bouteille et devenir passablement « guerlot », celui-ci s'ouvre une deuxième, puis tombe dans le « cognac » : C'est en véritable ivrogne Haddock-esque, qui passe du rire aux pleurs, qu'il poursuit son improvisation. Sous l'effet de l'alcool, il se met à s'intéresser aux courbes de l'épouse, devenant de plus en plus entreprenant, ce qui aboutira, au lit, à une pasionaria hystérique de l'épouse négligée dés que le mari aura le dos tourné : Dans une autre scène, le mari « discutant » avec l'invité s'assoit sur un petit escabeau, mais une patte lâche (pour vrai) et Champoux (réfrénant un fou rire) se retrouve les quatre fers en l'air, GR, toujours en ivrogne abruti, tentant de l'aider (en évitant de fendre), titubant, à se relever... Rigolons!

Club social des enfants du petit Jésus (Le) - février - M.D.C. N.D.G - Théâtre Bluff
Amusante pièce, et Isabelle Drainville (CLG 1993). Fantastique comédienne très douée.

Un journal, une annonce d'un local de sous-sol d'église mis à la disposition de quiconque souhaitant relancer un club social. S'y forme un groupe : Un handicapé atteint de paralysie cérébrale en fauteuil roulant (Pierre Monet-Bach, humour caustique) emmené par erreur au club par une granola hystérique compulsive voulant - tellement-aider-et-être-aimée (Isabelle Drainville) alors qu'il ne faisait que passer devant la bâtisse, une étudiante en psychosociologie cynique, gueularde et gouailleuse préparant sa thèse sur le morcellement des religions et voulant utiliser le groupe comme cobaye (Dominique Lamy), un humoriste boute-en-train préparant sont spectacle (Sébastien Renaud), et un poète anglophone inhibé (Dave Richer). Des locaux religieux sans crucifix, des cadres qui tombent tout seuls, de multiples portes qui s'ouvrent et se ferment mystérieusement et qui ne se déverrouillent qu'avec une unique clé, et seulement de l'intérieur, des bruits bizarres, dans une atmosphère à la fois burlesque, fantastique et surréaliste, avec un propos portant sur la place du spirituel dans nos sociétés. Nos amis décident de produire, à l'initiative de l'apprenti humoriste, un numéro prenant la forme d'une messe burlesque (tordante) avec un preacher, Dieu, le Christ et le diable : le preacher (Renaud!), dans une cérémonie grandiloquente et gothique tente de convaincre la Vierge (Drainville!), cancéreuse, de ne pas se suicider, faisant appel à un Dieu (Richer) narcoleptique qui fini par s'endormir sur le sort du monde, après avoir été confronté à un Satan qui a « fermé » l'enfer, obsolète, pour de moderniser et se recycler dans les nouvelles foires spirituelles et la location d'espace, un marché prometteur... Mais la cérémonie tourne court, nos amis sont mystérieusement embarrés dans les locaux, et le drame de chacun finit par faire surface... Riche, truculent, questionnement pertinent et très actuel, en cette période de fondamentalisme religieux atteignant parfois le fanatisme.


Le Tour du Monde en 4 jours – février – Salle Fred-Barry – Le Vieux-Coffre
Trippant, technotronique, buzzant et ... débridé. Pari, un café internet dans lequel Jules Verne a été téléporté à travers le temps : Il découvre l'internet et notre belle société « hyper-speedée» et la nouvelle réalité technologique. Le texte est riche, plein de jeux de mots, une suite continue de gag aux rebondissements truculents, une vraie bande dessinée à échelle humaine. La belle Marie-France Desranleau est tout simplement impayable dans sa façon de donner vie à cette marionnette, du grand art, Daniel Desparois en garçon de café parigot roublard et gouailleur entrainé dans le périple, truculent, Blaise Tardif, en Philieas Fogg très british, excellent, Carl Poliquin en Fix imbu de lui-même au dernier degré, craquant, Valérie Beaulie, en Aouda, « trippante ». Fantastique décor de Véronic Denis, et cette marionnette de Véronique Bertrand !

Histoire lamentable de Titus – mars – Espace Libre – Omnibus
Denis Mercier !

Gargarin Way – mars – Licorne — Théâtre De La Manufacture et Trans-Théâtre
Les lendemains amers du vingtième siècle. Superbe. Texte original de Gregory Burke traduit par Yvan Bienvenue, dans une mise en scène de Michel Monty.

Un réduit à outils en zone industrielle, ville ouvrière : Quatre personnages; un jeune diplômé universitaire travaillant comme gardien; un ex-homme rose redevenu macho, intello non assumé, délinquant, décrocheur individualiste, à l'humour désillusionné et cynique; un idéaliste communiste qui rêve de changement et d'action sociale; un consultant industriel, cadre moyen, pion remplaçable d'une multinationale. L'idéaliste et le cynique achètent le gardien pour qu'il les laisse passer, lui faisant croire que c'est pour un simple vol de puces d'ordinateurs : il s’agit en fait d'un kidnapping politique de gauche visant à « changer le système ». L'étudiant, ayant oublié sa casquette, se retrouve dans le réduit à l'arrivée de l'otage, et devient un témoin captif. Les répliques, violentes, acides et « punchées » ne laissent aucun répit au spectateur : Le jeune diplômé universitaire avec sa jobine, souligne les pseudodiplômes universitaires de pacotille pour prolétaires, accessible depuis la « démocratisation » de l'éducation, et qui ne génèrent aucune promotion sociale; l'ex-homme rose, ayant voulu abdiquer son rôle traditionnel pour demeurer à la maison, avec pour résultat de ne plus être désirable aux yeux de sa femme et de se faire larguer, expose les paradoxes relationnels découlant du féminisme. L'otage, discourant avec l'idéaliste, sur le ridicule de son action - le communisme, un échec écroulé, n'est même plus une option — en s'attaquant au gouvernement, il ne s'attaque même pas à ceux qui ont le pouvoir en cette ère de néo-libéralisme, les démocraties étant les pantins des grosses corpos : « Tu n'est même pas une menace... », « je suis fini, j'ai 56 ans, je me suis payé toutes les putes du monde, tue-moi »...


Encore une fois, si vous permettez – mars – Théâtre d'Aujourd'hui – Théâtre les gens d'en bas
Fantastique pièce de Michel Tremblay, mise en scène par Louise Laprade. J'ai rarement aussi subjugué, impressionné, « flabbergasté » par une performance d'actrice, Louison Danis m'a littéralement transpercé par son jeu puissant, subtil, généreux, vrai, sans flafla ni prétention, directement du coeur.


Molière en hiver – mars - Bain Saint-Michel – Théâtre de l'Utopie
La verve fougueuse d'une équipe de jeunes comédiens, de belles découvertes, en particulier Vincent Côté (ENTC 2004), revu plusieurs fois en 2006, et Erick Tremblay (CADM 03).

Toutou Rien – M.d.c C.D.N. - mars – Qui Va Là
Pauvre toutou, tendant tes bras déchirés par la désillusion; salis par la solitude, trompé par un rêve de consumérisme promettant des lendemains qui chantent, dans un paradis en forme de Waltz-Martz idyllique, cauchemar en forme d'une pub avilissante, âme d'une humanité réduite à un publireportage de pacotille brillante avec sa mémoire en panier d'épicerie : vendue, trahie, trompée, prostituée et prise sans fin par tous ses orifices, vomissement putride d'une conscience obèse d'oublis et d'aveuglements volontaires, tiers-monde du vrai et du beau, de l'essentiel, du fondamental; train aveugle fonçant sur les rails de la destruction et du désespoir, réalité « faceliftée » par la chirurgie plastique de l'hypocrisie, du mensonge et de l'individualisme boulimique de n'en avoir jamais assez, du plus, plus loin, mieux et plus fort que l'autre. Onanisme morbide de la vacuité, éjaculation du néant intellectuel, StarAcadémisation de pensé; le Nirvana en forme de parking de centre d'achat, spectacle perpétuel sur le « Love Boat » de notre « price is right » existentiel, vieille pute décatie du rêve américain, du « Sur la route » qui ne mène nulle part. Vénériennes lâchetés, « guidounage » d'un destin préfabriqué dans les usines de la honte, moulée dans le cornet deux boules de la pornographie léchée de la pub-religion, dévot adorateurs du jetable. Vieux condom sale dans la boue du trottoir de la vieillesse-honte, oubliettes en forme de doseur de morphine de l'abandon, mouroir de l'indifférence gérée, de ce que le rêve doré ne permet de voir. Seul un Toutou tend ses bras meurtris, c'est TouT ou rien...

