lundi 11 décembre 2006

Grandeur et Décadence de Mahagonny - École Supérieure de Théâtre

Par Yves Rousseau

Voilà une adaptation de « Grandeur et Décadence de Mahagonny» de Bertol Brecht et Kurt Weill, produite par L'École Supérieure de théâtre et le Département de Musique de L'UQAM, dans une mise en scène et adaptation de Pascal Contamine.



Que de travail! Colossal! D'abord toute une partition musicale de Monique Martin, avec de magnifiques arrangements et un son style « Ensemble Pentaèdre». Impeccable : Dix musiciens, six choristes, puis 8 comédiens qui chantent et dansent sur de magnifiques chorégraphies de Mathieu Marleau. Un décor à paliers multiples éclaté de Mylène Leboeuf-Gagné et Valérie Houde, de riches costumes « trash et destroy» de Patricia Bouchard et Marie-Ève Parent, des éclairages et des vidéos fantastiques de Pier-Vincent Rivard, complètent le tout.

Donc, danse, chant, musique, chorégraphie, vidéo, ombres chinoises, stand-up !

Nous sommes entraînés dans l'univers décadent de l'entre-deux-guerres en Allemagne, et assistons à la création et à la chute d'une ville utopique. Le programme précise que « Kurt Weill voulait tracer un portrait corrosif de l'époque : l'omniprésence du culte de la liberté et de l'individualisme, l'argent comme moteur de la société, la chute de la religion, le système judiciaire à deux vitesses, les "dogmes ». Un parallèle vraiment pas difficile à faire avec notre époque.

Et puis on joue bien sûr avec le quatrième mur! À partir de textes rajoutés de Fabien Fauteux et Fannie St-Cyr les spectateurs sont pris à partie par des acteurs tannés de la complaisance et des « standing ovations » systématiques (même quand c'est « plate »); tannés de la rigidité des conventions théâtrales, pas le droit de bonbons, pas le droit de ceci et cela et on va même jusqu'à nous lancer des sacs de croustilles qui font crounch crounch dans des sacs de plastique bruyants! Nous sommes également priés de carrément nous lever est partir si le « show » nous déplaît! On veut du théâtre vivant, près du peuple. Un sondage permet même de savoir qui est venu par obligation:  amis et parents versus le « vrai » public. Le spectacle est donc « interrompu» à plusieurs reprises de façon toute à fait iconoclaste, les comédiens sortant du cadre, une pièce dans la pièce - totalement distancié !

Les jeunes comédiens se donnent avec générosité et c'est vraiment bien.

Si vous aimez les atmosphères de cabaret, par exemple comme dans « L'Ange Bleu» de Josef von Sternberg, avec Marlene Dietrich, vous passerez assurément un bon moment.

Il est difficile de croire qu'un tel travail ne soit présenté que quelques jours à un public confidentiel de parents et de rares amateurs...
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Une oeuvre de Bertolt Brecht et Kurt Weill
Mise en scène et adaptation: Pascal Contamine
Direction musicale et orchestration: Monique Martin
Pianiste-répétiteur: Stéphane Aubin
Scénographie : Mylene Leboeuf-Gagné
Costumes : Patricia Bouchard et Marie-Ève Parent
Luminariste : Pier-Vincent Richard
Chorégraphie - Mathieu Marleau
Son - Jacynthe Legault

Avec : Éloisa Cervantes, Liliane Fallon, Étienne Jacques, Fabien Fauteux, Évelyne St-Pierre, Mathieu Marleau, Fannie St-Cyr, Jean-François Grondin

Orchestre : Stéphane Aubin (piano), Martin Charpentier (clarinette), Sébastien Grand'Maison (sax alto), Mathieu Gaulin (sax ténor et alto), Mathieu Lussier (basson),
Jennifer Duchesne et Mireille Tardif (trompette), Laurianne Champagne (tuba, trombone, euphorium), Simon Auger (guitare) et François Aubin (timbales et batterie).

Ensemble vocal : Chantal Bellavance, François Mollicone, Geneviève Demers, Josée Lafontaine, Robert Falby, Symon Henry.

Partition de Kurt Weill, direction et orchestration de Monique Martin