Cycle Oreste – M.D.C. C. D.N. — mars – Théâtre de L'Opsis
Quel plaisir de revoir Hélène Loiselle, née en 1923, l'équivalent d'un membre de passe-partout pour nous, les quadragénaires, souvenez-vous des Oraliens, Mme Pointue. Également, Monique Miller, une autre grande actrice. Benoît McGinis et Hélène Loiselle complétaient la distribution et se sont bien tirés d'affaire auprès de ces deux géantes.

Faux départs – M.D.C. Marie Uguay – mars - Dynamo théâtre
Toujours le même plaisir de voir évoluer Marilyn Perreault.

J'entends la rumeur des oiseaux – M.D.C. C.D.N. - mars
La poésie de Michel X. Côté portée en musique avec la voix de Lou Babin (accordéon, voix), accompagnée par Pierre St-Jak (Piano, synthé) et pour la première fois sur scène, la fille de monsieur St-Jak, à l'accordéon, xylophone et choeur. À noter que Michel X. Côté participait en personne au spectacle, comme lecteur de ses propres oeuvres. Envoutant, magique, impressionniste, méditatif, d'une grande beauté.

Nuit d'Irlande – mars – Salle Fred-Barry – Nouveau Théâtre Urbain
Toute une performance solo de Jean-Marc Dalphond, superbe mise en scène de Jean-Guy Legault, un nom à surveiller.

Jean-Marc Dalphond porte littéralement à bout de bras ce spectacle de prés de deux heures, une performance (solo) d'acteur exceptionnelle, environ vingt personnages inter pété à lui seul : L'Irlande des années 90 du point de vue du personnage-ancre, Keneth, un petit fonctionnaire protestant d'un bureau de chômage irlandais. Dalphond nous plonge directement dans cet univers de violence profonde qui oppose catholique et protestant, cette atmosphère de haine larvée, pour deux communautés qui, si elles doivent partager les mêmes lieux de travail, sont deux solitudes irréconciliables. Belle et puissante interrogation sur la haine, l'identité versus l'intolérance, une pièce coup-de-poing qui ne laissera personne indifférent.



Des Suzes de Brakshita - M.D.C. C.D.N. — mars
Dans cette version finale et peaufinée, vraiment bien. Thierry dimanche a dans ce cas complètement mis une conjugaison des moyens multimédias au service de l'oeuvre de Gauvreau.

La Maison Bernarda – mars - M.d.c Plateau – Collectif du Cheval Cabré

L'obscure beauté du désespoir :

Espagne, 1936, village, tradition, réputation, calomnies, cancan, déni
Mort du père, éternel deuil. Maison cloitrée, univers étouffé
mère corbeau, sombre madone noire, quatre filles, âmes castrées
Et passent les années des fleurs fanées.

Catimini, alibi, amour-cachette, amour-disette
Noir, désespoir dans la moisson du devoir
Langueur morfondue de l'attente
Antichambre du tissage de la courtepointe du temps.

Robe de vie, danse couleur de lumière,
Sensuelle évasion vers le nulle part de l'espoir inventé,
Onirique sensualité perdue dans les limbes d'un ailleurs raté.

Sonorité, anima, danse communale, animale, belle et tribale
Corps de liberté en forme de prison, barreau de la tradition
La beauté attachée dans des larmes de rires
La vie rêvée dans les miasmes de l'ire.

Évanescente concupiscence du faux
Virginale élégie du beau
Frêle esquif du moment dans océan de tourment.

Le corbeau veille, et la mort glane
Éternelle cueilleuse des amours de douleur,
Rompus sur les fils en dentelle de destin au parfum d'éternité.

Histoire d'un coeur – Monument National – avril – Théâtre incliné
Touchante histoire de coeur, porté en grande partie à bout de bras par Pierre Limoge incarnant le coeur, qui s'extirpe de ce corps ouvert, dans cette salle de chirurgie, pour nous raconter son histoire, lui qui n'a plus que que quelques milliers de battements pour ce faire. Souvent drôle.

L'Autre Monde — Espace Libre – avril – Théâtre Il Va Sans Dire
La folie à l'état pur avec des textes de Antoine Laprise et Francis Monty.

Satie, Agacerie en Tête de Bois – M.d.c C.D.N. — avril – Les Nuages en pantalon
Pédagogique, sans être rasoir, pièce qui se vie et se sent de façon tout aussi impressionniste, symboliste, surréaliste, subtile que la musique et la vie de Satie vie qui y est retracée. Une pièce dans laquelle la chorégraphie prend une place primordiale : Par exemple, son opposition au critique machin-truc, devient un duel épique à coup de parapluies, la fin de sa relation amoureuse avec son aimé un ballet aérien et tridimensionnel très beau, sa déconfiture progressive, vers la fin de sa vie, symbolisé par se piano qui se décompose en morceau, s'envolant, comme sa belle...

L'Homme est un orignal – Lachapelle – avril – Théâtre Compulsif
Une vision cynique (le mot est faible), fataliste et souvent vraiment dégueulasse de la situation du couple, paradoxalement jamais vraiment très loin d'une certaine vérité (et c'est ça qui fait mal) avec cette comédie satirique dramatique. Une des tirades théâtrales parmi les plus pertinentes que j'ai entendues sur le paradoxe des attentes des femmes modernes (l'égal de la tirade du nez de Ronstand, en richesse...), c'était joué avec brio par Stéphane Franche.

Lucidité Passagère — Balustrade du Monument-National – avril – Théâtre de La Zone Grise
Lumineux et rythmé, bien joué, bien monté et découpé, avec une fantastique scénographie ingénieuse de Julie Deslauriers dans cet espace restreint avec ce décor modulaire transformable. J'ai été particulièrement impressionné les compositions d' Érik Duhamel.

Tailleur pour dames — Studio-d'essai Claude-Gauvreau – avril – EST
Bonne prestation des jeunes finissants 2006 de l'EST. J'ai ri de bon coeur tout au long d'une pièce qui ne peut faire autrement que de nous mettre de bonne humeur, une excellente mise en scène de Peter Batakliev.

Août, un repas à la campagne - avril/juin – Licorne – Théâtre de La Manufacture
Comédiens virtuoses, texte truculent de Jean Marc Dalpé, mise en scène impeccable de Fernand Rainville.

Chronique d'une mort annoncée – Bain St-Michel – avril – Paradis Perdu Théâtre
Rien. Absolument rien, enfin, presque. Une vieille couverture rouge, des costumes probablement issus de leurs propres vêtements, deux chaises et une table récupérée dans la bâtisse même, quelques bricoles du « Tout pour un dollar ». Quelques rares spots, les boites de son de la salle. Et pourtant.. Le théâtre comme on en rêve, libre, accessible, démocratique, axé sur l'essentiel, l'important : Le jeu, l'acteur, le reste finalement, c'est du flafla. Car, finalement, pour faire du théâtre, cela ne prend que cela, l'essentiel... La passion dénudée. Bravo

Urbi et Orbi - Studio d'essai Claude-Gauvreau – avril – EST
Du vrai bonbon, un feu roulant continuel de personnages et de situations sur fond musical (et bruitage d'aéroport extra), iconoclaste, riche, coloré. Les jeunes comédiens touchent ici la perfection, tout est impeccable, le rythme, le ton, le rendu, j'ai été scié en deux par leurs talents. Une mise en scène de Mélanie Elliot.

Venise-en-Québec – avril – Théâtre d'Aujourd'hui – Théâtre du Grand Jour

Un BCBG hyper inquiet et obsessif fonce dans un orignal, « scrappe son char» et se ramasse, le front ensanglanté, dans un bled perdu pour demander de l'aide. Bled en forme de sable mouvant sociétal, dans lequel plus il se débat pour en sortir, plus il s'enfonce, un univers complètement déjanté où le mauvais goût, la vulgarité et la dérision atteignent des sommets rarement vus au théâtre? Les mots ne peuvent rendre un tel « freak show» de kétaine, d'absurde inculte : J'ai eu plusieurs flash-back, le lendemain, parfois avec ahurissement, parfois avec fou rire, me pinçant à savoir si j'avais vraiment vu cela ou si ce n'était pas plutôt un rêve psychédélique : Grenouille chantante, roulotte et mini-putt kétaine su marina nauséabonde, couple à côté duquel Dolorés Bougeon a l'air d'une dame patronnesse, scène d'accouplement grand-guignolesque dont les répliques ne sont pas répétables, toupie corporelle sur phallus_de 18 pouces, langage heu...


Oui, il y a un second (et probablement un troisième, quatrième...) niveau de lecture, d'interrogation de cette pièce qui porte sur l'identité, la résistance et l'assimilation de cette communauté aux rêves d'indépendance de pacotille et finalement complètement dominé, ce microcosme fermé, très discoureur, mais pas très faiseur; cette représentation débridée du Québec est odieusement caricaturale, mais en même temps tellement pertinente qu'on rit, mais jaune, par après. Car sur le coup, comme le personnage principal, on se prend à résister à cette chose, complètement sidérés et saisis par l'extrême, l'auteur nous plonge, de gré ou de force, au cœur de cette lutte, c'est la particularité de la pièce, qui nous met dans une situation très inconfortable... Le second niveau de la pièce, qui émerge par la suite, avec le recul, au réveil, car les effets volontairement choquants masquent le propos de la pièce. Et cette glu sociale a un nom, elle est incarnée avec brio par Vincent Bilodeau, magistral! On aime ou on déteste.

Chroniques de jours entiers, des nuits entières — Xavier Durringer avril – Cinquième salle de la P.D.A. - CADM
Encore du solide avec les finissants de CADM. Repris au Prospero automne 2006.

Parmi les voix enfermées avec moi – avril - Studio Alfred-Laliberté – EST
Fantastique élégie pour Beckett, dans une mise en scène de Claude Lemieux et toute une scénographie de Geneviève Boivin.

Le Sang – Prospero – mai – Les Vires-langues sales
Une comédienne se signale en particulier dans cette pièce difficile, Marie-Ève Milot, un talent à surveiller.

Désordre public — avr/mai - Espace Go
Patchwork existentiel, mosaïque d'états d'âme d'êtres sensibles constamment bousculés par la vie...
Un texte fantastique de Évelyne de la Chenelière, une mise en scène extraordinaire d'Alice Ronfard et qu'elle équipe de comédiens.

S'isoler ou se perdre?


Pièce par tableaux, fresque du quotidien, dont l'action se déroule dans un autobus. Max (Maxime Gaudette, excellent), un jeune acteur perclus de névrose l'empêchant de se commettre, recroquevillé sur son je-me-moi égocentrique, se met à entendre les pensées des autres et se retrouve donc dans une situation d'empathie forcée, un envahissement de petits moments de vie de chacun, mosaïque de morceaux d'intimité. L'auteur, à travers cette allégorie, pose la question : « Comment rester perméable, compatissant aux préoccupations des autres sans être envahi par eux? » : cet envahissement, Max le vivra, devenant de plus en plus sensible et réceptif, jusqu'au morcellement et à la dépersonnalisation. Envahissement qui prendra une autre forme chez divers personnages : Le petit génie de huit ans, complètement écrasé sous le poids de sa conscience des choses inhibant. Pertinent, en cette ère de surmédiatisation où nous sommes littéralement bombardés de toute part et avons à nous désensibiliser du fait d'un phénomène de saturation et de défense; et également en cette ère de vie urbaine, des communications, où nous sommes appelés à être constamment en interaction intense, pression constante devant laquelle il faut tenter de conserver un équilibre entre la disponibilité et l'intimité. Texte fin, intelligent, plein de sens, patchwork existentiel, fresque d'états d'âme d'êtres sensibles constamment bousculés par la vie, dans ce quotidien pressé, très bien mis en relief par la mise en scène, avec les comédiens en mouvements perpétuels, parfois ralentis exceptés pour le personnage en focus, dont la "bulle" est mise ainsi en relief, ce qui participe à cette construction de récit axé sur la dé construction d'événements indépendants qui se croisent par hasard. Sobriété festive et truculente, scénographie minimaliste et pudique, avec des projections de visages saisissant des moments de vie, comme un haïku de l'âme. Très bien joué de surcroit. Une pièce à voir, et à lire



Les invasions lucides – mai – Lion D'or – Les Zapartistes
Les Zapartistes, comme vous en rêvez ! voilà un spectacle d'une grande intelligence, et d'un grand engagement. André Presse, de La Pratte, en licheux serviles de service, pion de Bower Corp, Lucien Bouchard en preacher néo-libéral, Brigitte Poupart en gouverneure générale-guidoune dégoulinante de putasserie, Les lucides de Lucien en prennent pour leurs rhumes! D'ailleurs, rien n'y échappe : la montée de la droite, le néo-libéralisme, la mondialisation... Le monologue de la grenouille, soulignant la disparition des batraciens en Montérégie et soulevant de ce fait d'importantes questions environnementales, avec la venue d'une nouvelle génération de porcheries encore plus grosses, non plus des mégas, mais pire, des complexes d'engraissement de 6000 têtes! Ce désopilant sketch prenant la forme d'un concours télé auquel participe Brigitte Poupart, en couturière sur le point de perdre son emploi et mise en compétition en direct avec une couturière d'un pays du tiers-monde, acide satyre... Hallucinant monologue révisé calqué sur les « boss quossa donne» de Yvon Deschamps, mais trafiqué pour dénoncer les nouveaux « syndicats » mous, corporatistes et grabataires. Ce sketch du cégépien, sur la manipulation de l'information à partir de statistiques, d'un pertinent ! L'écureuil, animal pas rattrapable qui semble nous narguer, mis en comparaison avec de riches et puissants qui semblent au-dessus des lois, mais quand tu fini par en attraper un (commandites), quelle jouissance... Kwé, l'indien, qui vient mettre ne garde les Québécois contre l'acculturation, l'assimilation. Quelques numéros parmi tant d'autres, un virulent roulement d'humour politique grinçant et décapant. Je ne me souviens pas d'avoir, en environ trois heures, tant ri, un rire d'ailleurs libérateur, pas de longueurs. Un spectacle qui réveille, dénonce, et qui fait du bien.


Ligue d'improvisation de Montréal (LIM) – Lion D'Or
Que de dimanches fantastiques!

Quelques conseils utiles aux élèves huissiers – mai – Petite Licorne – Théâtre de Fortune
Un bon petit moment de théâtre et un propos pertinent, en cette ère d'appauvrissement des modestes...

Un grand hommage sarcastique aux bas bruns, aux technocrates de la misère humaine, à l'indifférence organisée et bien pensante. J'avais vu cette pièce à la Petite Licorne, avant les fêtes, fausse conférence à laquelle nous sommes conviés, nous, apprentis huissiers, avec force de projections et d'acétates éducatifs permettant de maximiser notre efficacité et indifférence pour la saisie et l'expulsion de tout ce que compte notre société occidentale en fait de pauvres, délaissés, vulnérables, mais présentés ici comme des nuisances, de la vermine. Évidemment, c'est une dénonciation, sous forme satyrique,très sarcastique, humour noir, par ce technocrate engoncé, plus vrai que nature, que vous aimerez haïr et qui vous fera rire.


Le Feuilleton - mai/juin – Lion D'Or – Les Productions À Suivre en collaboration avec Momentum
Fantastique odyssée théâtrale et multimédia peu ou pas subventionnée dans une mise en scène de Salomé Corbo et une scénarisation et réalisation de Vincent Rouleau.

Le coeur à l'ouvrage – mai – Salle Jean-Claude Germain – Théâtre de L'Abysse
Un pertinent texte de Pierre-Olivier Pineau posant des questions fondamentales sur notre malsaine relation avec la mort, dans nos sociétés occidentales, les abus inévitables perpétrés par les sociétés riches au niveau du trafic d'organes et de l'immigration puis les enjeux de la commercialisation du vivant et la prise de possession et contrôle du patrimoine génétique par les multinationales.

Théâtre Extrême – mai/juin – Salle Pauline McGibbon, ETNC. – Théâtre du Vaisseau D'Or
Délire à là Jean-Guy Legault, festif, truculent, juteux.

Le concept est assez audacieux : la pièce tout entière est une parodie de course à la direction d'un parti politique, le PPQ, et il y a sept concurrents qui devront êtres éliminés par des tours de votes du public, chacun étant préalablement muni d'un kit de jetons. Une scénographie très réduite, quelques chaises, un présentoir à jetons, DJ Jean-Guy Legault situé sur un plan latéral de la salle, plaçant les airs et effets sonores de circonstances. Un roulement sans fin, parodie caustique du milieu politique de l'ère postcommandites, rien n'échappe à l'esprit aiguisé de Legault. Dans une forme sans complaisance, mais universelle, accessible à tous les publics. Chaque comédien incarne un type très précis, du syndicaliste populiste, en passant par la militante altermondialiste jusqu'au stratège politique néo-libéral arriviste. Et quelle distribution (ci-bas énumérée), impeccable, jeu riche, truculent, festif et allumé. Et pertinent, pas de gratuités, imaginez un show de plus de trois heures SANS longueurs. Trois heures de satires, de rire-é-en-avoir mal au ventre, de défoulement collectif en forme d'exutoire de nos désillusions face aux partis actuels. Je remarque certaines mises-é-jour du texte selon les derniers évènements politiques, et certains traits font du bien à entendre... Un des impératifs de l'été, et tel que mentionné l'an passé, suite à la présentation originale de ce spectacle dans une petite boite noire de l'école Nationale de théâtre devant un public confidentiel, un show d'un format polyvalent, parfait pour la tournée...


Lentement la Beauté – juin - Théâtre D'aujourd'hui – Théâtre Niveau Parking

Oui vraiment, le bonheur !

Un homme, prés de la cinquantaine, un sentiment d'isolement existentiel, de dépossession latent. Ses deux enfants, adultes, s'éloignent, en pleine amorce de vie. Sa femme le côtoie, prise dans son emploi, ses soucis. Le tourbillon de la vie presse-citron de fou du 21e siècle, la routine des visages étrangers, mais familiers croisés chaque jour, les collègues de travail avec qui on existe, fonctionne : les réunions, les conventions, les objectifs de rendements, un ensemble de gens avec qui il ne communique jamais vraiment... Exister, fonctionner, versus vivre. Mais soudain, un événement initie (en fait une véritable explosion) chez lui une prise de conscience : parfait néophyte théâtral, il gagne des billets et va voir, seul (il offre, mais nul n'est intéressé...) « Les trois sœurs » de Tchekhov, pièce avec de profondes interrogations sur la vacuité de l'existence et le sens de nos vies. La mort imminente d'un collègue, que ni lui ni personne ne sait vraiment comment aborder, au-delà du « mais oui, on t'attend au bureau, ça va se placer.... » est un choc de plus dans sa réflexion. « Es-tu sûr d'avoir fait les bons choix, et si c'était à recommencer », dirait-il a un collègue trentenaire — qui-attend déjà sa retraite complètement incrédule et qui le croira en « burn-out ». La pièce est montée en chassé-croisé entre les scènes de familles, de bureau, de café aux artistes ou il lit « Tchekhov » pendant que répètent des acteurs - jusqu'à l'hôpital avec le collègue mourant, et avec dérives psychologiques, par exemple cette scène ou il croise et son collègue décédé entre deux portes du fameux tunnel de lumière, ou ces personnages des trois sœurs venant hanter sa « réalité » avec leurs propos sur le sens de la vie. C'est riche, d'une pertinence et d'une beauté pudique et subtile, des enchainements entrent les scènes réelles et fantasmagoriques fluides, le jeu des comédiens est fabuleux, bref, c'est un plus qu'un moment de bonheur théâtral, c'est un vrai moment de grâce.



Publi-Cité – juin - La Chapelle, Festival Fringe 2006
Une des productions les plus léchées du Fringe, et j'ai été subjugué par la voix et la présence incroyable d'une jeune et talentueuse diplômée de la promotion 2005 du programme de théâtre musical du Collège Lionel-Groulx, Maude Laperrière; quel timbre, une voix riche et chaude et juste!

Théâtre sans animaux - juin – Licorne – Productions Ce Père Ribes
Jouissif, belle équipe de comédien, très fraternel, très plaisant à voir.

Le midi-minuit – juin – Prospero – La Shop
Un rallye théâtral de plus de 12 heures, un impératif pour bien connaitre les artisans de la relève.

La Traversée de l'Atlantique – juillet – parc Lafontaine
La médaille du courage aux deux comédiennes qui ont réussi à créer univers théâtral dans les conditions les plus précaires jamais vues. Juchées sur le petit promontoire sis à l'intersection du petit sentier asphalté qui mène au théâtre de verdure et constamment dérangés par les passants, le bruit, les véhicules livrant le matériel au théâtre qui reculaient avec le bip-bip-bip, et les habituels individus bizarroïdes du parc, et finalement la file d'attente du théâtre, qui a fini par envahir l'aire de jeu.

Shakespeare dans le parc – juillet – Théâtre Répercussion
Voilà une leçon sur le comment intéresser les gens au théâtre.

Trains Fantômes – août – Petite Licorne – Théâtre Triangle Vital
Sur scène, une chambre prenant la forme d'un univers de voyage; un train, des valises, un chariot de service, des projections remplies de l'immensité du Nord de l'Ontario. Tout le monde à bord pour un voyage sur les rails de la passion, celle d'une famille de cheminots de façon atavique. Récit donc, d'une vie, vue au travers de la lentille de la relation père fils : Le père, porteur d'une longue tradition de contes et de rails, et son fils, vivant le drame la honte d'être considéré comme le bum de la famille, le raté, celui qui a brisé la tradition et qui ne mérite pas la reconnaissance de son père. Père dont il finira par se rapprocher, la mort de ce dernier étant imminente, l'accompagnant dans son ultime voyage... Touchant monologue avec une traduction coup-de-poing dalpéenne, intense voyage poétique au coeur d'un microcosme disparu, truffé de personnages pittoresques, celui d'une époque de paroles, de dire, des visages avides tendus autour du feu, vers cette âme unique celle du conteur, accrochés après une bonne histoire. Époque mise en opposition avec la nôtre, celle du média, du froid, de l'uniformisation des êtres. De l'humain versus la machine. Et de notre petitesse dans cette grandeur glaciale qu'est notre pays. Le tout étant ponctué des chants folk de Aymar, très pertinent et touchant. Cocktail intéressant : Un texte d'un auteur anglo-ontarien, Mansel Robinson, mis en scène et traduit respectivement par les Franco-ontariens André Perrier et Jean-Marc Dalpé. Habile scénographie de Julie Deslauriers, avec ce décor métaphorique et évocateur qui prend bien avantage de cet espace limité, mise en scène très correcte qui met bien en valeur ce texte fait d'alternance de présent, de flash-back et de chants, et un jeu convainquant, habité et intense de Frédéric Blanchet malgré quelques petits accrocs d'enchainement, normal pour une première. Prometteur


Un Wagon nommé Désir – août — Espace La Risée – Théâtre Babalou
Un bon moment de théâtre musical néo-burlesque, joyeux, festif et sans prétention.

King Dave — septembre – Licorne – Production L.I.F.T.
Trajectoire annoncée d'une auto-destruction - texte de flammes sur performance brûlante

Salut Robert — oct - Espace Libre - NTE
Encore merci pour ces moments uniques - une semaine complète de théâtre hommage !

Trois – septembre – Espace Libre – Théâtre du Désordre
Stimulant défi d'écriture avec contraintes dans lequel se signale particulièrement Benoît Dagenais au niveau jeu.

L'Évangile selon Salomé – septembre – Prospero – Théâtre Deuxième Réalité

La pièce est comme un banquet copieux et riche, comme un festin de viandes, de boudin, de rôti, sanguinolent, assaisonnée de cru, de nu et de stupre, arrosé d'un vin concentré, pourpre, puissant et profond comme le sang, l'amour et la mort. Il faut avoir de l'appétit pour avaler ce repas, et la façon de recevoir cette oeuvre en dépend. Un bon gros repas, quand on est affamé, cela se prend bien, mais si vous filez pour une salade... Une pièce qui demande également toute votre attention. Vraiment pas le genre que l'on peut suivre, recevoir, sentir et vivre en écoutant d'une oreille distraite. Il faut plonger. La distance est mince. En pleine face. Car on se donne à fond, sur cette scène, dans un excès assumé, voulu, car tout, de toute façon, est excessif dans la vie de Salomé. « Au commencement était la Concupiscence », s'écrie-t-elle, dès le début. Fratricide, _matricide, _parricide,_torture,_fouet, complot, jalousie, vengeance,_voyeurisme,_perversions,_dépravation,_adultère,_inceste, massacre, univers dantesque et décadent bercé par la musique destroy « live » groupe « Projet M.U. ». « Le monde de la jeune fille, dans lequel la Concupiscence universelle occupe la place de Dieu » mentionne-t-on sur le programme, à propos de ce Salomé de treize_ans, celle qui nous raconte son histoire; participant de la déconstruction du mythe, présentant plutôt la lente_perversion d'une âme qui cherche à aimer, sans savoir vraiment comment... Vous devrez faire un effort, vous accrocher, mastiquer, pour capter et pénétrer ce texte de Alexandre marine : « La pièce fait le récit d'un écheveau complexe tissé de relations et d'évènements psychologiques au sein de la famille des Hérode »; je ne pourrais pas mieux dire. Complexe, voilé le verbe. Pas du pré digéré. La mort dans un déshabillé sulfureux. À noter la performance de Marie-Ève Beaulieu.

Sunk in the Trunk – septembre – MAI – Le Trunk Collectif
Une belle touchante allégorie sur la liberté, bien jouée, dans un langage universel, présentée à un public familial de toutes origines, chaleureusement applaudie, en toute simplicité. Une belle dénonciation des abus subis par les immigrants.

Le Voyage – septembre – Monument National – Productions GESTE
Magnifique allégorie sur un texte de Charles Baudelaire, interprété par Emily Honneger sur une fantastique musique de Yves Capuano.

La pièce se veut une illustration de la poésie « Le Voyage » lancinante exploration en forme de spleen existentiel onirique et angoissé vers la mort. Un amalgame composé de musique, de danse et de poésie, assez paradoxal, dans le bon sens du mot. Un poème néo-classique, ou prémoderne, mais traité de façon très contemporaine dans le son et le geste, l'image poétique : Le son, musique de jazz contemporain, parfois polytonal, cyclique et scandé, parfois modal et planant, onirique et impressionniste, flirtant avec le rock progressif hypnotisant. Elle est composée par le concepteur du spectacle, le claviériste Yves Campuano. Cette musique semble être la base émotionnelle, le fil conducteur des atmosphères explorées dans les différends tableaux. S'y marient ensuite une chorégraphie et mise en scène de la danseuse Emily Honegger, mariant la parole au geste à partir de ce texte qui n'était pas destiné à la scène. Illustration par la danse mâtinée de kata, prenant la forme d'un voyage, celui d'une vie. « Que le monde est grand à la clarté de lampes », s'écrie-t-on, sur un lit, avec la terre entre les mains, début d'un périple, de ce lit qui deviendra voilier, sous les magnifiques éclairages d'Alexandre Bourdon! Un ensemble d'une grande beauté, empruntant à parfois à l'esthétisme (il me semble) néo-classique à la Waterhouse, surtout pour les costumes et décors, mais surtout à un certain symbolisme; la recherche de la sensation plutôt que la représentation, une imagerie métaphorique (la danse du couteau, lutte de liberté, le coffre, convoitise devenant fardeau,la robe rouge, le stupre devenant corde à pendre, etc.), presque mythologique. Très réussi, jeu physique convainquant.


La Fête sauvage — sept/oct - Licorne – Théâtre de la Banquette Arrière
Fabuleuse pièce portée par une fabuleuse troupe : Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Sébastien Dodge, Rose-Maïté Erkoreka, Anne-Marie Levasseur, Renaud Lacelle-Bourdon, Simon Rousseau, dans une mise en scène de Claude Poissant.

Ascension – octobre – M.D.C. C.D.N. - ARGGL !
Pour la plage 12, réécoutée 6 fois (il y en a 15), puis les plages14 et 15 avec la voix de Paul Savoie. Textes de Olivier Choinière.

L'Écume des Jours – octobre – Prospero – Collectif Ikaria
Bien joué, festif, animé, innombrables clins d'oeil à l'univers Vian, dans un grand respect de l'oeuvre, une adaptation intelligente et une mise en scène rendant bien le grotesque métaphorique de Vian.

Vian! Iconoclaste pataphysique avec ses métaphores animistes, transcendant son spleen, sa douleur de vivre en une œuvre à la fois festive, grinçante et sarcastique, révolte existentialiste contre l'ordre établi des bien pensants positivistes. Colin, jeune homme bourgeois, inconsistant et futile, aimant l'amour, à une certaine image du monde auquel il appartient, allergique au travail, rencontre Chloé, la belle. Il est entouré par un ensemble d'inutiles,des personnages directement sortis de « Pleasantville », ironique éloge de la vacuité de la vie. La maladie s'empare de la belle, et le paradis édulcoré se transforme en cauchemar dantesque... La pièce rend bien l'univers tordu de Vian, un proche d'Alfred Jarry; ces chorégraphies brodway-cheapo, cette éructation de pastel et de singeries en patin en roulette participent de la perversion des personnages, ubuesque pastiche satyrique et destruction organisée de ces « modèles » de bonheur. L'aspect critique de Vian sur le monde du travail, l'abrutissement des masses, est également très présent dans la pièce; ruiné par la maladie de sa belle, Colin devra se résoudre à travailler, couvez nu des canon qui poussent à même le sol, avec de la chaleur humaine! Dénonciation du snobisme et des poseurs face à l'art et l'intellect, comme cet emplâtre voulant posséder toutes les œuvres de Patre (Sartre), parce que c'est la branchouille-concept de l'heure... Omniprésence du jazz, en parfait respect de l'oeuvre de Vian; du swing, et du be-bop de l'époque de Vian et du Jazz-Hot, et un clin d'œil plus récent : à la scène de mariage, quelques mesures d’« A love Supreme» (1964), de Coltrane. Bien joué, festif, animé, innombrables références à l'univers Vian, dans un grand respect de l'œuvre, une adaptation intelligente et une mise en scène rendant bien le grotesque métaphorique de Vian. À voir!


La Cadette – octobre — Salle Jean-Claude Germain – Théâtre I.N.K.


Là voilà dans sa tour, son vaisseau, cette cadette. Touchante. Au niveau primaire, ce qui ne ment pas : les liens fondamentaux, l'amour, l'essentiel de ce qui nous unit dans la vie. Un univers métaphorique d'une richesse inouïe. D'abord cette fabuleuse scénographie, ce voilier, ce cordage, ce mât qu'elle habite, seule et unique, en son monde. Ce texte, riche subtil et poétique, cette façon du suggéré autant que de dire. Et ce jeu physique, cette expression corporelle exprimant en toute poésie du geste l'essence même de l'âme des personnages. Ces ombres chinoises qui en disent parfois plus que mille mots. Ces accessoires investis d'un sens profond. Le tout est habillé d'éclairages veloutés, subtils, en symbiose parfaite avec cet environnement sonore qui souligne et met en relief. Un propos fin, délicat, qui ne tombe à aucun moment dans le cliché, porté par des comédiens en état de grâce. Une oeuvre porteuse de paroles de vie, qui nous interpelle profondément sur notre relation avec la différence.

Il n'y a pas de mots pour décrire la performance que nous livre ici l'équipe de la "Cadette". La beauté de cette métaphore scénographique, le jeu, riche, beau, habité. Méga coup de coeur !

Le Périmètre – octobre – Théâtre d'Aujourd'hui
Méthodiquement, avec la précision chirurgicale de ce texte intelligent, procéder à la destruction des personnages : Les ultimes moments post-séparation d'un couple, un « build-up » progressif jusqu'à l'anéantissement total de ce qu'ils furent. Avec un certain humour!

Go Shopping (et fais le mort) — oct — Théâtre La Chapelle – Joe Jack et John
Vraiment, un de mes très bons moments de théâtre 2006. Et une touchante ouverture à la différence. Troupe à suivre!

Devant Les Maîtres – octobre — M.D.C. N.D.G. — Le SNARK

Vous êtes-vous déjà demandé, sans trop l'ébruiter, planté devant une toile, un montage, une oeuvre moderne; que diable cela peut-il vouloir dire? Avez vous assistés à l'explosion des égos, de la part des amateurs d'art présents qui, se voulant des « experts », se lancent dans une litanie genre « La matière visuelle transpose avec brio le nihilisme néo-existentialiste du backclash autocentrique sociétal post-moderne ontalgique contra-ontologiques.... »? Avez-vous parfois l'impression que l'artiste cherche à cerner les limites de la vanité et de la compréhension des amateurs d'arts (et surtout les critiques) avec certaines oeuvres supercheries, par exemple une toile blanche intitulée « Blancheur crépusculaire sur tempête de neige »? Qu'est-ce que le vrai, le fondamental et l'universel versus le faux, en art? Et comment l'aborder? Comme l'enfant qui vient de naitre, avec le plus grand dépouillement, sans barrière, en laissant l'œuvre nous imprégner, s'adresser directement à nos sens et à nos émotions, voilà ce qui se dégage de la pièce. Une-pièce, qui se traverse avec la même émotion et le même plaisir que si vous déambuliez dans un paysage de Provence d'une toile de Van Gogh : Drôle, riche, truculent, touchant, lumineux et intelligent, par le propos satyrique de Guy Beausoleil sur l'art, sans une once de prétention. Les acteurs sont fabuleux, la mise en scène impeccable, et c'est dans le plus grand dénuement, avec pratiquement aucun décor et accessoires que vous serez entrainés sans peine par des personnages juteux et truculents dans cette action, riche en chants et danses, qui se déroulent entièrement dans une galerie d'art.


L'Instruction, de Peter Weiss – octobre – Cinquième salle de la P.d.A. - CADM
Auschwitz et l'humanité dans toute son horreur : Le procès des tortionnaires

Vous entrez dans la cinquième salle, et les estrades sont totalement inoccupées. La scène, ceinte de rideaux et de banquettes en bois, et au centre, un périmètre de clôtures typiques d'un camp de concentration se dessine. Cette clôture entoure une profonde fosse, comme si vous étiez assis autour d'une piscine vide. C'est lé que les comédiens jouent, dans ce décor de planches, de portes coulissantes, une dantesque représentation d'Auschwitz. Puis ils entrent. Les captifs, encore avec leurs habits de ville, dont ils seront dépouillés, puis le numéro tatoué. Puis le procès des tortionnaires commence : on entend les répliques, interrogatoires, témoignages, accusations, mais sans les voir. C'est que la mise en scène utilise un savant procédé de juxtaposition. Ainsi, tout en représentant métaphoriquement la vie du camp et les affreuses épreuves auxquelles ils ont été soumis, les détenus verbalisent les éléments correspondants de l'instruction. Et rien n'est épargné : Tortures, exécutions, cobayes humains, les pires exactions nazies sont étalés en détail. Et cette représentation métaphorique est très puissante, saisissante. Cette scène de la chambre à gaz, par exemple, suggérée par des prisonniers du commando de nettoyage prostrés sur les valises entourant et compressant les innombrables souliers des exécutés, déposés un à un, y compris de petits souliers...d'enfants... Du solide; mise en scène de Hugo Bélanger très riche, percutante scénographie de Francis Farley Lemieux, avec cette ambiance sonore (J. Beauchamp)et ces éclairages (Claude Accolas) à glacer le sang. Les jeunes comédiens se donnent avec générosité, et portent avec solidité ce texte et ce propos pas facile. Après que se soient écroulés un à un les détenus, la dernière survivante conclue avec une réplique hélas pertinente sur les risques que cela se reproduise, imaginez avec les technologies actuelles... Dur.


Poe – octobre – Salle Fred-Barry – Théâtre des Ventresbleus

Des trépassés dans un état de confusion propre à la mort, un labyrinthe surnaturel hors du temps, mystification Poesque en forme d'enquête, celle d'une femme tentant de recoller les morceaux de ce qui fut son destin : New York, hier, et Vicky Lafurcade, guide de musée est emmuré vivante, victime d'un maniaque. Mais qui, où, quand et comment ? D'où cette enquête menée par la victime, que nous suivons au travers de diverses dérives psychologiques, univers halluciné où cette dernière entre en contact avec des revenants condamnés à revivre cycliquement (devant nous) leur mort. Ces derniers « l'aiderons » à mener son enquête : D'abord, il y a ces William Wilson qui surgissent de partout, innombrables multiplications de l'absurde, et cet homme du lac, mort noyé (Éloi Cousineau); Lady Madeline, bourgeoise victorienne morte précipitée dans le vide et la pendue (Evelyne de la Chenelière); Fisher, le clochard de 19e siècle, joué par Stéphane Breton, qui interprété également Lui, l'ignoble. Ces créatures dantesques évoluent dans cette scénographie (Jasmine Catudal) à paliers multiple; en arrière-scène, suggérant plutôt le musé, la maison, lé ou le "réel" se déroule, alors que l'avant-scène ont lieu les dérives, avec ce quai, ces arbres couverts de mousses, évoque un coin marécageux de Central Parc, lugubre et gothique à souhait. Les costumes (Fruzsina Lanyi) issus de plusieurs époques sont magnifiques et convaincants. L'univers sonore de Patrice D'Aragon met bien en valeur les atmosphères, et il y a une certaine ironie dans l'utilisation de ces airs joyeux de Sinatra (rendus parfois lugubre...). Les éclairages de Kareen Houde métamorphosent littéralement les diverses scènes, les habillant d'une réalité qui leur est propre. Et évidemment, nous retrouvons l'intelligence de Jean-Guy Legault dans cette mise en scène riche, truculente et rythmée, joyeusement sinistre avec cette intrigue qui se dépêche avec lenteur...


Les Points Tournants – octobre – Licorne – Théâtre de La Manufacture

Alex , terre-à-terre, physique et vif, stagne dans son petit bled pourri d'Écosse miné par le chômage, avec son emploi minable de commis. Son patron mafieux et déjanté (Dalpé), finis par le mettre dehors pour une peccadille sans le payer. Par vengeance ce dernier vole la planche de Surf fétiche du patron, et s'enfuie dans une Lada déglinguée avec son ami Brian (Laplante), un nerd philosophe et contemplatif. Destination le paradis écossais du surf, espérant vendre la planche à bon prix. Le patron, armé et méchant, les poursuit. Les pannes fréquentes les obligeront à plusieurs arrêts pendant lesquels ils rencontreront plusieurs personnages originaux, dont Mirren (Beaulieu), un bellâtre bohème. Cette dernière se joindra aux voyageurs dans leurs péripéties.une amourette point et ... Parcours initiatique, révélateur d'identité, aboutissement d'une quête de vie, la découverte de soi et de l'autre passant par la confrontation avec l'éme d'un pays et de ses gens, une démarche qui rejoint bien le propos d'un film sur l'identité de Perrault (un pays sans bon sens) : « La maison, le coin de la rue, le climat, c'est toutes les petites choses qui s'imprègnent en toi, que tu ne peux jamais te débarrasser; je pense que le petit coin, le petit patelin qui t'a vu naitre, qui t'a vu s'épanouir t'a laissé une signature qui est indélébile. C'est ça le pays, c'est la signature indélébile, c'est viscéral, ça s'intellectualise pas, ça se bucolise. Le pays te laisse une signature qui est irréductible ». Plus de 50 tableaux, et c'est très cohérent, bien découpé et enchainé. Ce magnifique décor de Patricia Ruel représentant une rive avec cette voiture se prête magnifiquement au propos. Bien joué, malgré le fait que certains comédiens eussent peut-être gagné à être plus dirigés pour une minorité de scènes au rendu parfois plat, parfois surjouée. Signalons en particulier Dominique Quesnel et Philippe Cousineau, fantastiques dans ces multiples rôles.


Ivanov – octobre – Espace Geordie – Le théâtre du Poisson Rouge
Michel Lavoie sert particulièrement bien le personnage d'Ivanov, offrant un jeu convaincant, riche, nuancé et habité. Un acteur qu'on souhaiterait retrouver plus souvent, vraiment, tout comme Rose-Maïté Erkoreka (dans ce rôle de l'épouse condamnée et abandonnée), qui se glisse dans la peau de son personnage avec la grâce, la subtilité et la finesse qu'on lui connait.

Les Grands Responsables — octobre – à votre domicile – Le Théâtre du Grand Jour
Je vous conseille fermement l'expérience, vraiment, une heure de plaisir théâtral assuré, avec un propos pertinent, très actuel, le théâtre dans votre salon.

Couche avec moi (C'est l'hiver) – novembre – Espace Go – Théâtre PÀP
Lumineux, hautement intelligent, bien joué.

Voler si bas – novembre – Bistro Les Minots – La Compagniterie
Il faudrait avoir le coeur petit et ratatiné comme un raisin sec pour rester insensible à l'incroyable charme artistique de ce groupe de jeunes acteurs remplis d'une énergie créatrice rafraichissante, porteuse d'espoir. Du bon théâtre musical.

Le Boxon – novembre — Monument National – ENTC
De magnifiques tableaux, décors fantastiques conçus par Josée Bergeron-Proulx, finissante en scénographie : Pensons à ces décors de chambres à fantasmes thématiques de ce bordel dans lequel évolue tout ce que compte la société comme prélats. Mais quels costumes, l'évêque, le général, et tous les autres personnages, un travail extraordinaire de Cynthia St-Gelais, également finissante en scéno.

Société des loisirs – novembre – Rideau Vert – Théâtre de La Manufacture
Malheureusement vraiment pas si loin de la réalité, vision caustique du couple moderne.

Une trop bruyante solitude – novembre – Prospero – Le Groupe de La Veillée

Le nihilisme du temps et de la mort

Hanta est un ouvrier, opérateur d'une presse à papier transformant en ballot les perles de la culture occidentale. Il consomme beaucoup de bière, car cela lui permet de garder un certain état d'esprit propre à lui révéler le sens des oeuvres qu'il est chargé de détruire, et qu'il lit avidement à je suis une cruche pleine d'eau vive et d'eau morte, je n'ai qu'à me baisser un peu pour qu'un flot de belles pensées se mette à couler de moi é. Une trappe donnant dans le plancher de sa cave lugubre donne directement sur les égouts : des universitaires de la ville en raclant régulièrement le fond n'ont-ils pas d'ailleurs réussi à déterminer, selon la nature des déjections, et le quartier de la ville, et le jour de la semaine, et le nombre de fois qu'on y baise. D'ailleurs, un phénomène acoustique de tuyauterie permet d'entendre très clairement les sons d'une humanité vaquant à ses occupations, ensemble de mugissements dantesques et infernaux. Des égouts dans lesquels des clans de rats dont on entend les cris se livrent des guerres sans merci, on entend les chairs des perdants se faisant gruger. Les égouts et la nature des déjections y circulant, les rats et leurs luttes tyranniques, les grands penseurs et peintre, depuis la Grèce antique jusqu'à aujourd'hui jetés dans les dépotoirs de la pensé, comme représentation métaphorique d'une humanité. Dénonciation d'un certain totalitarisme de la pensée (Hrabal avait été censuré) : Les pays communistes eurent le leur; nous avons maintenant à composer avec la convergence, la prise de contrôle des médias par de grands conglomérats cherchant à imposer une ligne de pensée unique. Puis, le progrès pour le progrès, car Hanta fini par être l'objet de sons propre recyclage, fatalité inévitable, nihilisme du temps et de la mort. Toujours actuel, malheureusement.


Les Songes Creux – novembre – M.D.C. Plateau – La (Parenthèse)
Une très belle chorégraphie de Christophe Garcia et une subtile mise en scène de Stéphanie Chaudesaigues. Le texte est de Michel Tremblay et Paul Fournel. Quand les personnages inspirés librement des « Chroniques du Plateau-Mont-Royal » (Édouard,duchesse de Langeais, Duplessis,Marcel, Josaphat, Albertine...) rencontrent leur pendant marseillais, par le pataphysicien Paul Fournel, dans un univers onirique évoqué métaphoriquement par une poésie du geste conjuguée à celle de la parole...

La Pornographie des âmes – novembre — M.d.c Frontenac – Dave St-Pierre

Le panorama d'une humanité du haut du Mont-de-Vénus

Totalement impudique, sans la moindre inhibition, provoquant, troublant, dérangeant, et paradoxalement émouvant, buzzant, fondamentalement beau, exposant une vulnérabilité de l'âme. En constant déséquilibre, le spectateur cherche son souffle sous ce feu roulant pulsionnel, charnel et d'une poésie crue, parfois cruelle, mais pour seulement mieux rendre justice au propos et l'amener de subséquents niveaux de paroxysme. Autant de tableaux que de lettres dans l'alphabet, "callé" au microphone par des membres de la troupe. Et une exposition du corps qui n'a d'égal de ce qu'elle révélé de l'âme, offerte à vif et à nue avec autant d'abandon et d'exposition que l'anatomie des danseurs et acteurs. Oui, une véritable pornographie de l'éme, un peep-show exposant l'intérieur, la psyché d'êtres sensibles en quête de vie. Parmi les grandes thématiques suggérées, il y a d'abord l'unicité de l'être, et la divergence, dans ces chorégraphies exposant l'amour, autant hétéro que gai; la différence physique et avec cette danse d'une obèse morbide, et pourtant gracieuse, bref la dictature de l'image via une cruelle démonstration chirurgicale déjantée. Cette pression du créer pour exister, prenant la forme d'un fabuleux numéro de Julie Carrier-Prévost intitulé "je suis une bonne actrice", incarnant une comédienne voulant à tout prix démontrer son talent avec ce personnage, de chanteuse country sur la coke, la salle en délire ! Des êtres en constant mouvement dans un monde parfois dur, cruel, même violent (car il est question de viol, d'agression et d'agonie), perpétuellement précipité contre la vie, avec parfois quelques petits havres de bonheur fragile. Dire que ce spectacle n'est pas érotique est peut-être limite-vérité, mais ne pas soulever l'incroyable charge émotive et très sensuelle se dégageant de cette masse de corps féminins à faire damner un saint serait profondément hypocrite... Le panorama d'une humanité du haut du Mont-de_Vénus


Bonbons Assortis – novembre – Salle Désilets – Théâtre du Rideau Vert
La pièce est un feu roulant de touchantes anecdotes et donne lieu à de très beaux numéros d'acteurs : Mme Reinhardt en fée des étoiles complètement grotesque et ratée, Normand Lévesque en sympathique oncle grivois et paqueté, Luc Proulx (le père) dans cette touchante scène d'observation d'étoiles avec le petit sur ses épaules. Mais Pierrette Robitaille en grand-mère grébiche, mais fondamentalement bonne et aimante, dans cette scène, ou elle expose son dégoût pour la manie des Anglais de mettre de la « cinamoune » partout! La salle en délire, Mme Robitaille tenait le monde dans sa main, et pas qu'une fois! Mais rire comme ça!

Le Discour De La Méthode – novembre – Théâtre d'Aujourd'hui – Théâtre du Sous-Marin Jaune
Exploration débridée et truffée d'anachronismes savoureux traçant, de façon ludique et festive, les grands axes de l'évolution de la pensée philosophique occidentale.

Vincent River – décembre – Théâtre de Quat-Sous
Ainsi, Vincent River reprend une thématique selon un shéma dramaturgique immensément présent au théâtre, construit à partir des difficultés existentielles de jeunes homosexuels : le prévisible milieu ouvrier, réactionnaire et défavorisé, l'homophobie violente, l'habituelle découverte honteuse et secrète de tendances dissimulées par des faux-semblants hétérosexuels, l'opprobre, l'enfer de la cour d'école, la description attendue de relations charnelles crues vécues en cachette dans des endroits sordides (un pavillon de gare désaffectée, dans ce cas). L'habituel père (qu'on ne voit pas) soit absent ou incapable d'accepter l'orientation du fils, puis, évidemment, la mère compréhensive, qui essaye de son mieux d'appréhender la réalité, tout en étant dépassé par cette dernière. Cette mère se doit évidemment d'être de classe ouvrière, l'ayant eue à la dure, et être éclairé d'un éclat de pureté, ici amené par le fait d'avoir eu une relation avec un noir, le père de son fils, œuvre de tolérance et d'ouverture ayant comme conséquence le fait de subir le rejet familial et les calomnies du voisinage. Mais voilà, le tout transcende les parties, l'histoire n'est qu'un prétexte. Ce crescendo dramatique entre l'ex-amant de son fils et cette mère, ce huis clos révélateur de vérité d'âme blessée, une véritable charge contre l'intolérance, ça, ça touche en plein dans le mille. Et puis, outre Lacelle-Bourbon, excellent, le jeu transcendant d'une grande actrice, bravo et merci, Mme Proulx, vraiment ! Il n'y a plus d'histoire, plus de haut, plus de bas, plus de ciel, plus de terre. Juste la blessure, la douleur d'êtres précipités sur les récifs de la bêtise et de la haine, personnages portés par deux comédiens en état de grâce.


Under Construction – décembre – Espace Go – Théâtre de L'Opsis
« Soyez muette pour moi, Idole contemplative... »

Le procédé scénique a l'air complexe, tellement il y a une multitude de tableaux, mais en y réfléchissant, en fait c'est assez simple. La trame principale est composée par cette vision ironique et déjantée de cette famille idéale, le « paradis originel » de l'American Dream tout droit sorti de « papa a raison ». Caustique le diner de l'Action de grâce, le collège, l'éducation sentimentale des jeunes gens, le guide de la parfaite ménager... La vision de l'évolution de cette famille est tout simplement parsemée de dérives en contretemps présentant l'envers du rêve, un « On the Road » remplis de flashs hallucinés d'une trajectoire de spleen sociétaire décadent, backclash d'une illusion de grandeur ratatinée par le néant de l'individualisme néo libéralisant et de la vacuité du mercantiliste triomphant, écrasant sous son poids toute la douleur du mal être chromé d'âmes sensibles sacrifiées sur l'autel du consumérisme. La trajectoire des dérives passe par tous les grands bonzes de la beat-génération, Rockwell, Ginsberg, Bukowski, Kerouac , le rock des années 60 et sa quête existentielle échouée sur les récifs des paradis artificiels, puis sa contre-culture aboutissant dans le dead-end du mouvement punk. Puis cette poésie récitée par Louise Cardinal peu avant la conclusion ! Ce jeu cyniquement innocent et enjoué, ce brassage perpétuel d'une Amérique hyperactive, ce rythme, en parfaite opposition à la charge émotive du propos soutenu ne font que mettre encore plus en évidence les éléments critiques traités. Les comédiens se donnent à plein, c'est gravement et cyniquement festif, enjoué, bref vraiment bien.


Glaneuse de gestes – décembre — M.d.c Plateau – Francine Alepin
Un récit touchant dans lequel Mme Alepin explore avec subtilité et tendresse tous ces petits gestes caractéristiques trahissant mille fois plus que la parole l'essence même de notre humanité. Un instantané de l'état de l'âme, un voyage au travers des divers états des caractéristiques culturelles, mosaïque du monde et des différents âges de la vie. La poésie du geste dans la force candide de l'instant

Macbett de Ionesco – décembre – Studio d'essai Claude Gauvreau – EST
Je ne suis pas près d'oublier ce Macbett festif, déjanté, capoté, iconoclaste de Jean Boilard.

Feydeau, Feydeau – décembre - Cinquième salle de la P.d.A. - CADM
Un Feydeau vraiment solide et tordant.

Grandeur et Décadence de Mahagonny – décembre — Studio-théâtre Alfred-Laliberté – EST

Le Grand Théâtre du Monde – décembre – Théâtre Lionel-Groulx – CLG
incroyable travail colossal dirigé par Alice Ronfard. Bravo !

lundi 11 décembre 2006

"Feydeau, Feydeau", avec les finissants 2006 du Conservatoire

Par Yves Rousseau

Le 7,8,9 et 10 décembre 2006, les finissants du Conservatoire d'art dramatique de Montréal présentaient ce laboratoire de jeu : il était tellement élaboré que finalement c'était véritablement une pièce complète.


Feydeau c'est un fin mécanisme d'une grande précision, réglé au quart de tour : Un simple décalage d'une seconde dans la mise en place, dans une expression, pour une réplique, et paf, le gag tombe à l'eau. Ça a l'air facile, mais ça ne l'est vraiment pas. Eh bien! chapeau, à quelques petits détails près, la prestation était vraiment très solide et présentable demain matin dans n'importe quel théâtre. Que de talents à surveiller dans cette promotion, de quoi faire saliver tous les agents de casting ! Je n'ai aucune gêne à admettre que ce Feydeau était largement supérieur à ceux vus dans les théâtres professionnels ces dernières années. Et puis que de générosité, trois pièces : « Feu la mère de Madame », « Mais ne te promène donc pas toute nue!» et finalement « Léonie est en avance ou le mal joli » (fragments). Mais rire, rire comme ça! La salle en délire! Interprétation riche, truculente, festive.

Comme m'expliquait la finissante Cynthia-Wu-Maheux après la pièce, un grand soin a été porté au « timming » et à la mise en place en répétition. Ces éléments ont été méticuleusement acquis dans un premier moment et c'est ensuite que l'émotion, l'expression ont été ajoutées. Six semaines de "répét".

Tenez, si j'avais un théâtre d'été, cela serait parfait : un rempli salle à coup sûr, mais de qualité et de bon goût, puis des emplois pour les finissants justes au sortir de l'école. Je dis ça comme ça, humble amateur de théâtre, vous en faites ce que vous voulez...

Puis il ne faudrait pas oublier cette fabuleuse et très pertinente pièce présentée en novembre, « L'instruction » de Peter Weiss, dans une mise en scène impeccable de Hugo Bélanger, une oeuvre d'une grande pertinence qui mériterait vraiment de se retrouver sur les planches l'an prochain.

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Mise en scène de Patricia Nolin

0Avec François Arnaud, Véronique Beaudet, Anne-Élisabeth Bossé, Nicolas Chabot, Vincent Fafard, Stéphanie Labbé, Ève Landry, Charles-Smith Métellus, Jean-Simon Traversy et Cynthia Wu-Maheux



Grandeur et Décadence de Mahagonny - École Supérieure de Théâtre

Par Yves Rousseau

Eh oui, une adaptation de « Grandeur et Décadence de Mahagonny» de Bertol Brecht et Kurt Weill produite par L'École Supérieure de théâtre et le Département de Musique de L'UQAM dans une mise en scène- et adaptation de Pascal Contamine. Que de travail! Colossal! D'abord toute une partition musicale de Monique Martin, avec de magnifiques arrangements et un son style « Ensemble Pentaèdre». Impeccable : Dix musiciens, six choristes! Puis 8 comédiens qui chantent et dansent avec de magnifiques chorégraphies de Mathieu Marleau. Un décor à paliers multiples éclaté de Mylène Leboeuf-Gagné et Valérie Houde, de riches costumes « trash et destroy» de Patricia Bouchard et Marie-Ève Parent, des éclairages et des vidéos fantastiques de Pier-Vincent Rivard.

Donc, danse, chant, musique, chorégraphie, vidéo, ombres chinoises, stand-up, houlala !

Nous sommes entrainés dans l'univers décadent de l'entre-deux-guerres en Allemagne et assistons à la création et à la chute d'une ville utopique. Le programme précise que "Kurt Weill voulait tracer un portrait corrosif de l'époque : l'omniprésence du culte de la liberté et de l'individualisme, l'argent comme moteur de la société, la chute de la religion, le système judiciaire à deux vitesses, les "dogmes": du manger, de la brutalité, de se saouler et l'effritement du tissu social. Un parallèle vraiment pas difficile à faire avec notre époque.

Et puis on joue avec le quatrième mur! À partir de textes rajoutés de Fabien Fauteux et Fannie St-Cyr les spectateurs sont pris à parti par des acteurs tannés de la complaisance et des « standing ovations » systématiques (même quand c'est « plate »); tannés de la rigidité des conventions théâtrales, pas le droit de bonbons, pas le droit de ceci et cela et on va même jusqu'à nous lancer des sacs de croustilles qui font crounch crounch dans des sacs de plastique bruyants! « Quin-toé »! Nous sommes également priés de carrément nous lever est partir si le « show » nous déplaît! On veut du théâtre vivant, près du peuple. Un sondage permet même de savoir qui est venu par obligation, amis et parents versus le « vrai » public. Le spectacle est donc « interrompu» à plusieurs reprises de façon toute à fait iconoclaste, les comédiens sortant du cadre, une pièce dans la pièce!

Les jeunes comédiens se donnent avec générosité et c'est vraiment bien. Je trouve simplement triste qu'ils soient si surpris de constater la présence (inespérée) de spectateurs autres que les proches. Pour quatre dollars, vraiment, qu'attendez-vous ?

Si vous aimez les atmosphères de cabaret, comme dans « L'Ange Bleu» de Josef von Sternberg, avec Marlene Dietrich, vous passerez assurément un bon moment.

Je ne peux croire qu'un tel travail ne soit présenté que quelques jours à un public confidentiel de parents et de rares amateurs. Vivement, l'an prochain dans un théâtre!

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Une oeuvre de Bertolt Brecht et Kurt Weill
Mise en scène et adaptation: Pascal Contamine
Direction musicale et orchestration: Monique Martin
Pianiste-répétiteur: Stéphane Aubin
Scénographie : Mylene Leboeuf-Gagné
Costumes : Patricia Bouchard et Marie-Ève Parent
Luminariste : Pier-Vincent Richard
Choregraphie - Mathieu Marleau
Son - Jacynthe Legault

Avec : Éloisa Cervantes, Liliane Fallon, Étienne Jacques, Fabien Fauteux, Évelyne St-Pierre, Mathieu Marleau, Fannie St-Cyr, Jean-François Grondin

Orchestre : Stéphane Aubin (piano), Martin Charpentier (clarinette), Sébastien Grand'Maison (sax alto), Mathieu Gaulin (sax ténor et alto), Mathieu Lussier (basson),
Jennifer Duchesne et Mireille Tardif (trompette), Laurianne Champagne (tuba, trombone, euphorium), Simon Auger (guitare) et François Aubin (timbales et batterie).

Emsemble Vocal : Chantal Bellavance, François Mollicone, Geneviève Demers, Josée Lafontaine, Robert Falby, Symon Henry.

Partition de Kurt Weill, direction et orchestration de Monique Martin